Nous avons donné vingt fois la preuve du contraire
3 Pas le moins du monde: quand les plaisanteries sont trop sottes et trop grossières, elles ne font pas rire.
on avec nos habitudes et nos idées journalières, e rire n’est alors qu’une manifestation de la salasse satisfaite, un signe qui annonce que nous immes si sages que nous comprenons le contraste t nous en rendons compte. De même il existe un rire e moquerie, de dédain, de désespoir, etc. Ce qui iractérise le comique, au contraire, c’est la satisfacon infinie, lasécurité qu’on éprouve de se sentir élevé u-dessus de sa propre contradiction et den’être pas ans un situation cruelleet malheureuse. C’estla féliité et le contentement delà personne qui, sûre d’elleîême, peut supporter de voir échouer ses projets et eur réalisai ion. La raison étroite et guindée en est le îoins capable, précisément là, où, dans sa satisfacond’elle-même, elle est plusrisiblepourlesautres1.» Nous arrêtons ici ce débordement de mots sans uite, qui coule comme un torrent à travers les énèbres. Passionné pour la philosophie, habitué ux études les plus abstraites, nous aurions voulu trouver quelque sens, et nous l’aurions découvert sous les plus épaisses enveloppes, s’ils en vaient, un. Mais, aussi vrai que la race des sots est mmortelle, ils ne signifient rien: c’est ainsi qu’on levait parler dans la tour de Babel, le lendemain lu châtiment. On croirait entendre les divagations '[‘un homme en délire, le docteur Pangloss devenu fou. Inaugurée de cette manière dans l’école de Hegel,
i. Système des- Beaux- A rts, par Hegel, traduction de Charles Iîénard, »• édition, t. III, p. 156 et ss.
aü L 12 MONDE DU COMIQUE ET DU DIRE
l’étude des problèmes esthétiques ne pouvait prt duire qu'une végétation de moisissures. Rosenkran un des principaux élèves du maître, celui qui a plus travaillé pour sagloire ctpour propager ses do tri nés, nous en offre de la plus belle venue. 11 a con posé un livre qui aurait pu être important et orig nal, ['Esthétique du Laid: toute sorte de questior intéressantes auraient dû lui fournir des idée nouvelles. Il a stérilisé la matière par son impui sance. Elle l’obligeait h traiter de la comédie et d la satire; voici, dieux de l’Erèbe ! ce qu’elles li ont inspiré ! — « Le laid, comme seconde génituri est subordonné dans son principe, h celui du beat Il change le sublime en trivial, l’agréable en re poussant, le beau absolu en caricature, où la no blesse devient de l’emphase, battrait de l’afféterie i La caricature est, en conséquence, le plus hau point que puisse atteindre la création du laid mais, pour ce motif justement, elle forme la tran sition au comique, par son reflet précis dan; l’image opposée qu’elle détruit. Partout, dans k laid, s’est offert à nous jusqu’ici le point où il peu devenir comique. L’informe et l’incorrect, le trivial et le répugnant, peuvent, par leur propre anéantissement, créer une réalité qui paraît impossible el engendrer ainsi le comique. Toutes ces opérations aboutissent à la caricature. Elles est inépuisable en sinuosités caméléoniques, y compris leurs relations. Mesquine grandeur , force débile , majesté
rutale, nullité sublime, grâce malséante, grossiô- ;té exquise, stupidité rationnelle, plénitude vide ( i mille autres incompatibilités deviennent possiles1. » — Où sommes-nous, grands dieux ? Quelle uit sombre et froide ! Gomment nous y orienter, ûur ne pas tomber dans des fondrières? Mais tout [fort serait inutile: la théorie elle-même n’est, ’un bout à l’autre, qu’une vaste fondrière, dont ous ne pouvons nous dépêtrer. Une fois encore, je rie instamment le lecteur de ne pas croire que je dégure le texte en le traduisant: ce serait un artifice îalhonnête. J’ai fait, au contraire, le plus vertueux {fort pour le rendre avec exactitude. C’est, un modèle e comique dans son genre, le comique par amphiouri,quej’ai oublié déclasser : mais la folie humaine d’innombrables variétés, qui lasseraient la patience ’un mathématicien et la sagacité d’un naturaliste. Terminons cette revue des systèmes allemands >ar un morceau de choix, qui est une merveille (ans son genre. Un nommé Zeising a fait paraître n 185o un volume intitulé : Æsthetische Forschungen •Recherches esthétiques ) ; on y trouve cette explication u phénomène qui nous occupe : « Lorsque le Dieu uprême vient au rien, il se produit un monde, et [uand son image, l’homme, rencontre le rien, il se iroduit un rire. L’univers est le rire de Dieu, et le ire est l'univers de celui qui rit. Celui qui rit
I . Æsthetilc des Hasslichen, par Karl Rosenkranz, p. 3SG et 38 Kœnigsberg, 1853).
s'élève jusqu’à Dieu ; il devient créateur, en peti P d'une création gaie, destructeur du rien, contradii teur de la contradiction. Il était assez modeste pou s’enfoncer dans le centre de l’objet comique, et si ' reconnaître lui-même pour un rien; mais à pein P: s’y trouve-t-il qu’il sent que ce n’est rien : il rcmaiP que que rien n’est rien, que rien est un couteau d Lichtenberg1, sans manche et sans lame, l’ai. P solue contradiction qui se détruit à l’instant mêm [ où elle se pose ; il reconnaît que rien ne peut êtr sans être tout; que, pour le rien, une limite esp aussi peu concevable que pour l’inconditionnel l'infini, l’absolu. C’est alors que l’idée du rieijj 1 avorte chez lui dans le sentiment du tout, di la liberté illimitée, de la subjectivité qui se sen ; comme perfection. Dans et avec ce sentiment de 1; perfection subjective, il s’élance hors du poim mathématique, ce point central de l’objet comique et ce saut, c’est le rire, la joyeuse élévation du sujet au-dessus de l’objet imparfait, et, comme tel, le dernier moment du procédé comique2. » Un sténographe qui prendrait des notes dans une : maison d’aliénés, pourrait attendre longtemps un pareil flot d’absurdités monstrueuses. C’est le dé- » lire même, fabricant des théories philosophiques.!
1. Satirique fameux en Allemagne, qui a publié la Physiognomonie des Queues, parodie du système de Lavater, et un volume sur les compositions morales d'Hogarth.
2. Ibid, pages 283 et suivantes. N’ayaul pas le texte sous la main, 1 j’emploie la traduction de M. Dumont, qui tourne en ridicule ces billevesées, quoique lui-même n’ait pas fait beaucoup mieux.
Dans cette danse macabre des idées folles, il 'ait pourtant, réservé à quelques Français d'égaler 1 de surpasser les maniaques allemands parleurs ,uts périlleux. — Cependant, m’objeclera-t-on, les ■ançais ont en général de l’esprit et du bon sens, i üui, quand ils en ont ; mais quand ils n'en ont is, ils glissent comme les autres sur les montagnes isses de la folie et de la bêtise. On va le \oir. J’avais publié depuis longtemps la première édion de ce travail, qui me paraissait péremptoire et éfinitif, je l’avoue, quand un nommé Léon Dumont it le singulier caprice de traiter derrière moi la Iiême question : il publia une grosse brochure i ititulée : Des causes du Rire1. Il connaissait très en ma solution, car il en cite un passage impornt, sans s’être donné la peine de réfléchir pour le : imprendre. Il expose ensuite une théorie qui le tisfait et qu’il croit avoir inventée. « Le risible sut être défini : tout objet à l’égard duquel l’esprit f! trouve forcé d’affirmer et de nier en même temps même chose; c’est, en d’autres termes, ce qui dérmine notre entendement à former simultanément îux rapports contradictoires. — Nous affirmons une iose, et immédiatement, nous sommes conduits la nier ; en un instant nous sommes déterminés ir le même objet à former un jugement et à le itruire ; deux rapports différents se succèdent