I-A SALADA, avec humeuf
Mon amour, nous sommes toutes filles d'un mênie père : la meilleure ne vaut pas mieux que moi, et voilà!...
ADAM
Tu m'as parlé aussi hier de ce père commun.
LA SALADA.
Elles sont de chair et d'os comme toi et moi.
CHA.NT ClNUllÈMr:. 497
ADAM
Il est inutile de me fatiguer davantage : lu ne parviens pas à l'expliquer et moi je ne puis réussir à te comprendre. Mais, dis-moi, quelles sont leurs distractions, leurs danses, leurs plaisirs? Comment viventelles? comment sont faites leurs maisons? comment fait-on pour se trouver avec elles, pour partager leur vie, pour les égaler en luxe, en élégance et en richesse?
LA SALADA.
Te rappelles-tu, Adam, le poisson rouge qui nage dans son bocal, admirant le soleil dans les rayons duquel il se baigne, et s'enivrant du doux murmure du zéphyr qui caresse les fleurs ? Il voudrait briser sa prison de verre pour jouir des harmonies de la lumière, du vent et des fleurs : mallieur à lui si son désir s'accomplissait! A peine sorti de l'élément où il est né, l'air, le soleil et les fleurs lui donneraient la mort à l'instant. Ce sont des songes qui troublent ton esprit, mon Adam, c'est le vent que tu l'eflbrces de saisir, car les songes ne sont pas autre chose. Quelque soit son mérite, le meilleur d'entre nous n'a que du mépris à attendre de ces gens hautains. Ce sont nos ennemis et le seul moyen de nous mettre à leur niveau, c'est de leur rendre la monnaie dans laquelle ils nous paient, et pense.... mais je ne veux pas y penser : il n'y a pas de place pour un autre amour dans Ion cœur angélique; {avec une fureur jalouse) mais, si par hasard ces dames, celles qui sont vêtues de blondes et do dentelles... si dans ton délire tu venais à m'oublier.... lu ne sais pas, Adam, de quoi une femme est capable pour se venger. Mais non, ton amour csL-^. moi n'est-ce
pas, Adam : donne-moi mille baisers ! un seul suffira pour calmer mes inquiétudes.
ADAM
C'est possible : mais pourquoi des richesses palpables, des habillements que je vois de mes yeux resteraient-ils toujours hors de ma portée? Tant de doute me fatigue, mille pensées se heurtent en moi, puis s'effacent et m'échappent... un baiser mon trésor.... {La Salacla Vemhrasse avec amour). Que tes lèvres soient pour mon cœur comme un baume salutaire, je veux chercher dans tes bras le repos de tant de fatigue.
IL s'endoit. La Salacla le regarde dormir avec ime tendresse profonde et lui rafraîchit le visage avec son éventail. De temps en temps elle pose un baiser sur le front pur et serein d'Adam et écarte les boucles que L'agitation de l'air y amène parfois.
LA SALADA.
Il dort. Qu'il est beau! Comme ses cils noirs ombragent doucement ses paupières closes! Comme il respire ! Son haleine est pour moi plus suare que le parfum des fleurs. Que de beauté s'unit sur son front à une majesté grave et virile ! Comme il est différent des autres hommes ! Nulle n'est plus heureuse que moi!.... Mon amour, ah! laisse-moi t'aimer toute ma vie et mourir en te contemplant! Mais d'où vient cette angoisse qui fait battre mon cœur ? cette rage insensée qui s'empare de moi par moments ? cette envie de le tuer, puis de me tuer moi-même? Est-ce pour qu'il soit à moi seul? Qui donc voudrait me ravir son amour et le bonheur ? Il est à moi, il n'aime personne' il ne peut aimer que moi ! que moi seule ! oui, que
moi! Qui sait s'il m'aimera toujours ainsi ? Oh! ce seul doule me brise le cœur ! alors.... Malheur à celle qui me le ravirait ! oh! alors il ne me resterait plus qu'à mourir. Le tuer et mourir sur ce cadavre adoré! ô mon Adam, quelle femme serait capable de t'arrachcr de mes bras? {avec tenilressé). Gonmie son front est couvert de sueur! {Elle lui essuie le front avec un mouchoir). Oh ! que mes mains soient la prison de ce cœur qui m'appartient; que nul ne me l'enlève. {Elle lui pose les deux mains sur la poitrine comme pour emprisonner son cœur). Amours, veillez sur son sommeil, effeuillez vos fleurs sur le noble front de ce jeune homme à sa première aurore, prodiguez comme moi vos caresses à celte beauté printanière : ou plutôt laissez-moi toute seule prendre soin de cette fleur qui m'appartient.
ADAM , se réveillant.
Gomme il fait chaud! Où suis-je?