RÉSUMÉ; ANCIENNES DÉFINITIONS DU COMIQUE ET DU RIRE
Il y a dans le monde moral des phénomènes en très grand nombre, qui se produisent avec U régularité d’une cristallisation. De quelque manièrt que leurs éléments se rapprochent, ils aboutissent i des formes invariables, ayant le même nombre di facettes. Comme un sel, en devenant solide, compose toujours des prismes, tel autre des cubes, des rhombes, des octaèdres, un loi organique combine les idées, les sentiments, les actions et les formes] dans les œuvres d’imagination, de manière à engendrer les mêmes effets. On a beau changer les détails, varier les agencements à l’infini, en espérant obtenir des résultats nouveaux, ils tombent sans cesse dans le même moule et y prennent la même figure. L’homme impartial qui les étudie, les voit s’y figer. L’alvéole hexagonale de l’abeille n’est pas plus régu-: hère. Ainsi les diverses formes du mal, soit dans
monde réel, soit dans l’art et dans la littérature, ; produisent que trois sortes d'effets : attendrisnts, comiques ou tragiques.
Chacun de ces trois effets se subdivise en seize tégories. Le poète dramatique et le romancier, les irrateurs de tout genre, ne peuvent faire naître pitié que par seize moyens ou combinaisons, la rreur par seize autres moyens, et le rire par un imbre égal de combinaisons ou d’agencements. Ainsi, quelques efforts que les poètes épiques, les rivains de théâtre et les romanciers aient faits squ’ici ou feront à l’avenir, ils tournent dans un •rcle invariable, dont aucun d’eux n’est sorti, ne •rtira jamais. Nul ne rompra les barreaux de cette ge de fer. La complexion morale et intellectuelle ! l’homme, les lois organiques de chaque genre téraire s’y opposent. Les immuables arrêts du *st in ne sont pas plus impérieux.
Quarante-huit combinaisons, seize pour la pitié, ize pour la terreur, seize pour le comique, forent donc le domaine entier de la littérature et des ts figuratifs, quand ils mettent en scène des permnages. L’intelligence la plus profonde et la plus ibtile n’en découvrira pas une déplus, ne parvien- ■a pas à en retrancher une seule. Que tous les rivains, que tous les artistes cherchent et s’ingéent : quand ils auront bien étudié le problème, land ils l’auront fouillé dans tous ses coins et coins, ils ne pourront signaler une quarante-neu-
viorne case pour l'ensemble des combinaisons, une dix-septième pour l’une des trois catégories, y en a quarante-huit d’une part, 16 de l’autre, plus ni moins.
En outre, et pour compléter la structure de cet cristallisation, les quarante-huit causes d’attendri sement, de terreur et de rire, s’unissent entre elle composent quatre groupes de douze formes, c chacune d’elles occupe une place égale. On ver plus loin, classées en tableaux, ces diverses coml naisons dramatiques et comiques. Voilà des âge cements qui paraîtront bien subtils, bien compl qués: on me soupçonnera peut-être d’avoir fait di distinctions, des analyses, des compartiments art trairês. Mais c’est ainsi que procède lanature: soi une apparente simplicité, elle exécute des travai d’une complication effrayante. L’homme le pli patient, armé d’une loupe, ne compterait, pas lt fibres qui composent la trame, les vaisseaux o circule la sève, les cellules qui forment le parei chyme d’une feuille de rose ou d’une feuille d’arbu à plus forte raison les mêmes éléments dans la coi texture d’une rose entière, ou dans le feuillag complet d’un grand végétal. Quel mathématicie parviendrait à compter les poils d’un chat, le, barbes des plumes qui forment le duvet d’un cyga ou d’un eider? 11 faudrait un chiffre énorme pou en exprimer le nombre : ils ne composent cepen . dant que la fourrure d’un seul animal. Le mysté
ANCIENNES DÉFINITIONS
nux pouvoir, qui entretient la vie universelle, icomplit en se jouant des tâches prodigieuses, ais, si les detail s de ses œuvres sont infinis, on ]ut en saisir par l’étude l’organisme et les lois isentielles. Nous venons de le prouver, en expliuant les diverses formes littéraires de la scène et a roman. Ceux qui n’aiment pas ces distinctions ( ces analyses, qui ne veulent point les faire ou les .cepter toutes faites, passent à travers le monde :ns rien comprendre, comme les moutons qui déminent, en broutant, le long d’une route ; mais ii sont libres de suivre leurs instincts.
Pour compléter mon travail, pour montrer à quel tint il était nécessaire, je vais passer en revue s définitions du comique publiées avant la mienne. ■ lecteur, maintenant renseigné à fond, les jugera ■i un clin d’œil.
Trois siècles et demi avant notre ère, dans les ontagnes de la Grèce, une faible lueur avait éclairé ^ difficile problème. Aristote, abordant la question •ec son esprit observateur, eut le mérite, non de ■résoudre, mais de la bien poser, ce qui était un 'ureux début. « Quand on représente des personnes par l'imitation, dit-il, on doit nécessairement b peindre ou meilleurs que nous ne sommes, ou res, ou semblables au commun des mortels. C’est aussi la condition de la peinture. Polygnote lignait les hommes plus beaux que nature; uson, plus laids; Denys, tels qu’ils sont. Homère
:t()8 LE MONDE DU COMIQUE ET DU R I H E
agrandit leur taille, Cléophon les représente so leur aspect ordinaire, Hégfmon de Thasos, inve téür des parodies, et Nicoclarès, auteur de la Déliai les ridiculisent et les abaissent. La même différen existe entre la tragédie et la comédie: celle-ci pei les hommes plus défectueux, l’autre mieux dou cfue nous ne les voyons1. »
Après cette indication sommaire, le grand phil sophe revient à son idée, mais toujours avec ui concision extrême. « La comédie est, comme je T dit, l’imitation du mauvais, non pas cependant i toute espèce de mauvais, mais de celui où le m. prend la forme du ridicule. Le ridicule, en effe implique toujours une certaine dose de mal et coi siste dans les défectuosités secondaires, qui neso; ni douloureuses, ni inquiétantes pour la vie du pe, sonnage, mais inconvenantes: ainsi, une figure laid et grimaçante fait rire, quand sa difformité n’ei pas produite par la souffrance, ou accompagnée d souffrance2. »
Un troisième passage renferme encore une distinc tion précieuse. « Homère, qui est le poète par exce: lence dans le genre sérieux, parce qu’il a seul exécut des imitations tragiques aussi bien qu'admirables eut aussi la gloire de découvrir le premier lescondi tions de la comédie, en mettant dans l’œuvre noi plus un blâme direct, mais une image risible di