‹ Le monde et la guerre Russo-JaponaiseChapitre 41 sur 103 · BATAILLE DE LIAO-YANG · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LIAO-YANG

(Août-septembre 1904.)

Le 23 juillet, les Japonais vainquent à Tachitchao. En conséquence, la brigade russe qui occupait Niou-Ghwang est contrainte, dès le lendemain, d'évacuer définitivement la ville. La canonnière Sivoutch remonte le Liao et se fait sauter. Le 28 juillet, les Japonais s'installent dans la cité abandonnée par les Russes. C'est alors qu'après une marche combinée d'Oku (2e armée), de Nodzu (3e armée) et de Kuroki (Ie armée), l'état-major nippon préparc l'attaque de Liao-Yang, point sur lequel s'est concentré Kouropatkine à la suite de ses échecs partiels.

Le maréchal Oyama, enfin persuadé du temps très long qu'exigerait encore le siège de Port-Arthur, s'est décidé à joindre le généralissime russe. Le 23 août, ne voulant pas laisser aux Russes le temps de se fortifier davantage à Liao- Yang, il quitte Port-Arthur pour Haï-Tcheng.

Liao-Yang étant menacée depuis déjà près de huit semaines, les Russes avaient mis la position en état de défense au moyen de redoutes protégées par des réseaux de fil de fer et de trous de loup. Ces ouvrages étaient gardés par des positions avancées.

L'ensemble de combats qui porte le nom de bataille de Liao-Yang peut se décomposer en trois phases.

1e phase. — Dès le 25 août, les Nippons commencent l'attaque des postes qui couvraient au loin Liao-Yang. Le 29, les Russes, délogés successivement de ces postes, sont obligés de se concentrer dans les ouvrages rapprochés de la ville.

A partir du 30, la bataille va avoir deux aspects bien distincts.

Sur la rive gauche du Taïtze-Ho, Oku et Nodzu pré-

(1) V. Raymond Rkcouly, Dix mois de guerre en Manclchouric. Juven, Paris, 1905.

parent une attaque de la tête de pont de Liao-Yang. Sur la rive droite, Kuroki essaye un mouvement tournant destiné à couper la retraite aux Russes.

2e phase. — Le 30 et le 31, Oku et Nodzu, malgré la fougue de leurs attaques, gagnent peu de terrain, mais les Nippons s'obstinent. Le 2 septembre, à trois heures, leurs obus de 15 centimètres tombent déjà dans la ville même de Liao-Yang. Des incendies s'allument partout. Le 3, dans la matinée, les Russes, jugeant leur position intenable, mettent eux-mêmes le feu à leurs magasins. Leurs derniers efforts pour repousser les Japonais sont vains; à deux heures quatorze, ils commencent l'évacuation.

Les Japonais, formés en cinq divisions, s'élancent.

Entre trois et six heures, ils éprouvent des pertes cruelles pendant la traversée des réseaux de fil de fer et des trous de loup. A sept heures trente, les Nippons s'emparent du fort central et de la gare de la ville russe. Les Russes font cependant une résistance opiniâtre, afin de couvrir le passage du fleuve par leurs troupes.

Le 4 septembre au matin, il ne restait plus dans la ville que des Russes isolés. Leurs camarades avaient réussi à passer le fleuve et à détruire les forts.

3e phase. — L'armée russe, en retraite, se trouve aux prises avec les troupes de Kuroki, qui ont passé le 31 août, à Licntaouan, sur la rive droite du Taïtze-Ho. Les jours suivants, Kuroki attaque les Russes, dont le centre se trouvait aux mines de Yentaï. Le 2 septembre, la situation devient difficile pour les Japonais, mais le général Orloff, au lieu de rester aux mines de Yentaï, poste qui lui a été assigné, descend au sud dans la plaine, est blessé, et sa troupe est presque aussitôt mise dans le plus grand désordre. Elle se replie en débandade. L'affolement est tel qu'au lieu de revenir à Yentaï, les soldats russes se rabattent plus à l'ouest, laissant Yentaï découvert. Or, à ce moment, Yentaï était attaqué. Le général Samsouoff, qui avait tenu à y

rester conformément aux ordres reçus, se défend de son mieux, mais, finalement, il est contraint, lui aussi, de se replier à l'ouest.

C'est alors que Kouropatkine, apprenant cet échec succédant à celui éprouvé sur la rive gauche du Taïtze-Ho, ordonne la retraite générale.

Le 4 septembre, Kuroki, qui cependant n'a même pas ses trois corps au complet, tente avec une superbe audace, mais sans succès, de couper les Russes au nord.

Le 5 au soir, l'armée russe peut être considérée comme sauvée. Le 7, elle atteint les lignes du Cha-Ho.

Cette bataille de Liao-Yang, qui dura dix jours, fit perdre aux Russes des approvisionnements énormes et porta un nouveau coup très grave à leur prestige.

Rien désormais ne pouvait plus troubler le siège de Port- Arthur.

Ces constatations n'empêchent point la retraite russe d'avoir été admirable. Les soldats de Kouropatkine furent extraordinaires de sang-froid, et rien ne peut en donner une meilleure idée que ce chiffre ridicule de treize prisonniers que firent seulement les Japonais.

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