‹ Le Monde du Comique et du RireChapitre 16 sur 55 · COMIQUE DE SITUATION — DÉSACCORD DE L’HOMME AVEC LE MONDE EXTÉRIEUR · texte numérisé non relu

COMIQUE DE SITUATION — DÉSACCORD DE L’HOMME AVEC LE MONDE EXTÉRIEUR

Le comique de situation a une double origine: il st produit par un désaccord de l’homme avec le îonde extérieur, ou par un désaccord de l’homme vec ses semblables.

Le monde extérieur peut contrarier nos instincts, os idées, nos sentiments, nos facultés morales : îs quatre oppositions produisent quatre espèces e comique. Nous pouvons être en hostilité avec os semblables, ou nos semblables peuvent être en ostililé avec nous sur les mêmes points, à propos es mêmes éléments de notre nature: ces quatre iposi lions d’un autre genre produisent aussi jatre formes comiques. Voilà les huit formes du unique de situation, prenant leur source dans ait espèces d’antagonismes et correspondant aux lit formes du comique de caractère. Les familles igétalcs ne sont pas distinguées, classées, d’une

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manière plus méthodique. Étudions maintenant e détail ces nouvelles floraisons du ridicule et de joyeuses absurdités.

Tous les obstacles, tous les accidents qui nou empêchent de satisfaire nos besoins, ou gêner quelqu’une de nos fonctions naturelles, nous mei lent sur-le-champ dans une position comique. U •homme altéré qui ne trouve point de breuvage ; u homme affamé qui ne trouve point de nourriture i un homme amoureux qui ne trouve point de femme un homme que presse une nécessité impérieuse c i qui est obligé de se contraindre, qui pâlit, qui s tord, ou finit par souiller ses vêtements, font tou une plaisante figure. Vous suivez une charmant personne que vous avez rencontrée dans la rue elle semble agréer vos muets hommages, et vou brûlez de savoir où elle demeure ; tout d’un couj elle traverse un pont qui n’est pas libre, vou j cherchez sur vous de quoi payer le passage: rien \ vous avez oublié votre bourse ! L’aimable fill s’éloigne en souriant d’un air moqueur, et vou i demeurez, la bouche béante, les yeux effarés, e: voyant fuir vos espérances. Si vous conlez voir mésaventure, personne ne vous en plaindra, e même tout le monde rira.

La déconvenue serait plus divertissante encor si la passion était plus forte et la circonstance plu: grave. Un jeune homme incendié par l’amour s* présente chez une petite dame d’un abord facile, c i

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\-pose à la camériste l’état de son cœur. La sourette lui répond : « Impossible! madame se purge.» e galant désappointé exprime sa mauvaise humeur ar une grimace.

Une autre fois, vous sortez en grande tenue, vous lez rendre une visite solennelle, mais une pluie übitevous inonde ; vous vous réfugiez sousuneporte ichère, une voiture vous éclabousse ; vous cherchez 1 regard un fiacre, il n’y en a pas. Vous regagnez pied votre domicile, trempé, gelé, maudissant les iprices de l’atmosphère, et songeant aux beaux îux que vous espériez voir se fixer sur vous. Plus itre dépit sera violent, plus il sera comique.

Le glouton impatient qui avale sa soupe trop laude, pousse un cri, laisse tomber sa cuillère, 'sse son assiette, répand le potage sur la nappe;

gourmet contraint de se purger avec une édecinc amère, qui, après l’avoir bue, repousse le il en faisant une affreuse grimace, projette scs bpes en avant, fronce les sourcils, contracte ses mpières, comme dans le tableau magnifique i Vdrien Brouwer conservé à Francfort, amusent paiement le spectateur, parce que des objets maté- Fls contrarient leurs goûts et leurs instincts, leur lit éprouver une sensation désagréable.

Ingres, qui a passé presque toute sa vie dans la i tuvaise humeur, était d’une friandise si exigeante ( si rare, qüe sa première femme s’épuisait en fins et en précautions pour le nourrir: un seul

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mets, qui ne lui semblait pas bien accommodé, li causait des tristesses profondes. Dans ses voyage où il choisissait les meilleurs hôtels, un repas jug mauvais par sa gastronomie raffinée lui inspira des mélancolies tragiques : il en gardait la sinisli impression pendant un mois et plus, et ne pouva toucher un pinceau tant qu'elle n’était pas dissipé^ De là vient que ses œuvres sont si peu nombreuse: Ce bonhomme trapu, aussi large que haut, était i Werther, le René, fObermannde la cuisine. Un cha qu’il idolâtrait, ayant cessé de vivre, peu s’en falli qu’il ne prît le deuil de la bête adorée. Ces extri vagances singulières et tout à fait récréative paraissent encore plus drôles, quand on songe qc le Lucullus sentimental représentait les haute traditions classiques, était le chef de l’école idéal en peinture. Et Michel-Ange qui montait avec u morceau de pain et une cruche d’eau sur l'échs1 ■ j faudage de la chapelle Sixtine, pour y évoquer le: v terreurs du Jugement dernier 1 Le moindre accident de la nature, en oppositio avec nos instincts et nos désirs, peut amener de . elfets comiques. Pendant qu’un théoricien péror sur un pont, développe des arguments qu’il croi irrésistibles, un coup de vent emporte son chapea et le jette dans la rivière; l’éloquence de l’oratcu se trouve subitement arrêtée: il contemple ave amertume son couvre-chef, qui navigue mollemcn sur les ondes.

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Si l’antagonisme du monde extérieur offense nos lées, blesse nos principes, au lieu de choquer nos 3ns et de contrarier nos besoins matériels, il prouira un plus grand nombre de scènes bouffonnes, arce que le domaine de l’intelligence est plus iste que celui de nos fonctions et de nos passions irporelles. Le jeu de la vie sociale amène des évé- 3ments si bizarres, si extraordinaires, que nulle igesse ne peut les prévoir, nulle expérience les iviner. Justement parce qu’ils bravent toute •évoyance, ils causent des déceptions, des mé- ■ises, des accidents comiques, et d’un comique iirfait. Une mésaventure singulière, qu’un digne iclésiastique eut à subir, montrera jusqu’où Lvcugle destin peut porter ses caprices.

Les lois de l’Église, pour toute sorte de motifs, (donnent aux confesseurs le secret le plus absolu, i presque tous obéissent. Un de ceux-là, un prêtre invaincu et austère, divulgua pourtant sans le voulr une confidence grave, qui intéressait l’honneur une femme mariée. Il se trouvait à table, en prouce, lui dixième, et, le déjeuner tirant vers sa fin, I conversation s'animait sous l’influence de la tnne chère et de quelques vins généreux ; les accdoles faisaient, comme d’habitude, le tour de tsociété. Les génies perfides de la vigne inspirent au ministre du Seigneur le désir de conter la snne à son tour. Il déclara que sa première confision avait été pour lui une dure épreuve. Une

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jeune femme charmante, de vingt-six ans à pc lires, dans toute la force des passions, lui avoi quelle trompait son mari, qu’elle voulait rompi cette liaison adultère, mais qu’elle n'en avait pas courage. Elle demandait au prêtre novice des coi seils, des reproches, des exhortations, des menact et des pénitences sévères, pour fortifier son r< pentir, bronzer son cœur, lui donner la résolutio qui lui manquait. Puis elle estimait 1a. guériso impossible, elle fondait en larmes, elle comprima ses sanglots , déclarant tout effort inutile. I souffle de cette passion ardente brûlait le jeun lévite comme l’haleine du simoun, qui dessèche le cultures et incendie les forêts. Malgré lui, malgr sa profession, malgré sa pureté, il enviait Thomro qui avait inspiré ce profond amour; il se senla entraîné vers sa dangereuse pénitente, éprouvait de émotions, des crispations fiévreuses, et regretta les joies que lui interdisait son costume. La séanc fut longue, car la jeune femme, ballottée enlre s passion et sa conscience, comme dans un violer orage, ne pouvait se résoudre à promettre un séparation définitive. Elle dit quelle lutterai quelle reviendrait, et laissa le jeune débutar presque pâmé dans l'ombre du confessionnal.

Elle revint en effet, parla moins vivement de sc remords, de ses combats, de ses pieuses terreurs puis elle cessa de venir. L'abbé comprit qu’elle n voulait plus rompre, que toute son éloquence avaj

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é réduite iï néant par une éloquence supôeure. Bien du temps s’était écoulé depuis lors, et ne l’avait jamais revue. Naturellement l’ecclésias- :jue eut soin de ne pas dire le nom de la pécliesse.

Comme il terminait son récit, on annonça une lime qui venait rendre visite au maître de la uiison. En entrant dans la salle, la voisine de mpagne, une femme déjà mûre, mais belle core, aperçut, le narrateur et lui dit d’un ton nable, comme une personne qui retrouve avec . tisir une ancienne connaissance: « Voilà une ! ureuse rencontre , monsieur l’abbé; vous vous ■uvenez que j’ai été votre première pénitente. » devine l’effet produit sur les convives par ces mples phrases; un poète comique n’inventerait :s mieux. Le prêtre, en l’apercevant, n’avait pu ntenir un mouvement de surprise ; quand elle lui ?t adressé la parole, il devint pourpre: il étail nsterné, humilié, d’avoir trahi devant neuf ténins un secret que sa profession lui ordonnait de ,.re. Les auditeurs riaient sous cape, tans toutes les époques, dans toutes les circon- ? nces de la vie, nous sommes exposés, suivant i i fonctions, nos relations, nos intérêts, notre vactère, à des surprises de ce genre, et à de plus ;■ ves encore. La force brutale des événements ou I obstacles matériels déjoue inopinément nos nntjons. Les faiseurs de projets, qui voient

l’avenir tout en beau, qui espèrent monts et me veilles, sont déçus par une révolution, par u caprice du public, par le refus d’un commanditair I Un roi opiniâtre annonce qu’il ne craint rien, qu est h cheval sur son gouvernement, et, quelqut semaines plus tard, il prend la fuite; un emperei de contrebande fait voter solennellement l’éterni du pouvoir dans sa famille: quatre mois après, tombe entre les mains d’un ennemi victorieux, li demande pardon en pleurant et va terminer si jours dans l’exil. Le comte de Bothwell, premii | ministre et amant de Marie Stuart, s’embarque pr i cipitamment pour échapper à une insurrectio j triomphante, sans pouvoir même emporter s i bourse ; n’ayant aucun moyen d’existence, il pren part aux exploits d’une bande de corsaires, fait ave eux une descente sur les côtes de Norvège: il e: pris et pendu comme pirate. Dans une classe ord ■ naire de citoyens, un voleur attaque un fermier qi ( suit une grande route, lui demande la bourse ou 1 vie; le métayer, homme robuste, se jette sur lu le terrasse, lui garrotte les mains et les pieds, i j couche en Iravers de sa charrette et le livre au gendarmes. Le pauvre brigand n’est-il pas rid j cule? Il voulait abuser de sa force, et il a trou\ ! son maître. Les fréquentes déceptions des cha: j seurs font toujours rire à leurs dépens : on les pla santé et les persifle sans réserve, parce que leur désappointements ne sont jamais des affaire j

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trieuses. Un amant, qui doit aller à quelques eues pour un galant rendez-vous, et qui manque > train du chemin de fer; un pêcheur dont un gros oisson emporte la ligne ; un joueur prétentieux ni perd coup sur coup et maudit sa mauvaise îance; un orateur politique tourmenté, h la ibune, par des coliques et un flux de ventre ; un fieur pris dans un piège à loups et criant au ■cours, font bourdonner autour d’eux l’âpre essaim îs rires et des propos moqueurs.

On peut résumer ainsi les conditions dans les- ■ îelles se produit la seconde forme du comique de iluation : tout homme qui tient à une idée, â un sstème, un projet, à une espérance, honnête ou îalhonnête, qui en désire naturellement la réalisabn et voit un obstacle matériel ou un événement Huit tromper son attente, devient une cible pour h railleurs, ajoute une figure drôlatique à lbamense musée des caricatures vivantes.

Dnt un droit égal d’y prendre place les gens cçus, contrariés par un échec de même nature, ms leurs sentiments et leurs passions. Le terrain c discord est seul déplacé. Une jeune fille a donné ridez-vous à son amant: elle doit, la nuit prociine, laisser la porte de sa maison enlr’ouverte, e elle lient parole. Un voisin, qui remarque celle pde entre-bail lée, s'imagine qu’elle l’est par suite cl n oubli et la ferme. Le galant arrive dans les b èbres, le manteau sur le nez, le cœur palpitant

de joie el d’espérance. Il pousse la porte, la port résiste. Qu’est-il survenu? Serait-il joué, dupé trahi? Un rival préféré occuperait-il sa place? L malheureux se dépite et se désole. Lajeune fille, cl son côté, maudit sa lenteur, le croit infidèle e i s’irrite de lui avoir accordé une faveur à laquell I il n’attacha™ aucun prix. Un accident, qu’on n J pouvait prévoir, leur cause ii tous deux un chagn ! comique.

D’autres incidents bizarres peuvent froisse d’autres sentiments, d’autres affections et mettr l’homme aux prises avec le monde extérieur, en lu donnant un aspect ridicule.

Toutes les humiliations, toutes les contrariété;tous les déboires qui peuvent châtier l’avarice, I dure et sèche avarice, mettent les témoins en joie Le ladre qui perd sa bourse, auquel on dérobe so trésor; qui grelotte pendant la saison rigoureus faute d’habits convenables, ou parce qu’il ne veu point les porter; qui trouve ensuite ses costume ; de laine mangés par les vers; dont les spéculation aboutissent à des avaries financières; dont les mi lots et la grêle détruisent les récoltes, non seule ment n’est plaint de personne, mais sert de text aux quolibets. Quelle sympathie peut faire naîtr Harpagon ? Quels regrets peuvent exciter ses décor venues ? Il n’aime personne, il ne s’aime pas lui même et se martyrise au milieu de l’abondanc* Théognis, le plus ancien moraliste grec, avait écri

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btte belle phrase, cinq siècles avant noire ère : Beaucoup de choses manquent au pauvre, l’avare ianque de tout. »

Les avanies, les déceptions, les tristesses de l’enieux n’excitent pas d’intérêt et de pitié; car sa résomption et son impuissance forment déjà par les-mêmes un spectacle grotesque.

Mais la source la plus abondante de comique, de iieté amère ou bouffonne, c’est la vanité. Aucun ice, d’une autre part, n’engendre autant de maleurs: elle est, avec l’hypocrisie et la trahison, un es trois grands fléaux de l’espèce humaine. Cham- >rt, le plus profond, le plus mordant, le plus spirilel des moralistes français, l’a très bien définie. On serait très avancé, dit-il, dans l’étude de la îorale, si l’on savait distinguer tous les traits qui ifférencient l’orgueil et la vanité. Le premier est aut, calme, lier, tranquille, inébranlable; la seinde est vile, incertaine, mobile, inquiète et chantante. L’un grandit l’homme; l’autre le renfle. Le remier est la source de mille vertus ; l’autre, celle o presque tous les vices et tous les travers. 11 y a n genre d’orgueil, dans lequel sont compris tous s' commandements de Dieu, et un genre de vanité ai contient les sept péchés capitaux. »

Oui, les sept péchés capitaux. En destinant îomme à vivre en société, la nature a dû lui faire üsirer l’estime de ses semblables : elle est tout à it nécessaire aux relations sociales. Mais il fau-

drail l’obtenir par le talent, par la science, par probité, par la constance au travail, par le courag dans la douleur, par la bravoure sur le champ c bataille, et il en est qui l’obtiennent ainsi.

Combien d’autres l’escamotent par d’ignobles art f'ices, par le mensonge, par la bassesse, par charlatanisme, par des avantages matériels, pe I des fonctions et des distinctions imméritées? 1 soif du pouvoir et des honneurs, la cruelle, l’imp | toyable ambition, est une des formes de la vaniti \ la plus violente et la plus redoutable... Mai1 n’oublions pas que nous sommes dans le domain joyeux de la comédie et de la satire, que non devons écarter tous les nuages sombres et toute les idées sinistres ; mieux vaudrait rire jusqu’au | larmes que de nous attrister.

La première fois que le héros de Boulogne rend visite, en Angleterre, à la reine Victoria, en entrait j dans la salle où l’attendait la princesse, il fit u faux pas et s’étala tout de son long sur le parquel Jamais homme ne fut si penaud. L’âcre aiguillon cl ridicule piqua au vif son amour-propre. Toute 1 réserve du grand monde fut nécessaire aux témoin de sa chute, pour transformer en sourire le violen éclat de rire prêt à s’échapper de leurs poitrines i Pendant ce temps, Persigny aidait son maître à s relever. Quel début pour un fanfaron, pour cett médiocrité impudente qui se croyait un génie etn< rêvait que triomphes !

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J’ai vu moi-même un autre fanfaron puni de la aniôre la plus divertissante. J’habitais alors pour uelques semaines (il y a bien longtemps !) le haeau de Plouharnel, situé à une faible distance de mdroit où la presqu’île de Quiberon se trouve liée, vers le nord, au continent. Bien que toute la âge soit magnifique et déroule au loin des sables ior, les marées les plus hautes ont formé dans îe anse, qu’on pourrait nommer l’aisselle de la iininsule, un marais impraticable. Personne n'es- ; ye de le franchir. Un voyageur cependant, qui çitionnait dans l’unique auberge du lieu, prétend que c’était par pusillanimité, qu’on enfonce à wine jusqu’à la cheville et ne court pas le moindre uque. Des pêcheurs de la côte, gens expérimentés, ‘utinrent le contraire, dirent qu’on y resterait enlai. Le hâbleur maintint son opinion, proposa lême un pari, s'engageant à traverser le marécage <ns sa plus grande largeur: les hommes de mer, ajrès avoir essayé de le dissuader, acceptèrent la fgeure, et l’on se mit en route. Mais, comme ils étaient, pas méchants, ils lui nouèrent autour du l ste, sous les aisselles, un très longue corde, dont i gardèrent en main l’extrémité: il était convenu : ’il la détacherait, s’il trouvait un terrain solide.

[ rodomont s’avance, chaussé de grandes bottes, ■t un certain trajet sans enfoncer plus qu’il ne Vait présumé ; mais bientôt le sol se ramollit, la ne devient plus profonde. Il croit que c’est une

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place désavantageuse, que le terrain va se raffe mir. Il barbotte jusqu’aux mollets, s’empêtre ju qu’aux genoux, puis descend encore davantage: h ! cuisses, le ventre disparaissent, sans qu’il puiss faire un mouvement pour reculer : la boue fétic i lui glace la poitrine, lui mouille le cou ; il va péri ! si on ne le sauve. Le vantard alors pousse des cr effroyables, qui font retentir loute la baie et la can ! pagne voisine, implorant du secours avec fort | prières. Les pêcheurs ont pitié de lui, commencei i à tirer la corde ; mais, en la tirant, ils le coucher sur le marais , où il est ballotté comme un obji inerte, où sa tête même, dégarnie de sa casquett j trempe dans la vase ; l’épaisse bourbe englue si | cheveux, lui colle un masque sur la figure. Quan ; il atteignit le bord, ce n’était qu’une masse noire < infecte, qui n’avait plus l’apparence d’un homme i il fallut le laver à grande eau, le nettoyer avec de j balais, avant qu’il pût regagner l’auberge. Il n’ava ^ plus sa mine frère et son ton d’assurance : et il pe i dit la somme qu’il avait remise entre les mains d i l’hôtelier.

Ces deux exemples mémorables suffisent poi montrer comment un simple accident, ou la fore aveugle de la nature, peuvent quelquefois humilia ! un vani teux et produire, en le mortifiant, des scènt , carnavalesques.

Il est encore nécessaire à la dignité de l’homir que des obstacles matériels, des circonstances in

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’évues, l'antagonisme tout-puissant des lois phyques, ne l'empêchent point d’accomplir sa volonté, ; faire son devoir. L’empêchement peut même se ouver dans la conformation de ses organes, dans s facultés intellectuelles, dont les vices et les quaés sont l’œuvre de la nature. Les étourdis amunt souvent les spectateurs par des incidents coiques. Tout maladroit qui veut exécuter n’imjirte quel acte et ne réussit pas, éveille une gaieté nqueuse, parce que sa gaucherie annule et conl'carre son dessein. Il prend son élan pour sauter u fossé plein d'eau et tombe au milieu ; il répand ■ r lui son potage dans sa précipitation à l’avaler;

prenant la bouteille pour se verser du vin, il brise I carafe ; en essayant de retourner une crêpe, il I lance au visage d’une personne de la société. 5b intentions échouent durant leur trajet vers la qu’il se propose. On connaît le Irait spirituel de bgène. qui, voyant des maladroits tirer à la cible sec leurs arcs, se plaça juste devant le but, parce :je c'était l’endroit, disait-il, où on avait le moins craindre leurs flèches.

,a conséquence est la même, si l’accident, le mêbf ont une cause lout à fait extérieure. Dans la Cianede l'oncle Tom, le sénateur Bird vient de voter uîloi contre les esclaves, contre ceux qui leur linent asile ou facilitent leur évasion : il souhaite ion l’cxéculc strictement pour le bien public, et, à !’ casiorq il la fera il exécuter lui-même. Mais voilà.

justement qu’une pauvre fugitive entre chez lu pâle, exténuée, avec un petit garçon, les pieds se gnants, les habits en lambeaux. C’est une esclav et il s’émeut ; c’est une esclave, et il recommam qu’on lui donne des soins, un nouveau costum aussi bien qu’à son enfant; c’est une esclave, e attendri jusqu’aux larmes, il finit par la condui lui-même, durant une nuit sombre et dans saprop voiture, chez son ami Van Trompe, qui habite ui ferme isolée, loin de toutes les routes, et qui, d’a | leurs, saurait la défendre, avec sept fils d’une tail colossale, non moins braves que lui; ce législatei i enfreignant une loi qu’il a votée, parcourant di fl chemins détestables et périlleux pour agir conl; ses intentions premières, offre un exemple tri j juste du comique produit par l’antagonisme diijfl circonstances, des lois physiques, des objets exl | rieurs, avec la volonté humaine, qu’ils contrarier dominent et annulent.

Le sentiment moral, la droiture, la générosité, compassion, le dévouement sont en eux-mêmes respectables, si honorables, que des faits imprévi j et des forces matérielles ne peuvent guère obscu cir le nimbe qui les couronne. Qu’un homme pc | fortuné, mais charitable, croyant donner un frai à un pauvre, lui glisse dans la main une pièce d’o pendant une nuit obscure, sa méprise ne fera mên pas sourire; l’inconséquence du sénateur Bir produite par la pitié, excite à peine un rire bie

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.iillant et sympathique. Une erreur dans le choix os personnes auxquelles s’adressent la commisétion et les bienfaits, engendre parfois des scènes faisantes, mais leur nature les rattache à la seconde traie du comique de situation, « désaccord entre homme et ses semblables ». Cette catégorie va être I sujet de notre prochaine étude. Je veux aupara- >nt conter une histoire d'ingénieuse humanité, ne termine un Irait naïf el piquant.

Madame de Prie, maîtresse du Régent, inspirée par ; n père, agioteur nommé Pléneuf et bien digne iivoirune telle fille, avait fait un accaparement i blé, qui mit la population ouvrière au désespoir ( causa enfin un soulèvement. Une compagnie de inusquetaires reçut l’ordre d’apaiser l'émeute par . force : l’instruction envoyée à leur chef, M. d’Àvej 1, lui prescrivait de tirer sur la canaille : c'est nsi qu’on désignait le peuple en France. Mais la Uhc cruelle était dévolue à un homme d’honneur, i ne voulait pas punir la faim par une exécution Lrbare. 11 chercha donc un expédient pour mettre accord son devoir militaire et sa conscience, et \ ici le moyen admirable qu’il inventa : il se pré* 60 te devant les mutins, fait préparer une salve de i jusqueterie; mais, avant de dire : Tirez /il s’avance 1rs la foule, tenant d'une main son chapeau et de 1 utre l’arrêté de la cour : « Messieurs, dit-il, cet cdre m’enjoint de tirer sur la canaille; je prie donc h honnêtes gens de s’éloigner, avant que je corn*

mande le feu. » Tout s'enfuit et disparut. Persom ne voulait renoncer au litre d’honnête homme el s’a| pliquer le terme injurieux de canaille. On ne pouva unir plus d'esprit et de finesse à des sentiments pli généreux. L’autorité n’avait pas lieu de se plaindre,! les nobles intentions du capitaine avaient triomplu |

Nous devons appeler ici l’attention du lecteur su , l’exigence vraiment singulière de la nature, qi nous impose l’obligation de faire prévaloir sac cesse notre volonté, sous peine de ridicule. Un êtr si faible, si variable, si peu clairvoyant, mis e demeure de toujours atteindre son but, de vaincr tous les obstacles ! N’est-ce pas pousser trop loi la rigueur? N’est-ce pas placer tellement haut l’idéa que nous ne puissions plus l’atteindre? Si étrang néanmoins que paraisse cette condition tyrannique j elle était nécessaire pour que l’idéal conservât soi I caractère absolu: la perfection n’admet pas et moyen terme. Et cet idéal, comme on verra plu; I loin, est d’une utilité immense pour les société: i humaines.

Aussi, à tant de prescriptions rigoureuses, les loi: intimes de notre organisme en ajoutent-elles uni autre qui ne l’est pas moins.

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