DÉFINITION GÉNÉRALE. — COMIQUE MATÉRIEL
Trop de maigreur ou trop d’embonpoint, des jambes ou des bras trop longs, une bosse par devant ou par derrière, un nez volumineux, un menton disproportionné, des yeux de taupe, des cheveux hérissés , d’une couleur désagréable, excitent le rire et font naître l’envie de plaisanter les individus chez lesquels on remarque ces défauts. On leur sait mauvais gré de leur conformation hétéroclite, et on ne demande pas mieux que de s’amuser à leurs dépens. Cet effet, produit par les vices du corps, implique pour l’homme la nécessité d’être beau, quelque bizarre que celte obligation puisse paraître. On se moque intérieurement de Falstaff, quand il dit: « Tout le monde me reconnaît à mon ventre; c’est un langage universel, qui, partout où je vais, proclame mon nom. Si j’avais un ventre ordinaire, je serais le gaillard le plus actif de l’Europe; mais mon ventre, oh ! mon ventre fait ma ruine!» Un individu ne peut même bégayer ou bredouiller sans faire perdre leur sérieux aux gens qui l’entendent. Basile, qui ét ernue toujours, dansfe Barbier de Séville, amuse le public des tempêtes de son nez.
Il est deux cas néanmoins, où la laideur physique éveille d’autres sentiments. Lorsqu’elle fait souffrir l’homme disgracié de la nature, elle ne provoque plus la gaieté. Un boiteux, un cul-de-jatte, qui se traînent péniblement, avec des efforts douloureux, un aveugle qui tâtonne pour trouver son chemin, nesemblent, pas comiques et n’inspirent pas d’idées
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moqueuses. On les plaint, on s’attendrit sur leur sort, en se félicitant, de netre pas dans leur pénible situation. Dès qu’il y a souffrance, la pitié prend la place du rire. C’est une loi et une précaution de la nature, que les maux de nos semblables ne puissent pas nous divertir. Notre joie blesserait la charité, qui est la plus noble des vertus.
On conçoit, néanmoins, que la sensibilité des individus fixe les limites du rire et de la compassion. Les âmes sèches trouvent plus à railler, les âmes tendres s’émeuvent plus facilement. Là où tel homme égoïste et dur voit un sujet de plaisanterie, l’homme de cœur voit un sujet de larmes : le premier rit encore avec une expression de dédain, que le second a déjà des pleurs dans les yeux. L'un aperçoit plus tôt la souffrance, et l’autre l’aperçoit plus tard. Un individu très sensible ne rit pas souvent: il plaint presque toujours les difformités, sinon comme une cause de douleur physique, au moins comme une cause de souffrance morale. Il y a effectivement bien peu d’êtres la ids auxquels leur aideur n’inspire une affliction secrète. Une constante moquerie annonce une mauvaise nature.
La laideur physique cesse encore d’être plaisante, lorsqu’elle devient une menace, un indice de péril. Des yeux féroces, des traits repoussants qui expriment la méchanceté, une organisation puissante au milieu de son désordre, ne provoquent pas le rire, mais excitent la crainte ou l’aversion. Tout comique