‹ Le monde des prisonsChapitre 97 sur 171 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

la direction à la Petite-Roquette, il en trouva un qui venait de la colonie agricole de Petit-Bourg, fermée pour cause de révolte. Cet enfant voulut faire une confession générale.

« — A quoi bon ? lui dit l'abbé Crozes. Dernièrement, n'avez-vous pas eu une retraite prêchée par le R. P. Millériot?

« — Ah! monsieur, lui répondit l'enfant, le P. Millériot est un grand prédicateur, mais la cellule prêche encore mieux que lui. »

L enfant connaissait-il ce mot de Labruyère : « Tout notre mal vient de ne pouvoir être seuls; de là le jeu, le luxe, la dissipation, les femmes, l'ignorance, la médisance, l'envie, l'oubli de soi-même et de Dieu ? » j'en doute, mais sa petite expérience lui avait révélé les dangers d'une société corrompue et le profit qu'une âme meurtrie retire de la solitude.

Les voleurs de profession, susceptibles d'un retour au bien, ne s'amenderont qu'en cellule.

Les autres, ou deviendront fous, ou mourront. Faudra-t-il les pleurer ?

La mort sanglante n'est plus dans nos mœurs.

La transportation laisse insensibles les voleurs de profession, et nous coûte fort cher.

Ni l'une ni l'autre de ces deux peines ne doit subsister.

Qu'on les remplace par la réclusion cellulaire, et je réponds que les voleurs de profession, ou changeront de profession, ou s'expatrieront d'eux-mêmes.

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