‹ Le Monde du Comique et du RireChapitre 18 sur 55 · SOLUTION DE LA QUESTION ORIGINE SECRÈTE ET UTILITÉ DU COMIQUE · texte numérisé non relu

SOLUTION DE LA QUESTION ORIGINE SECRÈTE ET UTILITÉ DU COMIQUE

Nous avons jusqu’ici montré les diverses formes du comique et signalé les éléments dont elles se composent; mais nous n’avons pas même effleuré le fond de la question, expliqué d’où naît la joie vive et bruyante qu’il nous inspire. C’est un problème d’une subtilité extraordinaire, qui a fourvoyé ou découragé les meilleurs esprits : ou ils ont adopté, des solutions obscures et insignifiantes, ou ils ont abandonné l’espoir d’en trouver une. Cicéron déclare que personne ne résoudra cette énigme, à laquelle il avoue ne rien comprendre. Voici ses paroles : « Qu’est-ce que le rire? Comment est-il excité? D’où vient-il ? Quelle est sa nature? Pourquoi éclate-t-il soudainement, à tel point que nous ne pouvons le retenir? Comment agite-t-il nos flancs, notre visage, notre bouche, gonfle-t-il nos veines, humectet-il nos yeux? Je n’ai pas honte de l’ignorer; car

ceux-là mêmes n’en savent rien, qui promettent de l'expliquer1. »

Le découragement de Cicéron n’a heureusement, iucune portée : il semble qu’il n’avait même pas lu les observations d’Aristote sur la matière. Et, sans trouver l’origine secrète du rire, il pouvait du moins étudier les occasions, les causes extérieures qui le font naître, quo paclo concitetur. Mais la lumière qu'il n’a pas vue, qu'il n’a pas cherchée, d’autres sont en état de l’apercevoir.

Voici en quoi réside la difficulté. Le sentiment du comique et le rire sont provoqués par des choses mauvaises en elles-mêmes. Ils ont pour constante origine la perception d’une difformité, d’un vice, d’une erreur, la vue d’un accident grotesque, une balourdise, une ânerie débitées devant nous, la prédominance illégitime d'une faculté sur les autres, la situation embarrassante d’un homme qui se trouve an désaccord avec le monde physique ou avec ses semblables. Chacune de ces choses est évidemment laide et mauvaise : elles devraient donc produire sur nous un effet désagréable. Que le beau, que le bon fassent plaisir, rien de plus naturel; que l’harmonie et la concorde nous charment, nous réjouissent, cela est tout simple; mais qu’une organisation dé-

I. Nous croyons devoir donner le texte de ce passage : « Quid sit .isus, i|uo pact ) concitetur, ubi sit quo modo exislat, atque ita repente nrumpat, ut eum cupientes tenere nequeamus, et quo modosimul latera, os, venus, vultum, oculos occupet, nescire non pudet, ne i psi quideni sciunt, qui pollicentur. »

fectueuse, le vice, l’erreur, l’ineptie, la grossièreté l’ignorance, la faiblesse de caractère, la discorde e la lutte nous causent une .joie très vive, cette joii semble inopportune, incompréhensible. On ne voi pas qu’une odeur nauséabonde, qu’un mets corromi u ou mal apprêté, délectent personne : on les fuit, or les repousse, au contraire, avec dégoût. Commen des imperfections d’un autre genre excitent-elles notre gaieté? C’est la répugnance et la tristessi qu’elles devraient faire naître. Quoi ! parce qu’ur individu sera mal proportionné, chauve et laid, para qu’il bredouillera, débitera des niaiseries, commettre sans cesse des méprises, recevra une averse, tombera dans un fossé, mentira maladroitement, et serf battu par sa femme, nous pousserons des éclats ht rire et nous éprouverons un contentement si extraordinaire, que nous aurions peine à l’échanger con- Ire n’importe quel plaisir moral ou matériel 1 N’estce pas une contradiction à dérouter l’intelligence la ' plus forte?

Aussi notre contentement ne naît-il point des : vices mêmes que nous remarquons dans les objets. Ces vices ne sont pour nous qu’une occasion et un stimulant : la joie vient d’une autre source, plus profonde, plus rationnelle et plus pure. Le comique a cette analogie avec le sublime que ni l’un ni l’autre n’ont- d’existence objective, n’empruntent leur puissance et leurs effets au monde extérieur : ils les empruntent à des facultés spéciales, à une disposi-

lion particulière de notre esprit. Les deux phénomènes sont également, subjectifs.

Le sublime matériel et le sublime moral n’ont, pas pour cause, en effet,, une ou plusieurs qualités des choses. Tous deux résident dans le sentiment de l’infini; or, l’infini n’est pas perceptible pour nous. Lorsque nous nous trouvons au sommet d’une falaise, d’où notre vue plonge sur les flots lointains de la mer et les suit jusqu’au bord de l’horizon, elle n’aperçoit en réalité qu’une vaste plaine liquide, bornée par un demi-cercle infranchissable pour elle. Mais nous concevons très bien que cette frontière apparente ne limite pas réellement le gouffre amer, qu’au-delà se déroulent des espaces immenses; la pensée y voyage comme dans un rêve, et la conscience de la force intellectuelle qui lui permet de lépasser l’étendue visible, de s’élancer à travers l’infini, engendre le phénomène du sublime et proluit la joie qui l’accompagne. De même, lorsque le ciel, pendant une belle nuit d’été, nous montre ses profondeurs obscures, où scintillent des millions de soleils, où rayonnent tranquillement des planètes nnombrables, nous sommes convaincus que par lelà ce prodigieux spectacle, par delà ces armées l’étoiles, l’espace déploie ses incommensurables ibimes : cette conception ouvre à notre pensée une arrière infinie, où elle se précipite avec ravissenent et avec effroi ; elle nous cause l’émotion du utblime. Les grands phénomènes de la nature qui

nous donnent l’idée d’une force incalculable, comnn les tempêtes, produisent sur nous le même effet. Ci sont les notions les plus vastes que l’homme puissi concevoir, et elles agissent sur lui à proportion d< leur étendue.

Dans l’ordre moral, tous les grands sacrilices, tous les dévouements, toutes les actions héroïques noir font éprouver un sentiment analogue. L’individi qui souffre, qui meurt pour une conviction et ur principe, nous arrache aux homes de notre exis lence matérielle et vulgaire, nous emporte dans le* régions illimitées du monde intellectuel, des idéesimpérissables. Le soldat, le martyr, qui brave les douleurs, les privations et l’agonie pour le salull d'une province, d’une nation ou de l’humanilt entière, franchit les limites de sa personnalité, monte dans ta sphère des principes éternels, indis pensables à la conservation, à la prospérité, à l’honneur de notre espèce, s’identifie avec elle, prend possession de l’espace et du temps; il les domine du haut de son exaltation morale. Ce n’est qu’un éclair, mais c’est un éclair sublime, pendant lequel il recule indéfiniment, les bornes de sa propre existence. Et le sentiment qui fortifie, transporte, idéalise le héros, le penseur intrépide, se communique au spectateur et au lecteur : il les entraîne bien audelà du cercle mesquin de leur vie passagère, de leurs préoccupations individuelles.

De même que les objets extérieurs les plus vastes,!

lie les déterminations les plus généreuses, les acrifices les plus stoïques, ne contiennent pas le sublime (les derniers n’aboutissent souvent qu’à 'affreux spectacles), mais le produisent comme une manation, comme un jet de lumière électrique, les ihoses, les formes, les pensées, les actions défecueuses ou vicieuses ne renferment pas le comique I, n’engendrent pas le rire. Elles n’en sont que les auses occasionnelles. Les deux phénomènes procèent de l’entendement, ont une origine psycholoique. En dehors de l’acte intellectuel qui leur onne naissance, rien ne les explique. Envisagée à n autre point de vue, la question est indéchiffra- 1e. Pourquoi, par quelle influence magique, une ifformité, une sottise, le manque d’équilibre entré ;s facultés humaines, les situations désagréables, îalencont reuses, les divergences d’humeur et de sntiment, les luttes d’intérêts et d’opinions, nous iraient-ils éprouver une satisfaction intime? Ce ont des vices d’organisation, des absurdités, des ipports défectueux, pas autre chose. S'il n’y avait oint derrière, au second plan, une cause puissante, ui associe à leur effet direct un effet accessoire el lus énergique, ces déviations choquantes ou, tout u moins déplaisantes, resteraient des aberrations e la nature, des extravagances et des fautes de homme, incapables de produire le moindre effet ïréable.

Le phénomène du comique et le rire, qui en est

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l’expression la plus accentuée, renfermant quati ■ éléments :

1° La perception d’un défaut matériel ou intellei tuel, d’un désaccord entre l’homme et le monc extérieur, ou entre l’homme et ses semblable élément avec lequel les pages précédentes ont fam liarisé le lecteur.

2n Une intuition rapide et très vive du princip idéal que blesse, soit une conformation vicieusi un manque de clairvoyance et de raison, soit la lutt d’un homme contre îles incidents fàcheüx , o contre des adversaires plus habiles. Dans l’instar que la défectuosité, que l’antagonisme apparaît o se produit, l’un et l’autre éveillent fortement che le spectateur, chez l’auditeur, la notion du typ absolu de la perfection humaine. Ce type, que non avons examiné en détail, pourrait s’identifier ave les lois du beau, du vrai et du bien, tant la natur, lui a donné des sources profondes. Le ridicul matériel enfreint les conditions du beau visible ; 1 ridicule intellectuel offense les principes de f logique; le ridicule moral attente aux prescription de l’honnêteté. Cette perspective lumineuse, qu s’ouvre derrière les ombres du premier plan, dert rière les imperfections, les sottises, les vices de: hommes, les contrariétés, les accidents, les décep lions de la vie journalière, nous cause une vivi émotion de plaisir: elle nous entraîne dans 1» monde des vérités absolues, des idées éternelles!

ucune vision ne pourrait être plus magnifique et e pourrait, en conséquence, produire plus d’effet. 3° Un dédain secret ou manifeste pour les dilïorlités du corps et de l’esprit, pour les erreurs, les béaes.les maladresses, les actes d’imprévoyance, que lettent en scène la littérature et l’art comiques, dont les composent le fond. C'est ce dédain qui produit icre sentiment de blessure causé par le rire à ceux fil atteint. « ün souffre aisément des répréhenons, dit Molière dans la préface du Tartufe ; mais h ne souffre point la raillerie. Un veut bien être échant; mais on ne veut pas être ridicule. » i° Un secret contentement de nous-mêmes, qui lavons ou ne croyons avoir aucune des imperfecbns stygmatisées devant nous, qui pensons ne js commettre de folies, ni dire d’absurdités, imrne les personnages dont on nous amuse, et qui i sommes sûrs pour le moment, puisque nous istons muets, immobiles, dans notre rôle de specteurs et d’auditeurs. Au fond du sentiment unique, au fond du rire, il y a cette déclaration iitinctive , ce témoignage d’approbation personi lie : « Ce n’est pas moi qui débiterais de pareilles Mourdises, qui ferais de pareilles extravagances, c’on pourrait ainsi berner et duper, que les contretnps et les mortifications surprendraient de cette nnière: je suis trop judicieux et trop avisé. » Ces éges que l’on se donne, ne sont pas énoncés dectement, d’une façon explicite, mais n’en eau-

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sent pas une moins vive satisfaction, dans 1 t pénombre qui les enveloppe. L'amour-propre étar i une des passions les plus énergiques de l’hommi 'i nous éprouvons une joie très forte, un plais intime, quand il se trouve satisfait. Pensez donc blâmer, dédaigner autrui et s’approuver soi-mêmi quelle bonne fortune !

Voilà, sans le moindre doute, une iidèle analys de deux phénomènes intellectuels très compliqué C’est leur complication même qui en rendait l’étud extrêmement difficile. On ne croyait pas avoi i besoin d’une si laborieuse dissection anatomiqiu i et, cependant, par toute autre méthode, on ne poi ■ vait obtenir aucun résultat.

Ainsi, pour résumer en une seule phrase noti solution du problème, la perception d’une dilfo; I mité, d’une erreur, d’un vice, d’un malentendu o | d’une contrariété, ranime dans notre esprit la n(,lj lion du type absolu de la perfection humaine, nou inspire un sentiment de dédain pour les chose! les pensées, les actions et les situations en désac cord avec ce type général, un sentiment d’approb; lion pour nous-mêmes, et ces quatre causes réunie 4j font éclater la joie bruyante du rire, ou donner naissance à la joie plus discrète du sourire.

Mais pourquoi tant de rouages, tant de combina I sons, tant de préparatifs? Était-il nécessaire, o seulement profitable, que la race humaine éprouve ce genre de plaisir? '

:i, nous pénétrons dans les derniers arcanes de lature, dans des mystères qui surprennent et fondent notre esprit, parce qu’on y voit des cals profonds et subtils, dont l'origine nous appe. Les uns les considèrent comme l’œuvre îe intelligence sans bornes, qui gouverne le ide;les autres les croient inhérents à la subîce même et à la constitution des êtres. Ces stions suprêmes, d’une difficulté inouïe, notre et nous dispense de les traiter. Le problème du nique n’en fait pas moins reparaître à la lumière lystème discrédité, abandonné, des causes îles. Le ridicule joue un rôle immense dans le i merce des hommes, est un des agents les plus ends de la sociabilité. 11 a donc un bùt, il a donc inventé, combiné, pour servir à une fonction? lanifeste sans le moindre doute une intention cite. La pensée primitive, dont il est le résultat, Rlique seule, en même temps qu’elle le légii et le sanctionne.

Ls principes en vertu desquels l’homme rit sont a annexe de la morale, complètent la théorie, 'stème organique de la sociabilité humaine, s fon ne ferait point par justice, par délicatesse, a l’honneur et par bienveillance, on le fait par a te du ridicule, pour ne pas provoquer la défi¬

nît le sarcasme. Cette crainte est donc l’auxiiii de la conscience : elle nous dirige dans toutes i lions moyennes, qui ne sont pas positivement

soumises aux principes du bien et du mal, où noi . conduite ne nous est pas rigoureusement Lraci I Comme les Lacédémoniens enivraient un escla | pour dégoûter la jeunesse de l’intempérance, la 1 ture, pour mettre l’homme en garde contre les vie j les fautes et les erreurs qui n’entraînent point graves conséquences, y a joint le ridicule. Il ; punit, il les fait servir de leçons aux témoins ( nous enseigne l'attitude et la conduite que nous vons tenir avec nos semblables, pour éviter, r.i pas le mépris, l’indignation et la colère que sustent les mauvaises actions, mais la gaieté moquer du rire que provoquent les délits secondait1. L’amour-propre inquiet surveille nos discours , i; gestes, notre maintien, notre habillement, no; conduite, afin de nous épargner ce genre d'humil-l lion. Le comique nous préserve des fausses déniches, des absurdités, des inconvenances, des ms- J dresses et des péchés véniels. Il est un program: secret des relations communes dans la vie socit , 4 un moniteur vigilant qui nous dit : « Prenez gar, on va se moquer de vous, on va s’amuser à s dépens ! » Il nous force à ménager les opinions, s J sentiments de tous ceux qui nous approchent, pu i ne point leur servir de risée.

Que les faits comiques soient exposés sur n théâtre ou aient lieu dans la vie réelle, les cori-J quences sont les mêmes. Et, si l’événement.^ i situation, les paroles et le personnage grotesqu

SOLUTION LIE LA QUESTION !<i!)

itre l’idée du vrai, du .juste et du beau qu’ils cillent indirectement, éveillent aussi l’idée d’une inition méritée, comme dans les déconvenues, les ortilîcations de l’hypocrite, de l’avare, du fanron et de l’envieux, le plaisir augmente, le rire vient plus joyeux et plus acerbe, parce que la nscience éprouve une satisfaction directe, qui mil à la satisfaction de l’intelligence, preuve maniite que le comique est un phénomène purement jbjectif, qu’il sort comme un éclair des profondeurs 1 l’entendement. Ici, l’on voit le sentiment de quité s’unir à la raillerie pour venger l’idéal imain, pour flétrir le vice et la sottise, hose non moins admirable ! Les préceptes contenus îjplicitement dans le comique, les obligations qu’il us impose, sont bien plus vastes que ceux de amorale et de toutes les législations. Les commantnents de Dieu et les commandements de l’Église, es les recueils de lois connus n’enjoignent à péril ne d’être adroit,' intelligent , circonspect, de 1er avec décence, d’agir avec dignité, de se li tre en garde contre les accidents et les surprises âieuses. Ils s’occupent beaucoup, il est vrai, de n ntenir la bonne harmonie entre les citoyens, il s ne règlent leur conduite que d'une manière native, pour prohiber les actions qui menacent la nj les intérêts et l’honneur du voisin. Ils ne nous itgent pas à être aimables, prévenants, généreux, )i> vêtus, discrets , à nous préserver des mysti-

tü

fications et des pièges. Donc, l’archétype de la vi humaine renfermé dans le comique est le plus vas! ensemble de prescriptions qui existe, et son utilil sociale concorde avec son étendue. Ce type i dé; embrasse tous les aspects de notre organisme et d notre activité, tous nos sentiments, nos goûts et ne manières, ne laisse en dehors que les difformité: les erreurs, les vices et les crimes qui excitent i pitié, la terreur et l’indignation; il ne les tolèi pas, ne les excuse pas, il les néglige: ils ne soi point de son ressorl. La conscience et les loi écrites forment deux lignes de remparts contre i mal, le comique est une troisième ligne de défense il arrête, il stigmatise et condamne les petits méfait que les premiers postes ont laissé passer.

Il était donc nécessaire qu’il fût accompagr d’un plaisir très vif. une loi générale voulant qi chaque fonction, chaque sentiment, chaque phéne, 1 mène, utiles à 1a. conservation ou à la reproductio i des êtres animés, leur cause une jouissance mat rielle ou morale, qui sert de stimulant etderécon i pense. La nature, par suite, a joint à la perceptic J du comique une secousse nerveuse extraordinaii i et une satisfaction sans mélange.

Un homme pris d'un fou rire devient lui-mên ! une espèce de curiosité : tout son corps, tous 1 , traits de sa figure sont dans l’agitation; il se rou | sur les fauteuils, sur les canapés ; un vacarme sti dent sort de sa poitrine, des pleurs humectent s( !

•eux; il fait signe de la main qu’on ne trouble pas a crise joyeuse et indomptable. Il faut qu’elle cesse 'elle-même, car sa volonté, caries admonestations ’y peuvent rien. Après les spasmes de l'amour, 'est la plus violente des émotions agréables, reuve manifeste que la nature attache au comique ne haute importance, à cause de son utilité ociale.

Il est même utile pour la santé. Il y a dans le rire n abandon, un relâchement nerveux, qui, après es travaux, des efforts pénibles, des études et des ilculs difficiles, après une grande contention inllecluelle, produisent l’effet d’un calmant et délas- ■nt les nerfs. L’homme triste demeure concentré u lui-même, se fatigue le cerveau ; la joie causée tr le rire a une propriété d’expansion: elle dilate bsprit , pour ainsi dire, l’entraîne au dehors, imuse, le distrait forcément et le repose. Beau- <up de personnes le recherchent avec passion, ne li préfèrent que les intimités de l’amour.

?ar cette combinaison merveilleuse, la forme nyenne et inoffensive du mal, celle qui ne pénètre ps dans le domaine de la vie et de la mort, du 1 nheur et de l’infortune, de l’honneur et de la hnte, devient une source de plaisir : au lieu de nas répugner, de nous importuner, elle nous divert Ce qui nous eût blessés, chagrinés, dans le s ictacle et la fréquentation du monde, nous ii fruit et nous égaye, entretient au fond de notre

esprit le sentiment de l’idéal, y fait briller en pleir lumière le type absolu de la perfection humain L’exigence du comique est si grande, si impérieus< qu’elle s’applique même à la mémoire. Une bonr mémoire est celle qui fonctionne exactement etrap dement : une mauvaise mémoire, qui confond le J personnes, les lieux, les dates, les circonstance; qui embrouille les discours, obscurcit et bouli verse les narrations, peut produire les effets le plus grotesques. Donc le prototype de la vi humaine nous commande d’avoir des souvenir clairs et précis. Quel moniteur inflexible !

Et ce n’est, pas tout. A l'idéal permanent et un versel, que nous étudions depuis le commencemer de ce volume, se joint, se superpose un idée mobile et restreint, qui subit l’action du temps c des lieux. Il a pour éléments les principes, les loi; les goûts, les usages, les traditions groupés dan* les diverses époques et les divers pays. Les nation ne pensent pas toutes de la même manière et n’or pas toujours les mêmes opinions. La températur du nord ou du sud modifie les conceptions, le i mœurs, les croyances, les prédilections des peuple : qui habitent une zone glaciale ou une zone ardent; La vie monotone et agitée, incertaine et périlleus I du marin sur les flots, lui communique certaine dispositions, certaines idées, plusieurs vertus ( quelques vices. Le type de la perfection humain | n’est donc pas identique dans un pays froid, dan

ne latitude moyenne ou sur un sol embrasé: l’inuence du climat le change à quelques égards. Est-il vrai, monsieur, me disait une Suissesse, qu’il ait en France des plaines de cinq et six lieues, ans une seule Montagne ? » Et te sacristain de otre-Dame, à Anvers, me demandait un jour, penant que nous causions dans la flèche: « Croyezous, comme me l’a dernièrement assuré un voyaeur, qu’il y ait des montagnes plus hautes que otre cathédrale? » On voit par ces deux exemples ommcnt la forme du terrain peut agir sur les sprits.

Le temps et le travail continuel de la pensée umaine agissent d’une manière plus forte encore, mesure que l’intelligence s’éclaire, que les opiions se rectifient, que les bornes du savoir recu- :nt, notre idéal s’agrandit et s’épure. Des doctrines, es règles de conduite jugées bonnes à une époque, e discréditent, sont abandonnées graduellement, t des théories plus vraies, des maximes morales lus nobles, plus délicates, gouvernent les intelliences et les volontés. Les peuples ont, en outre, es caprices comme les individus. Ces fantaisies s’apliquent au costume, au langage, à l’étiquette, aux îœurs, à la cuisine, h l’art même et à la littéraire. Elles constituent l’empire de la mode, et ne ispectcnt pas toujours le domaine de l’éthique. Au ix-huitième siècle, par exemple, il aurait étévulaire et malséant de témoigner quelque affection

pour sa femme. Saurin, dans une de ses pièces résume ainsi l’opinion de son temps sur le mariage « On épouse une femme, on vit avec une autre, e l’on n’aime que soi.» Chamfort, se -trouvant ui jour à un grand dîner, son voisin lui demanda si î convive qui leur faisait face, n’était pas le mari d la dame assise à côté de lui. Tous deux avaien remarqué qu’il ne lui avait pas adressé un mol Chamfort, en conséquence, répondit à son interlo cuteur : « Ou il ne la connaît pas, ou c’est s; femme . » A la même époque, une dame du mondi eut la fantaisie de réunir à sa table son mari e tous les amants qu’elle avait eus. Il s’en trouva huit lin de ceux-là lui dit: « Mais il me semble que 1; société n’est pas complète : un tel devrait être ici — Oh ! répliqua tranquillement la chaste créature il est en voyage: ce sera pour la prochaine fois. ) Ces mœurs, qui semblaient alors spirituelles et d< bon ton, indigneraient de nos jours, et on qualifierait âprement l’extrême indulgence du chef de 1; communauté.

Les opinions subissent aussi des variations étran ges, suivant les lieux et les époques. Après lesobsè ques de Louis XIV, un royaliste ingénu disait « Puisque le roi est mort, on peut tout croire main tenant. » Un Écossais, pendant la guerre de l’Indé pendance, qui a fondé les États-Unis, montrant] quelques Américains que l’on venait de faire prisonniers, questionnait ainsi un Français: « Vous vous

les battu pour votre maître, moi pour le mien ; îais ces gens-là, pour qui se battent-ils? » Un roi u Pégu, dans les Indes orientales, ayant appris ue les Vénitiens n’avaient pas de roi, faillit mourir e rire.

La mobilité de l’idéal, dans quelques-unes de ses irties, a l’inconvénient de soumet Ire les hommes idicieux à des opinions variables, i\ des caprices Vils blâment, mais qu’ils sont contraints de mé-

iger.

« Mieux vaut être fou avec tout le monde, dit un ■overbe populaire, que sage tout seul. » En effet, l’on heurte le sentiment public, on paraît touurs avoir tort, même quand on a cent fois raison, i foule est souvent dominée par des engouements asurdes, par des répugnances et des haines inseni-es, devant lesquels il faut fléchir et garder le : ence. Les protestations paraîtraient folles et connues, sinon dangereuses et coupables. Le vulgaire et toujours prêt à railler les individus qui se sini larisent, en n'adoptant pas les manières, les goûts,

1 costume il la mode et les principes d’action génér.ement approuvés. Mais cette tyrannie ne s’exerce ul à propos que dans des circonstances particlières, le fond, les éléments principaux de l’idéal ntant pas livrés à la fluctuation de l’esprit public. U fantaisies passent devant les hautes conceptions c beau, du bien et du vrai, comme les nuages sur 1 flancs d’une montagne puissante et inébranlable.

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Et puisque l’idéal suit le développement i ! l’esprit humain, les progrès de la science et c droit, sa mobilité a cet avantage qu’il, s’épure s’élève (nous le disions tout à l’heure) à mesure qi l’espèce humaine se développe, que ses conquête intellectuelles s’agrandissent. Ce que les natioi approuvaient comme juste et beau dans lei enfance, les blesse et les indigne à une époque pli civilisée. Presque toutes les amours, dans les com dies de Plaute et deTérence, débutent par une scèi brutale, où un jeune homme emploie la force poi assouvir sa passion sur une jeune fille. Celletrouve le procédé un peu rude, mais ne s’en offens pas, en garde au contraire un tendre souvenir ; i la liaison commencée d’une manière trop brusqt se poursuit, se régularise, aboutit à un heureu dénouement. Voilà une donnée barbare qu’on r ferait jamais accepter à un public moderne: il r sympat hiserait ni avec le fougueux vainqueur, ni avi la trop indulgente victime. Notre idéal est, en cor séquence, très supérieur sous tous les rapports i l’idéal des anciens, et le comique étant le contrepie I de l’idéal, notre rire a une bien autre portée, ur j bien autre finesse que celui des Grecs et des Romain: Ce qu’on appelait jadis le sel attique ne serait poi 1 nous que du gros sel de cuisine. Mais, quel que so l’ensemble des principes, des croyances, des mœur | et des habitudes d’une nation, il faut s’y soumettr | dans une certaine mesure, pour ne pas divertir o j

meuter la foule, car c’est du haut de cet ensemble ce les contemporains jugent les actions, les marres et les paroles. 11 produit çà et là un faux cmique, dont les jugements n’ont aucune valeur i rable et qui exerce pourtant une autre action x le, car il sert à maintenir la concorde entre les coyens, l’harmonie entre les opinions, harmonie x ?lle dans le plus grand nombre, apparente dans f minorité.

Vinsi donc l’homme n’atteint la perfection absolue qe lui impose la nature, et n'évite le ridicule, rchappe aux sarcasmes des plaisants, que sous de imbreuses et très pénibles conditions. Il faut que si corps et son intelligence soient bien constitués, qeses organes et ses facultés spirituelles fonctionnât régulièrement; il doit maintenir l’équilibre e re ses instincts et ses diverses aptitudes, se présider de tout conflit avec le monde extérieur et 1 tout désaccord avec ses semblables; il doit aine se conformer aux opinions générales dupeup qui l’environne, sinon dans sa pensée, au moins lis sa vie extérieure. Quand il réalise ce projumme, non seulement la moquerie ne peut 'fleurer, mais il parvient en même temps à la gesse, à la vertu et au bonheur. Toutes ses pas- ! ns, toutes ses idées, tous ses actes, tous ses •iiports sont gouvernés par les lois de la justice, lia prudence et de la raison; ils forment le plus rmonieux ensemble. L’humiliation, la tristesse et

la souffrance ne lui arrivent d’aucune partie de n être, d’aucun point de l’horizon ; il est digne, il d calme, il est heureux. Le comique, chose merv leuse, renferme donc une théorie négative, n s complète, de l’homme et de la vie humaine. Pend l que l’admiration, l’amour du beau, les penchas affectueux de notre cœur et la voix de noire c science nous attirent directement vers le bien,c ridicule nous y pousse d’une façon indirecte, 1 nous éloignant du mal. Comme les chiens autour < 5 troupeaux, il circule autour de nous, afin de nc> relancer, dès que nous abandonnons notre voie > j mettons le pied sur un sol défendu. Il nous rame» ainsi dans les limites providentielles que nous n’;- j rions pas dû quitter. On se préserve par amoni i propre d’une foule d’actions blâmables ; on dimiir 1 ses chances d’infortune et on se rapproche du bcheur, pour ne pas exciter la raillerie. La nature m pouvait montrer plus de sollicitude maternelle 0 ; vers nous. Elle a imaginé un moyen de nous cc duire à la sagesse et à la félicité, sans que no comprenions où elle nous mène ; elle a placé u lampe éternellement secourable dans l’ombre de n passions et de nos extravagances; elle a mis desl n çons infaillibles dans notre rire, et des avertiss 1 ments délicat s dans les accès de notre gaieté la pli folle.

Que notre existence physique, intellectuelle morale, soit donc livrée à tous les caprices, à touti

c folies, à toutes les erreurs et à tous les malen- ,f dus; que les désirs, que les volontés, que les )]nions s’entre-choquent dans un perpétuel orage; j ; le tumulte des événements accroisse ce désor-

I , contrarie les projets, les efforts, l’activité de ’bmme; que la nature elle-même, par ses irréguatés, ses obstacles et ses violences, porte la disk de au suprême degré: sous ce chaos apparent, e lois éternelles de la logique, de la morale et de a fraternité humaine poursuivent leur travail iculte, exercent leur influence salutaire. Les vices, e fautes, les accidents, les erreurs, les méprises, e déconvenues, l’ineptie, la laideur et les difformié ne sont, après tout, que des exceptions qui coninent la règle. Elles stimulent la conscience, ram* ait l'aspiration vers le bien et le beau, éveillent sentiment profond de la loi qui a été violée, de cire qui a subi une atteinte, et par un effet indie , par un merveilleux circuit, ramènent les égaé les mutins, les déserteurs, dans l’enceinte t ls n’auraient jamais dû quitter.

ne dernière utilité du comique, et elle a une nde importance, consiste à supprimer les effets t'igréables qu’auraient produits une foule de choe et à les transformer en sentiments agréables, qui nous eût blessé, chagriné, dans le spectacle

I I fréquentation du monde, devient pour nous r source d’instruction, d’amusement et de gaieté» t disproportions du visage et du corps, la gau-

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cherie du maintien, des gestes et de la démarcl, les faux raisonnements, les quiproquos, les illusio; déçues, les projets insensés, les fanfaronnades, , mésaventures, les querelles, les luttes, les fourl ries, les mensonges, toutes les formes moyennes , inoffensives du mal, au lieu de nous choquer, nous répugner, nous fournissent des sujets con nuels de divertissement, égayent pour nous et ili minent la vie sociale. Elle devient une immen collection de ligures plaisantes. Nous sommes pri que ravis qu’il y ait tant de sots, de maladroits, fripons, de vantards, d’hypocrites, d’ambitieux sa moyens, qu’ils débitent tant de faussetés, de balai dises et de rodomontades, commettent tanl de 1 vues et de fraudes, s’embourbent dans leurs pr près artifices, inventent, pour nous réjouir, ui multitude de scènes bouffonnes, dont le ridicu leur échappe.

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On il vu que l’élément principal du comique, la irritable cause du plaisir qu’il fait naître, consiste , uns l’intuition rapide d’un idéal absolu, provoquée ir un vice, une erreur, un accident, une difformité mtraire. Mais il arrive assez souvent que l’intuion ait lieu, sans être précédée d’une antinomie, un phénomène contradictoire. La pensée du beau, 1 juste et du vrai, le sentiment des bienséances,

; la dignité personnelle et de la courtoisie, évoqués rectement, apparaissent comme des images lumi- :uses au fond de notre esprit : cette vision magni- [ue nous cause une joie plus profonde qu’elle en a l’air: elle est accompagnée d’un dédain majesté pour les objets, les discours, les actions qui i citent notre rire, et d'une estime secrète pour vus-mêmes, qui les jugeons de haut, qui ne méri- I ns point, dans notre muette immobilité, le châtinnt de la raillerie. Mais ces deux éléments accès-

soires n'élant que les corollaires du premii phénomène, le comique a évidemment pour princi| et pour base l’idéal absolu de la perfection humain embrassant la nature de l’homme sous ses divei aspects. Quand il se montre tout seul, au premit plan, qu'il fait lui-même opposition à des forme des incidents, des opinions et des mœurs contra res, le plaisir n’est pas moins vif que s’il était amer en scène par un détour, s’il surgissait par contr coup.

Non seulement la vie en commun exige un ensen nie de lois, qui maintiennent l’ordre et commandei l’obéissance, mais elle impose à chaque membre c l’union certains égards factices, tout un systèn d’idées et d’actes conventionnels : c’est ce qu’c nomme les convenances sociales ; dans le plus grau nombre des cas, on est tenu de les respecter ; ce elles ont pour but de ménager nos voisins, de fac 1 i ter nos relations avec eux. Ainsi on ne traite pe les gens riches comme les gens pauvres, les ger bien habillés comme les gens mal vêtus ; on témo gne de la déférence aux hommes qui représente! les divers genres d’autorité; la politesse exige qu’o ne choque pas ouvertement les opinions d’une pe sonne; que, si elle altère la vérité, on n’ait pas l’a de s’en apercevoir et ne réfute pas abruptement so erreur volontaire; qu’on ne paraisse point rema quer la laideur, le teint hâve, les infirmités de. malades et des vieillards. Bref, il y a dans les cor

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yenances sociales une idée de subordination envers 'élite des citoyens et les favoris du sort, une dée charitable de condescendance et de ménagements pour les imperfections, la douleur et la pau-

reté.

Elles nous imposent, en outre, la loi de ne pas xprimer trop ouvertement certaines pensées d’inprêt, d'égoïsme, de sensualité, de ne pas montrer js éléments inférieurs de noire nature, comme on c satisfait pas en public certains besoins.

La conversation, par suite, est pleine de réticences, b sous-entendus, de pensées que l’on déguise et de Laximes conventionnelles que l’on exprime. Sur îe foule de points, les convenances sont donc en ^position directe avec la vérité, la justice, la rai- >n, la conscience, blessent par certains côtés le •ototype absolu de la perfection humaine. Il en isulle que, si une personne naïve, un enfant, un impagnard, un étourdi, un homme brusque et sin- <re, exprime l’opinion, le sentiment réel que tout I monde dissimule, le contraste de sa franchise ïec les précautions, les déguisements, les formes ctificielles de la vie ordinaire, produit un effet co- 1 que, où entrent deux éléments :

i° L’ignorance ou l’étourderie du personnage qui 1 urte les habitudes factices de la société.

!° Le plaisir intime que l’esprit ressent de voir nttrc en pleine lumière, sans circonlocutions et sis ménagements, l’idée vraie, l’opinion juste, le

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principe moral, tenus avec soin dans l’ombre et i l’écart.

Le comique alors n’est pas produit par une recti fication mentale de l’auditeur, mais par une évoci tion subite et imprévue de l’idéal : c’est un effe direct. Si ma théorie, appuyée sur une observatio rigoureuse, avait besoin de preuves, celle-là serai décisive.

11 y a mieux encore. Le comique et le rire sor quelquefois produits, sans opposition aucune, san la ressource du contraste, par la justesse d’un sei Liment et d’une réflexion.

Dans une pièce de Regnard, la Sérénade, un vale qui a trop bu, prie un passant de l’aider à retrouve sa maison.

— Où est-elle, ta maison? lui demande celui-ci.

— Parbleu ! répond l’ivrogne, si je le savais, je n vous le demanderais pas.

Ayant perdu un billet, qu’on l’a chargé de remel Lre au personnage dont il a justement fait la rer contre, et voyant celui-ci s’impatienter de ce qu’ 1 ne le trouve pas, le même valet lui dit pour excuse

— Comment voulez-vous que je retrouve un bi let? Je ne puis retrouver ma maison.

Un des Mènecmnes, impatienté des poursuites d’u créancier, qui le prend pour son frère et se d syndic et marguillier, s’écrie dans sa mauvaise lu . meur :

Laissez-moi lui couper le nez.

Valentin, son valet de chambre, lui répond l'roilement :

Que feriez-vous. Monsieur, du nez d’un marguillier?

Observation qui provoque le rire uniquement par on incontestable justesse : on ne peut rien faire ’un nez coupé.

La même rectitude d’esprit égaie et caractérise fette réflexion d’une jeune adolescente, que cite hamfort :

— Pourquoi parle-t-on d’apprendre à mourir? "est, une chose que l’on fait très bien la première

pis-

Voici des traits purement naïfs, auxquels le tanque absolu de dissimulation donne tout leur quant.

Un petit garçon, qui avait mangé longtemps et à eine bouche, descend de sa chaise :

— Tiens, s’écrie-t-il, je puis encore marcher!

Des enfants s’étaient, cotisés, dans une ville de ■ovince, pour faire tricoter deux paires de bas de ïne, qu’ils voulaient offrir à leur grand-père, le preier jour de l’an. Le vieillard les remercie, les emlasse et leur offre fi son tour un petit écu de trois lincs. Les marmots se retirent dans un coin de la (ambre et délibèrent, puis l’un d’eux s’avance:

— Dis donc, grand-père, nous aimons mieux que 1 nous rende les bas, parce que nous y perdons.

üe regret sans artifice, en opposition avec toutes

les convenances sociales, fait sourire : les jeunes calculateurs vont droit à leur but.

La domination et l’expression trop naïve des intincts ou des motifs d'intérêt, chez les grandes per sonnes, produit un comique du même genre. Ur vieux célibataire, immensément riche, se trouvanl fort malade, fait appeler son notaire, pour lui dicter son testament. Il veut léguer toute sa fortune l un de ses amis.

— Eh ! quoi, lui objecte le notaire, vous laisse? votre bien h un étranger, quand vous avez un neveu ?

— Mon neveu ! s’écrie le malade avec dépit, mon neveu! Ne m’en parlez pas! Un va-nu-pieds, ur gueux qui n’a pas le sou, qui n’a jamais voulu rien faire et que je n’ai pas vu depuis dix ans !

— Oui, répond le notaire, mais pendant ce temps il a fait fortune.

— Comment ! il est riche?

— Très riche, et il peut se passer de votre héritage.

— En ce cas, c’est différent : je l’institue mon légataire universel.

On ne pouvait trahir involontairement, avec plus de franchise, la basse admiration du succès et (le l’argent.

L’habile sculpteur Jouffroy me racontait un jour que, pendant qu’il habitait Rome, il voyait souvenl passer dans le voisinage de son atelier une jeune

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ersonne charmante, d’une distinction et d’une eauté rares. Chaque fois qu’il l'apercevait, il se dirait en lui-même : « Si cette' femme délicieuse voulait oser chez moi seulement pour la tête, je bénirais ion étoile.» Mais comment lui faire une pareille roposition? Elle avait un air de réserve et de dinité, qui glaçait le courage du statuaire; et pourint,du plus loin qu’il la voyait passer, il éprouvait ne commotion. Un jour enfin, n'y tenant plus, il aborde, chapeau bas, d’une mine respectueuse, et li dit avec un serrement de cœur :

— Mademoiselle, je vous prie de ne pas vous fenser de mes paroles; je suis sculpteur, épris de on art, et je regarderais comme une bonne fortune :traordinaire de pouvoir reproduire un type aussi irfait que le vôtre. Ne voudriez-vous pas venir uns mon atelier ?

— Oh ! oui. Monsieur, répond la jeune déesse au ’sage olympien, mais pas pour poser : c’est trop < nuyeux !

Décrire l’étonnement de Jouffroy serait imposnle. Cette candeur dans le vice ou, pour mieux Ce, cet abandon sans réserve et sans arrièreinsée aux instincts naturels de la femme, le com- 1 lit de joie... et lui donnait envie de rire. La carmante créature ne posa point, mais servit de ndèle à son insu.

e pourrais citer bien d’autres exemples, dans f quels un aveu trop simple, une manifestation

trop directe de passions et d’intérêts, qu’on voit et déguise habituellement par respect humair cause une joie ironique au lecteur ou à I’auditem Dans une pièce de Shakspeare, deux personnage qu’on veut mener à la brèche, témoignent sans dé tour leur répugnance L « Je donnerais ma par de gloire pour un pot d’ale, et pour avoir la vi sauve, » dit le premier. Le second chante ce com plet, qui n’a pas un sens plus héroïque :

Si j’avais ce que je désire,

Mon choix bien vite serait fait ;

J’irais de ce pas, sans mot dire.

M’abriter dans un cabaret.

Le quatrain suivant, que j'ai copié sur un enseigne, amuse et fait sourire, parce qu’il trahi ouvertement une cupidité mercantile :

Ami, si ton gousset est plein,

Tu boiras ici du bon vin ;

Mais si ta bourse n’est pas pleine,

Va boire en face, à la fontaine.

Dans l’excès de leur corruption, qui leur semblt un fait naturel et une manière d’être légitime quelques hommes dépravés par une longui carrière d’artifice, laissent parfois échapper des indiscrétions d’un haut comique. M. Dupin, prés! sident de l’Assemblée nationale en 1851 , ayanl perdu cette fonction et d’autres encore après l’attentat de Décembre, disait avec ingénuité:

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