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l'ÉRENCE UU TALENT COMIQUE ET DE L’ESPRIT. LE COMIQUE ET LE RAILLEUR
n a remarqué avec étonnement que des hommes ns d’esprit, habiles à faire rire, quand ils pareil leur nom, quand ils s’adressent personnellenit au public, deviennent maladroits, maussades nnuyeux, quand ils abordent la scène comique, ïe métamorphose semble inexplicable. Elle tient :rtant à une cause très simple, quoique très •onde.
h talent du poète comique est objectif, le talent noète satirique ou de l’homme d’esprit est subcf; le premier observe et peint les ridicules que offrent la nature et la société, le second les flair par l’expression ou en invente : il n’imite pas, ; calque pas, il persifle et vilipende. Le poète nique réjouit son auditoire au moyen des caracr;, des situations où il place ses personnages; le )) lui sert bien moins que le fond des choses*
que l’art de reproduire en un tableau fidèle ;s vices, les erreurs, les folies, les petitesses des luîmes; il est telle scène dans laquelle les motsjs plus simples, un oui, un non, mettent le public >n gaieté. L’auteur s’efface et disparaît derrière ?s acteurs. L’homme d’esprit, le satirique est toutes en vue : c’est lui qui parle, lui qui fait rire : aum intermédiaire ne le sépare du public; le seul insjment dont il dispose, son seul moyen d'action si le langage. Il faut qu’il en connaisse à fond les ssources, les artifices, les écueils, les formes varie;: l’adresse et le talent de sa diction doivent expri ;r tous les ridicules, vrais ou imaginaires, que frôle sa moquerie.
Shakspeare, qui avait à la fois l'esprit de rcasme et le talent comique, va nous fournir q 1ques passages pour élucider la question.
Dans la première partie de Henri IV, scène 2, m trouve ce fragment de dialogue :
« Falstaff. Eh bien, Henri, quelle heure est-il, n n garçon?
Le prince Henri. Tu as l’esprit tellement épais à force de boire du vin vieux, de te déboutonner aps souper et de ronfler sur les bancs tous les apsmidi, que tu as oublié de demander ce qui t’i éresse vraiment. Que t’importe, au nom du diae, le moment de la journée? A moins que les liens ne fussent des coupes de vin d’Espagne, les minus des poulardes, les horloges des langues d’ene-
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uetteuses, les cadrans des enseignes de mauvais ieux et le bienfaisant soleil lui-même une ardente atin en taffetas couleur de flamme, je ne vois pas ourquoi tu perds ton temps à demander l’heure u’il est. »
Cette réponse est assurément très comique, mais Ile l'est par l’ingéniosité de l’expression : la scène ’a rien de plaisant et de drôle en elle-même. Un lersonnage demande l’heure : à propos d’une queson aussi vulgaire, son compagnon trouve moyen e le vilipender : il en fait un modèle de dépravapn et de ridicule. Tout le comique provient du énie de l’auteur, non pas du fond des choses : c’est ne pure création, obtenue par des effets de style. Quelques lignes plus loin, Falstaff donne au prince b Galles un avis non moins spirituel. — « Mon 1er, quand tu seras roi, ne soutire pas que nous îtres, gardes du corps de la nuit, on nous appelle fleurs. Il faut qu’on nous intitule les chasseurs ; Diane, les gentilshommes de l’ombre, les mi- 10ns de la lune, et qu’on nous dise des hommes ; bon gouvernement, puisque nous sommes gou- :rnés, comme la mer, par la chaste et noble lébé, notre patronne; car, au moindre de ses orées . . . nous volons. »
Tout le comique de cette exhortation naît, comme çns le passage précédent, de l’habileté de l’expres-
Îm : changez-la, mettez à la place quelque vulgaire ;on de dire, le rayon lumineux s'éteindra. La se-
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conde partie de Henri IV renferme un trait anat gue : Falslaff, suivi par un laquais de taille exigu fait cette remarque plaisante : « En marchant ain devant toi, je ressemble à une truie qui aura écrasé tous ses petits, hormis un seul. » L’imaj est des plus pittoresques.
Une des formes de l’esprit consiste donc à ridici User les personnes, les actions, les sentiments, 1< idées et les choses par des artifices de langage i des rapprochemenls ingénieux avec certains obje! répugnants ou grotesques. Supprimez cette coir paraison arbitraire de Falstaff et de son pag avec des animaux de basse-cour, l’effet comiqi disparaît. Dans le poème burlesque d ’Hudibras, c trouve un passage divertissant, où Butler met e œuvre le même procédé : « Hudibras, avec la rap dité de l’éclair, lui donna un coup de pied dans fond de sa culotte, juste à l’endroit où les pliilc sophes ont niché l’honneur, puisqu’une faible a leinle au derrière nuit beaucoup plus à l’honnei qu’une grave blessure par devant. » Fixer la rés dence de l’honneur dans la partie la moins nobled corps humain, c’est une invention comique trè heureuse. L’auteur anglais emploie le même moye pour tourner en dérision un majestueux phénomèn de la nature... le lever du soleil! « Phœbus maii tenant avait Uni de ronfler sur le sein de Thétis ej comme un homard qu’on jette dans l’eau bouillanh le sombre orient commençait h rougir. »
Si je n’étais retenu par des principes de convenance que m’impose le goût moderne, bien que mon sujet m’invite, me force presque à les violer, je citerais des passages d’Aristophariês, de Martial, de Rabelais, de La Fontaine et de Voltaire, où l'amour, cette fête suprême de la vie, ce grand mystère qui •ntretient. la perpétuité des races, est persiflé, parodié sans ménagement. Sous leur pinceau hardi, a tendresse la plus vive, la sentimentalité même, deviennent des farces. Musset les raille presque autant, lorsqu’il dépeint une innocente malgré elle, Ijue tente le plaisir, mais que le scandale effraye, tomme « une jeune chatte, qui voudrait bien manier des confitures, mais a peur de se salir la, patte ». .a Fiancée du roi de Garbe esl une moquerie prolongée le l'amour et de la pudeur des femmes. L’anecdote uivante de Cbamfort ne les traite pas mieux. Madame Desparbès coucbanl avec Louis XV, le Roi luidit:«Tu as couché avec tous mes sujets. — Ah! Sire! — Tu as eu le duc de Ghoiseul. — 11 est si puissant! — Le maréchal de Richelieu. — lia tant d’esprit! — Monville. — Il a une si belle jambe! - A la bonne heure; mais le duc d’Aumont, qui n’a rien de tout cela? — Ah! Sire, il est attaché à Votre Majesté! »
Le procédé le plus fréquent, le plus habituel de esprit consiste ù revêtir une idée juste et vraie une forme singulière, anormale, absurde même ■ illogique. C’est un véritable déguisement : l’en-
veloppe ridiculise ou semble ridiculiser le fond. Mais l’auditeur, le lecteur ne se laissent pas décevoir par la feinte, saisissent à travers le comique apparent l’intention secrète, le sens normal et rationnel. L’auteur dit une chose pour en faire penser une autre : sa parole est une espèce de voile diaphane, de rideau complaisant, derrière lequel brille en pleine lumière la notion exacte et sérieuse. La rectification, l’interprétation a lieu avec une extrême rapidité. On voit donc reparaître ici, dans d’autres conditions, le phénomène essentiel du comique objectif et proprement dit : à travers les erreurs, les folies, les extravagances, les sots propos, les absurdités, les malentendus, les désappointements et les contrariétés des personnages, qui défilent, sur la scène, ou dans les chapitres d’un roman et d’un poème burlesque, rayonnent toujours, comme une vision splendide, les grands principes de la raison, de la morale et de l’honneur.
Et, si les idées, les intérêts, les passions en cause ont peu d’importance, cet artifice d’une pensée finement travestie, d’un personnage adroitement raillé, amuse le public à la manière d'une énigme ou d’un jeu spirituel, en mettant à l’épreuve sa sagacité. « Le sublime exalte, la beauté charme , l’esprit amuse, » dit George Campbell h
L’ironie, dans sa forme subtile et mordante,