PHILINTE
La chute en est jolie, amoureuse, admirable.
ALCESTE, bas, à part.
La peste de ta chute l empoisonneur an diable!
En eusses-tu fait une à te casser le nez I
L’obséquiosité de Philinte fait sourire, comme telle de Pandore, qui est un Philinte en costume de iendarme ; mais il a le cœur honnête, la conscience ture : ses excès de bienveillance, de politesse et de •ourtoisie ne sont qu’un travers. On peut même voir en lui le type de l’homme aimable et du galanl îomme. Cette exagération néanmoins le met à deux loigts de l’intrigant, qui emploie les mêmes égards, es mêmes démonstrations, les mêmes éloges, les nêmes offres de service, non par un désir outré de Caire, mais pour se procurer des avantages personels. Il fait commerce de grimaces, de faux discours, e regards étudiés, de feintes tendresses. Les deux lonnaies ont une empreinte identique ; mais le létal de l’une est inférieur. Le monde pourtant les ccepte toutes deux avec une égale confiance. Celle ménité trompeuse sans obligeance réelle, sans
I2i LE MONDE DU COMIQUE ET DU RIDE
bon lé, sans charité même, ouvre les portefeuilles, l'accès des places et les cœurs : c’est le mensonge de la vie sociale. Par une cajolerie et une pantomime astucieuses, on capte l’estime, la faveur, la protection et les bienfaits. Alceste pousse l’amour de la justice, la probité, les scrupules de l’honneur jusqu’à l’intolérance; Philinte lui oppose une tolérance presque immorale. L’intrigant n’éprouve ni colère, ni indignation, ni répugnance: il n’a besoin de faire aucun effort sur lui-même pour endurer les vices des hommes : le bien et le mal lui sont indifférents. On peut lui raconter les plus grandes bassesses, les plus répugnantes infamies sans qu’il s’émeuve. Il ne voit que le succès, n’aspire qu’à la fortune, aux honneurs, aux jouissances matérielles: peu lui importe le reste. C’est un stercoraire, qui se délecte et s’engraisse dans la corruption.
Il est donc l’opposé, non seulement d’Alceste,, mais de l’honnête homme d’Horace;
Si fractus illabatur orbis,
Impavidum ferient ruinæ.
Ce n’est pas lui qui adopterait la devise héroïque des Louvois : Melius frangi quam flecti. Sa conduite rappelle, au contraire, cette affiche d’un théâtre de province :
LA FÊTE DE CAMPAGNE ou
l’intendant comédien malgré lui
« Dans cette pièce, M. Volange fils, successeur de son père, remplira le rôle créé par ce célèbre cornélien, dont la réputation n’a pas besoin d’éloges, et ihangera sept fois de costume, de caractère et de Physionomie, avec la célérité la plus extraordinaire h »
L’intrigant, l’homme à double face, à double poids ,;t à double mesure, est donc voué par sa bassesse lu pilori du comique, où il entend vibrer autour le lui les rires moqueurs de la foule. Garder fidèement ses opinions, politiques ou autres, par con- 'iction, par respect de soi -même, est un genre de nérite que nous impose l’idéal absolu de la per- , action humaine. La nature, qui a fait du caméléon emblème de la versatilité, en a fait aussi le plus iid des animaux. Toutes les variations intéressées e principes dégradent donc moralement un indiidu, le classent parmi les fourbes, le signalenl à i dérision.
— Mais vous m’avez donné votre parole, dit un ersonnage de comédie, et un homme d’honneur n’a u’une parole !
— Sans doute, répond l’autre : c’est pourquoi vous reprends la mienne et la donne à mon-
eur.
Qui ne connaît la chanson de Béranger, où il perde et raille, sous le nom de Paillasse, les mimes, Itimbanques et charlatans de la politique?
. Mémoires de Flore; la représentation eut lieu à Pontoise.
L E MONDE nu COMIQUE ET DU RIRE
Paillasse, mon ami,
N’saute point-z-à demi.
Saute pour tout le monde.
On racontait dernièrement qu’un électeur d( Normandie, ayant été voir la capitale, retourm indigné dans sa province. Il disait partout de soi député: «Oh! nous ne le renverrons plus à 1; < Chambre. —Pourquoi ? lui demandait-on. — Je sui: allé lui rendre visite à Paris, comme vous pense: bien, et je l'ai trouvé déjeunant tout seul. Or, il n’; avait sur la table que du vin de Bordeaux. — Eh bien? — Eh bien, chez nous, pendant les élections il ne buvait que du cidre ! »
Dans ce vaste panthéon des faiblesses humaines qui se nomme le comique, l’inflexible idéal aréserv une niche à la statue de l’inconstance amoureuse il exige, le cruel ! qu’on ne change pas plus d’affec lions que d’opinions. Les caprices des femmesvolage par tempérament, par légèreté ou par calcul, on <
défrayé maintes chansons et maintes comédies. Elle exciteront la gaieté jusqu’à la fin du monde. Le Cinq Étages de Béranger, la Vertu de Lisette, les fredai nés de ses diverses héroïnes, les fourberies de fem mes en matière de sentiment, qui émaillent les récil des conteurs anciens et modernes, provoqueront toi jours le rire. L’idéal de l’amour, c’est une tendress: exclusive, une fidélité invariable, l’adoration d’un personne que l’on place dans son estime bien au dessus de toutes les autres, la religion de la volupté
)uand cette poésie ne transfigure pas l'union des ;exes, cpie la mobilité des appétits sensuels, que les anlaisies du libertinage remplacent le choix unique, 'admiration et l’enthousiasme, le sérieux s’envole, m môme temps que la dignité s’efface, et une gaieté noqueuse salue les exploits de la paillardise. L’oubli le toute réserve, de toute bienséance et de toute norale, ouvre au rire une carrière illimitée. Les ventures galantes, qui se multiplient, font éclore ■ar essaims les propos moqueurs.
— Est-ce bien vrai que vous êtes vraiment mariée? emandait un hanteur de coulisses h une jeune gurante.
— Oui, mais ça ne fait rien.
Quel avenir pour le mari !
Murger a dépeint une beauté volage et peu timide, ui aime l’uniforme: elle sert tantôt dans la cava- ■rie, tantôt dans l’infanterie, et passe des hussards ix dragons, des dragons aux cuirassiers, ou de la ■oupe de ligne aux chasseurs de Vincennes, des lasseurs aux régiments de marche, et fait ainsi le •ur de l’armée française.
Dans la première partie de cette analyse, nous ,’ons distingué quatre formes de comique ; la préominance d’une des facultés humaines sur les ois autres en produit également quatre. A la irité, ces dernières ont pour cause un seul phénoène, la rupture de l’équilibre entre les éléments ■ notre nature : mais, le phénomène ayant quatre
aspects divers, il faut les énumérer. Nous arrivon: donc au chiffre de huit catégories: elles embras sent tout le domaine du comique de caractère. Noir allons voir que le comique de situation a égalemen huit formes ; car le monde moral nous offre dan ses lois et ses combinaisons la même symétrie, 1; même régularité que le monde physique. C’est, ut spectacle admirable pour ceux qui aiment ce genr d’études et se livrent à ces contemplations ; mal heureusement elles séduisent peu d’intelligences et le philosophe qu'elles charment poursuit de recherches solitaires, comme l’astronome pendan les belles nuits d’été, où son regard plonge dan l’infini.