‹ Le Monde du Comique et du RireChapitre 37 sur 55 · XXII I · texte numérisé non relu

XXII I

SUITE DU précédent; arsurdités germaniques, ABSURDITÉS FRANÇAISES. CONCLUSION

Les rêves d'esprits malades, que je fais passer 'tour à tour devant le lecteur, ne sont pas un spectacle inutile; ces hallucinations prouvent combien k il était urgent de procéder avec méthode, pour trouver enfin des notions plus claires, pour sortir de la région des fantômes. Les subtiles combinaisons de la nature dans le phénomène du comique 1 et du rire, les antinomies, les absurdités, dont il choque la raison au premier aspect et qui ne sont qu’apparentes, m’avaient intrigué dès ma jeunesse. Pendant dix ans, j’ai cherché une explication logique et n’ai eu de repos qu’après avoir déchiffré l'insidieuse énigme. Continuons à passer en revue les folies germaniques, les délirantes conceptions d’Angleterre et de France.

Si nous frappons aux portes des universités allemandes et interrogeons leurs docteurs, nous allons

éprouver encore de violentes déceptions. Jean-Pai i mettant le comique en opposition avec le sublim qui consiste dans la grandeur absolue, dans l’in niment grand, fait consister le premier dans l’infir. ment petit. C’est une déduction arbitraire, sai aucune valeur. Pour Flœgel, le ridicule naît d’u contraste excessif. Le contraste peut accentuer, au; monter l'effet comique, le produire même quelqu fois, comme par le rapprochement du noble et d vulgaire; mais pourquoi cette union illogique nou égaie-t-elle? C’est ce qu’il aurait fallu dire: un observation minime, un détail ne nous apprennen rien. Schütze, ayant écrit un ouvrage spécial su cette matière, a voulu être plus profond: je crain bien qu’on ne le trouve seulement plus obscur. Il; imprimé en grosses lettres la définition suivante:

« Le comique est une aperception ou une concep tion, qui éveille par moments la sourde conscienci que la nature se joue sereinement de l’homme, quanr il croit agir en toute liberté , de sorte que son indépendance restreinte est tournée en dérision par rap port à une liberté supérieure. En d’autres termes le comique est la révélat ion que la nature se fait ur, mu de l’homme, au moyen et dans l'exercice même; de sa liberté. Subjectivement, c’est une idée; objectivement, c’est- la manifestation du jeu par lequel la nature se divertit aux dépens de l’homme. Le rire exprime la joie que cause cette découverte L »

1. Veraucli elner Théorie des Komisclu'n (Essai d’une Théorie du

■ Voilà une plaisante manière de défigurer le problème. Schütze ne s’est, pas demandé pourquoi 'homme est si joyeux de ce que la nature le berne t le mystifie. Ne semble-t-il pas que, dans cette îypothèse, il devrait s’écrier: « Quel bonheur! 1a. îature se moque de moi, me traite comme un lantin, m’abaisse et me ridiculise : cette méchanceté lournoise me transporte déplaisir. » Des investigaions philosophiques de ce genre discréditent la ihilosophie. Les hommes de bon sens, qui n’en ont

Iias fait une étude spéciale, qui ne savent pas disinguer le bon du mauvais, la fuient comme une ■visionnaire, une folle, une radoteuse. Ce n’est pas out de brocher une définition quelconque : il faut pourtant qu’elle ait un sens et explique le problème ) en question; il faudrait aussi que l’auteur fit un Effort, pour tâcher de comprendre ce qu’il veut lire.

Les élèves de Kant onl adopté une solution analogue à celle de Schütze, et aussi peu satisfaisante: ils voient dans le comique, l'effet d’une attente ou d’un

mpoir subitement réduits àrien; c’est l’expression qu’ils

emploient,1. Une espérance déjouée, comme dans la Laitière et le Pot au Lait, dans It Marchand de verreries du conte arabe 2, dans la Nouvelle Mariée, de M. Desrousseaux, peut certainement produire un effet

Comique), par Schütze, p. 23. Nous avons traduit le passage avec une fidélité scrupuleuse.

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