‹ Le Monde du Comique et du RireChapitre 5 sur 55 · DÉFINITION GÉNÉRALE — COMIQUE MATÉRIEL II · texte numérisé non relu

DÉFINITION GÉNÉRALE — COMIQUE MATÉRIEL II

légères. La maîtresse du logis cria plus fort qu'au-paravant : « Qui m’amène ici ce hélilre, ce ruinemaison ? » et se mit en posture de le chasser avec le balai. Nicodème, tout honteux, gagne la porte de la chambre ; mais, dans son trouble et son empressement, il l’ouvre avec tant de violence, qu’elle va frapper une guitare suspendue contre la muraille et la fait voler en éclats. Bien lui en prit qu’il fît sombre, car en plein jour, aux cris et aux menaces de la mère, les polissons se seraient ameutés, l’auraient poursuivi dans la rue de leurs huées et de leurs quolibets.

Jamais, certes, amant malheureux ne fit une retraite plus comique. Et pourquoi s’égaye-t-on à ses dépens? Parce qu’il n'a pas su gouverner habilement son corps, ses gestes, ses mouvements, son attitude, parce qu’il est tombé de mal en pis, comme un homme ivre ou éperdu. Il nous est interdit, conséquemment, de ne pas bien diriger notre enveloppe matérielle: si nous ne voulons donner prise aux brocards, nous devons la manœuvrer en adroits pilotes. C’est par suite de la même loi que les danses deviennent ridicules, si elles choquent les principes de la grâce et de l’harmonie.

En avons-nous fini avec les règles impérieuses du comique touchant la forme et la direction de notre corps? Pas le moins du monde. Nous devons en outre le préserver de toutes les atteintes offensantes ou déplaisantes. Un écolier qui, dans un jeu de

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gamins, reçoit sur le nez une halle ou une boule de neige, fait rire ses camarades. Un pitre, un bobèche, auquel le maître de la parade donne un soufflet ou administre un coup de pied, devient aussitôt grotesque et amuse le public de la foire. C’est même le genre de comique le plus à sa portée. Dans une vieille pièce, dont je ne me rappelle pas le titre, un paysan auquel un seigneur prodigue les coups de pieds au derrière, en l'expulsant de chez lui, veut sauver sa dignité : chaque fois qu’il subit l’atteinte, il saule en disant d’un air dégagé: «Ça m'est égal; je n’y fais pas attention; >; subtilité ingénieuse qui ne l’empêche pas d’être ridicule. S’il avait un caractère plus irascible ou était dans une autre position sociale, il se retournerait contre l'agresseur, lui infligerait une punition exemplaire, en supposant que ses forces le lui permissent, ou engagerait une lutte mortelle. Le comique serait évincé par le drame. La nature nous impose si bien le devoir de faire respecter notre gaîne charnelle, que toute offense contraire à celle loi exige une réparation; pour un homme d'honneur, il y a là une question de vie et de mort: l'idée fie subir patiemment un oui rage qui l'abaisse et l’humilie à ses propres yeux, lui est insupportable; il faut qu’il se relève, qu'il se purifie par une prompte vengeance ou par un acte héroïque. Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume Ier, père de Frédéric II, ayant frappé de sa canne un major sur le front des

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