CHAPITRE V
L'oisiveté du pauvre. — Marchandon. — Le faux vicomte. — Un faux marquis et Mgr R... — La * Grande-Maison ». — Fontaine. — Le n° 90 de Mazas. — Mon auxiliaire : ses bons désirs, sa rechute. — J. L. — Première lettre d'audience. — Son passé. — Ses souffrances. — Il est au cachot. — A l'infirmerie. — Sa lettre d'adieu. — Dix jours après. - Il part pour Poissy. — Bons sentiments. — Le régime de Poissy. — Souhaits de bonne année. — Gavroche à la recherche du meilleur système pénitentiaire. — Nouveaux souhaits. — Désirs et demandes. — L'asile Sainte-Anne.
Les voleurs par accident, qui récidivent, mais qui essaient de se relever, sont moins corrompus que les voleurs de profession. Ils ont des velléités de retour au bien, des désespoirs, des hontes, des chagrins, des remords. A certaines heures, ils prennent en dégoût ce monde infâme et s'efforcent d'en sortir. On peut essayer d'en sauver quelques-uns.
Ils appartiennent en général à des familles qui les ont bien élevés. Quelquefois ils sont restés honnêtes jusqu'à l'âge mûr. Puis un jour, la femme pour le
plus grand nombre; pour d'autres, le jeu ou la boisson ; pour celui-ci, le besoin de l'élégance; pour cet autre, la paresse, une vanité exagérée, les conduisent sur le bord de l'abîme.
C'est eh tremblant qu'ils commettent leur premier vol. Ils barbotent dans la caisse du patron, font un faux, soustraient quelques billets à la recette, imaginent je ne sais quelle attaque nocturne. Ah ! si ces mensonges avaient pu ne pas leur réussir ! Malheureusement le succès a couronné et comme sanctionné leurs premières tentatives. Ils connaissent désormais le moyen de s'amuser sans travailler. Or « l'oisiveté du pauvre, c'est le crime», a écrit Victor Hugo.
Marchandon, l'assassin de M m- Cornet, appartenait à cette classe d'oisifs. C'était un élégant paresseux, qui trois ou quatre fois l'an faisait un coup, où il dépensait l'énergie qu'il faut à un honnête homme pour travailler chaque jour pendant douze mois. Il récoltait à ce métier une dizaine de mille francs par an. Gela ne valait-il pas mieux que d'en gagner péniblement deux mille à user des manches de lustrine sur un bureau?
Quelques jours avant le carême, un de mes clients de la Grande-Roquette, m'écrivit pour me demander une audience. Sa lettre était signée : Vicomte... Il se disait victime des passions politiques, et se donnait comme un ardent défenseur du trône et de l'autel. J'ai vu à la Grande-Roquette pas mal de ces défenseurs. C'étaient certainement les plus méprisables et les plus indisciplinés.
En réalité ce « vicomte » était, et est encore, un