‹ Le Monde du Comique et du RireChapitre 22 sur 55 · LISETTE · texte numérisé non relu

LISETTE

Je ne sais pas, Monsieur, au vrai ce qu’il en est,

Mais tout le monde croit, à votre air triste et sombre, Qu’errant près du tombeau, vous n’ètes plus qu'une ombre, Et, que, pour des raisons qui vous font différer,

Vous ne vous êtes pas encor fait enterrer.

Que dites-vous de ces plaisanteries funèbres et impitoyables? Comme elles sont divertissantes! Quel goût délicat! On finit par tant rudoyer le brave homme qu’il tombe sans connaissance. Sa léthargie n’inspire au meilleur des neveux et à ses dignes acolytes que l’idée de faire un faux testament. Aussi longtemps que dure sa syncope, image de la mort, personne ne le veille, ne s’occupe de lui, ne tâche de le ranimer; le pauvre diable s’en lire comme il

>eut. Dès que la connaissance lui revient, il donne les marques d’intérêt et d'affection à Éraste, puis onfirme le testament frauduleux dicté par Crispin. 'avoue que j’aimerais mieux le voir expulser les canches canailles qui le tourmentent, le volent et 'insultent. Il y a un moment où leurs outrages -ont si loin, que Géronte s’emporte et dit, dans un ccès de juste indignation, à Crispin, qui se fait lasser pour son neveu :

Savez-vous, mon neveu, qui tenez ce langage,

Que si de mes deux bras j’avais encor l’usage,

Je vous ferais sortir par la fenêtre?

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