‹ Le monde-diable. Traduit de l'espagnolChapitre 7 sur 29 · CHŒUR · texte numérisé non relu

CHŒUR

Qui sait! Qui sait! C'est peut-être un rêve, un délire menteur, une illusion dorée.

Venez, esprits, venez et appelez l'homme à partager vos maux.

LE POÈTE

Comme les nuages chassés dans une sombre tourmente par le souffle violent de l'ouragan, tantôt glissent les uns à la suite des autres, tantôt s'amoncèlent en entassements désordonnés et figurent à nos yeux des visions, d'horribles fantômes, des monstres étranges aux formes variées à l'infini, des palais, des temples et des cités ;

Comme la terre disparaît quelquefois sous d'épais tourbillons de poussière, ainsi qu'un cadavre gigantesque que couvre un linceul de toile sordide, comme la mer plaintive fait entendre au loin ses rugissements monotones , quand elle brise contre les rochers ses vagues fatiguées d'une lutte éternelle; de même que dans une nuit sereine la brise apporte par intervalles la chanson qu'entonne, au mouvement cadencé de sa rame, quelque pêcheur voguant au large ;

C'est ainsi que l'armée infernale s'enfuit en tourbillons rapides : on les vit passer comme des ombres indécises qui disparurent avec un grand bruit d'ailes ;

76 LE MOrsDE-DlABLE.

Longtemps on entendit leurs chants résonner dans les déserts mystérieux de l'espace, puis ils s'éteignirent au loin comme une lamentation plainlive.

Mon esprit frappé, resta comme absorbé dans un délire étrange, et je sentis qu'un torrent de lave brûlait mon front pensif.

J'entendis résonner ces chants et ces clameurs comme des mensonges de mon imagination insensée , et c'est dans mon sein que je sentis tout ce tumulte, toute cette agitation inquiète.

C'est ainsi qu'aux sons aigus du clairon belliqueux, et au roulement cadencé du tambour, on voit une armée défiler en ordre de bataille, étalant avec orgueil sa fougue martiale et la magnificence de son pompeux appareil.

Au milieu des nuages de poussière soulevés par la marche des bataillons, on voit passer des formes de chevaux et de canons, étinceler les épées et les baïonnettes, reluire au soleil l'acier des cuirasses, ondoyer les étendards, flotter au vent des panaches fantastiques; une vague rumeur s'entend au loin, l'esprit reste suspendu dans une espèce d'enchantement : tout est passé, et cependant l'on croit voir et entendre encore.

Mais déjà la pure lumière de l'aube illumine l'horizon, et ses splendeurs naissantes teignent de mille couleurs le voile de la nature.

INTRODICTION. 77

Dans le monde tout devient joie et mouvement, et devant cette harmonie l'esprit s'abîme dans une méditation profonde.

Ce que je crois voir est-il une vérilé, et ce que j'ai vu n'est-il qu'un songe enfanté par mon délire? Ce que j'ai rêvé serait-il une réalité? ce que je vois seraitil un mensonge?

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