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LES RAIDS DE L' ESCADRE DE VLADIVOSTOK

L'escadre de Vladivostok, dont on a vu plus haut la composition (1), fut de la part des Russes l'objet de grandes espérances.

La division de Vladivostok était peu nombreuse, mais composée de navires bien armés, homogènes et doués d un grand rayon d'action.

Au début de la guerre, son chef, le contre-amiral Stackelberg, malade, dut rentrer en Europe. Le capitaine de vaisseau Reitzenstein prit le commandement.

Première sortie.

Le 14 février, l'escadre quitte Vladivostok par un chenal ouvert au brise-glace. Le 15, elle coule le Nodjouri-Maru. Assaillie par la tempête et le froid, elle rentre au port le 23 sans autre résultat.

Deuxième sortie.

Le 23 avril, l'escadre part tout entière (sauf le Rurik, qui doit revenir presque de suite). Le 25, en vue deGensan, elle coule le caboteur japonais Goyo-Maru, de 500 tonneaux. Le 26, elle coule un autre caboteur, et à onze heures arrête, à 12 milles de la baie Plaskin, le Kiushiu-Maru, de 6.000 tonneaux. Une faible partie des troupes qui montaient ce navire peut s'échapper sur trois canots. La Rossia coule le vapeur nippon au moyen d'une torpille lancée au centre. Les Russes font deux cent dix prisonniers. La plupart des soldats nippons refusent de se rendre ; ils font feu jusqu'au dernier moment et plusieurs se suicident en faisant hara-kiri.

La division Kamimoura, qui cherche l'escadre russe, passe le 26 avril à côté d'elle sans la voir, à cause du brouillard.

Le 27, les navires russes sont de retour sans avaries à Vladivostok.

Troisième sortie.

Le 20 mai, l'amiral Skrydloff et le contre-amiral Bezobrazoff arrivaient à Vladivostok. Le 22, le Bogatyr toucha une roche, et il fallut trois semaines de travail pour le renflouer.

L'escadre ne put repartir que le 12 juin.

Descendant droit au sud dans le détroit de Corée, le 15, elle donne vainement la chasse au Kanagawa-Maru et à YHino-Maru; à six heures, elle découvre YIdzumi-Maru, de 3.235 tonneaux, chargé de troupes qui refusent de se rendre. Le Gromoboï le torpille, puis attaque aussitôt YHitachi- Maru (6.172 tonnes) portant, dit-on, un régiment entier et des pièces de siège.

Une torpille envoie YHitachi-Maru par le fond. La Rossia s'attaque au Sado-Maru (6.223 tonnes). Le Sado-Maru est torpillé; les Russes s'éloignent, croyant en avoir fini avec lui, mais le petit croiseur japonais JSiitaka parvient à le remorquer jusqu'à Moji.

La journée pour les Russes était bonne.

Le 16, ils arrêtent, au large de Tsugaru, YAtlantan, charbonnier anglais (qui fut relâché le 21).

Le 19, l'escadre russe coule les caboteurs Anseï et Yoivata-Maru. Le 20, elle rentre à Vladivostok sans avoir vu d'autres navires de guerre.

Au Japon, l'irritation fut extrême contre l'amiral Kamimoura,qui avait laissé encore une fois échapper les Russes. Sa villa de Kobé fut assaillie et dévastée par la foule.

Outre ces résultats matériels, très importants, les résultats moraux de ce raid furent considérables. L'inquiétude au Japon devint intense; la sécurité des communications avec l'armée de Mandchourie était détruite. La division de l'amiral Kamimoura fut renforcée de trois croiseurs cuirassés.

Quatrième sorlie.

Enhardie par ses succès, l'escadre repartie 28 juin. Le 30, elle coule devant Gensan deux caboteurs et bombarde la ville. Le 1er juillet, les trois croiseurs russes apparaissent entre Fousan et Tsoushima. L'escadre de Kamimoura les voit et leur donne la chasse. A la faveur de la nuit, les Russes peuvent échapper. Ils rentrent le 4 juillet à Vladivostok, après avoir pris le Cheltenham, de 6.000 tonnes, qui portait des traverses de chemin de fer destinées à la ligne Fousan-Séoul.

Cinquième sortie.

L'escadre repart le 19 juillet, tâchant visiblement d'attirer aussi loin que possible la division Kamimoura, afin de dégager d'autant l'escadre de Port-Arthur. Le 20, elle franchit le détroit de Tsugaru, coule YOkazuma-Maru,

de 318 tonnes, et arrête puis relâche le steamer anglais Kamara, coule deux goélettes japonaises. Le 22, elle arrête Y Arabia, navire allemand, chargé de rails et de farine pour le Japon, et le dirige sur Vladivostok avec un équipage de prise. Le 23, l'escadre russe torpille le Km g ht-Com mander, de Liverpool, dont les papiers sont reconnus truqués. Le soir du même jour, le Calchas est pris et envoyé à Vladivostok. Le 24, le steamer allemand Thea, loué à des Japonais, est coulé.

Cette expédition causa un tort énorme aux Nippons; les primes d'assurances montèrent partout dans d'énormes proportions.

Sixième sortie.

Cette sortie fut la dernière de l'escadre de Vladivostok. Cette fois, il s'agissait non plus de fuir l'amiral Kamimoura, mais de le combattre afin de l'empêcher de barrer le passage à l'escadre de Port-Arthur dont on préparait la sortie (1).

Le 12 août, après avoir laissé le Bogatyr encore en cale sèche et les torpilleurs, l'amiral Jessen, ayant arboré son pavillon sur la Rossia, partit avec la division des croiseurs. Le 14, les trois navires russes virent, à quatre heures trente-cinq, le gros de l'escadre Kamimoura. A cinq heures vingt-cinq, la bataille commença.

Le Rurik montrant moins de vitesse, les Japonais concentrent leur feu sur lui. Bientôt des avaries graves le privent de tout moyen de gouverner. Il reste presque immobile, tournant sur place et supportant des pertes énormes. La Rossia et le Gromoboï, déjà loin, virent de bord et se portent au secours du Rurik. Mais aux quatre croiseurs cuirassés de Kamimoura viennent se joindre trois autres croiseurs : Takachyo, Naniwa et Niitaka. Les navires russes se battent bravement sous une trombe de fer. La lutte est par

trop inégale. L'amiral Jessen donne l'ordre de regagner Vladivostok. Le Rurik semble pouvoir suivre, mais à neuf heures et demie une nouvelle avarie l'immobilise. Les deux autres croiseurs ne peuvent plus que fuir. Ils sont euxmêmes en grand danger. Ils ne doivent leur salut qu'au fait que, leurs soutes étant probablement vides, les navires de Kamimoura cessent leur poursuite vers dix heures. La Rossi'a et le Gromoboï rentrent à Vladivostok avec de nombreuses avaries dans les hauts et 40 pour 100 de pertes.

Quant au Rurik, il lutte jusqu'à midi, utilisant tous ses moyens de défense. Le lieutenant Yvanoff qui, cinquième, a pris le commandement, ordonne de faire sauter le navire. Les mèches Bickford avaient été détruites par un obus dans la tourelle qui les renfermait. On ouvrit alors les soupapes et le Rurik s'enfonça lentement.

Les Japonais recueillirent les survivants et leur témoignèrent les égards que méritait leur héroïque conduite. L'équipage du Rurik avait eu 60 pour 100 de pertes.

Ainsi, après celle de Port-Arthur, finit l'escadre de Vladivostok, qui, elle, au moins, remplit en partie sa tâche.

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