L'AFFAIRE DE VAFANGOU
(15 juin 1904).
La bataille de Kintchéou et l'investissement de Port-
Arthur qui en fut la conséquence (I) eurent dans le monde entier, et surtout en Russie, un retentissement énorme. On pensa un instant que les Japonais allaient emporter Port- Arthur en quelques jours. Cette éventualité parut même si menaçante qu'une volonté supérieure imposa à Kouropatkine de détacher un corps de secours pour tenter de débloquer Port-Arthur.
Le 1 1 juin, l'armée de secours (1er corps) , commandée par le lieutenant général Stackelberg, parvient à Vafangou. Le général russe s'arrête les 12 et 13 dans de bonnes positions. Certains indices semblent même indiquer une retraite prochaine. Oku prend alors l'offensive. Le 13, ses troupes arrivent en face des Russes. Un combat s'engage assez mollement dans la soirée. Le lendemain, un duel d'artillerie a lieu entre quatre-vingt-dix-huit pièces russes et cent quarante-quatre japonaises, qui ont été placées pendant la nuit. A onze heures, les Nippons font une attaque générale, qui échoue devant l'excellence de la situation des Kusses. Le soir, les adversaires couchent sur leurs positions. Dans la nuit, les Japonais modifient toutes leurs dispositions; Oku s'apprête à tourner Telissé par la droite. Le 15 juin, à la pointe du jour, un brouillard épais empêche les adversaires de s'aborder. A six heures et demie, le général Stackelberg jette la lre brigade sibérienne sur la colline occupée dans la nuit par la 5e division japonaise, Cette attaque est formidable, et, en dépit du tir plongeant des batteries nipponnes, les Russes parviennent au pied des tranchées japonaises. Finalement, la lre brigade sibérienne doit chercher un abri après des pertes énormes.
A dix heures, le feu d'artillerie redouble contre les batteries russes, que l'on a eu l'imprudence de nepaschangerde place depuis la veille. La 5e division japonaise attaque alors au centre, puis à la droite. Les événements se précipitent.
La 4e division japonaise a réussi à tourner les Russes. A une heure vingt, la retraite qui s'impose est ordonnée.
Le 15 au soir, la retraite de Stackelberg n'est pas inquiétée. Le 16, tout contaet est même perdu. Le 18 au matin, Stackelberg est à portée d'être secouru de Kaï-Ping.
Les Japonais sentent qu'il va leur échapper. Le 21 juin, Oku cherche à lier un combat avec lui, mais en vain. Les 22, 23, 24, il continue à avancer au nord, mais les Russes se resserrent autour de Kaï-Ping et refusent le combat. Le 23, les Japonais tentent de faire donner l'armée débarquée à Takouchan et maitresse de Siou-Yen, mais il apparaît avec évidence que les défilés sont bien gardés et que les forces nipponnes ne sont pas suffisantes pour les forcer. Stackelberg est définitivement sauvé.
Cet ensemble d'opérations prouve, d'une part, que les Russes ne pouvaient débloquer Port-Arthur, et, de l'autre, que les Japonais n'étaient pas encore en mesure de s'avancer très au nord.
Le succès des Japonais à Vafangou fut dû aux modifications habiles et secrètes faites par le général Oku dans la nuit du 14 au 15, et à sa supériorité en artillerie. Les forces engagées étaient sensiblement égales.