‹ Le monde et la guerre Russo-JaponaiseChapitre 43 sur 103 · BATAILLE DF MOUKDEN · texte numérisé non relu

BATAILLE DF MOUKDEN

(Mars 1905.)

Au début de mars, les Japonais, moralement trempés par leur longue série de victoires, enorgueillis par la prise de Port-Arthur, se sentent assez sûrs d'eux-mêmes pour forcer les Russes dans leur position de Moukden, autour de laquelle cependant ces derniers ont accumulé les fortifications. Mais les grosses pièces des Nippons en ont raison, et, malgré la ténacité des soldats de Nicolas II, dès le 4 mars, la chute de Moukden est imminente. Oku réussit à tourner la droite des Russes qui, le 9, battent en retraite sur Tie- Ling. Le 10 au matin, les Japonais occupent la ville sainte chinoise, le berceau d'une puissante dynastie.

Malgré ce nouvel échec grave, et en dépit de l'inclémence du temps, la retraite russe s'accomplit le 11 vers Tie-Ling, dans des conditions relativement bonnes. Mais un matériel énorme doit être abandonné. Cette fois, le nombre des prisonniers faits par les Japonais est considérable. Au lendemain du désastre, Kouropatkine avoue environ cinquante mille blessés.

Puis, lorsqu'elles sont un peu remises de leurs dures épreuves, les troupes russes sont ramenées au nord dans de nouvelles lignes; elles n'en sortiront plus jusqu'à la paix:.

10. — LE VOYAGE DE LA FLOTTE DE LA BALTIQUE (De Gronstadt à Tsoushima.)

Après la destruction partielle de l'escadre de Port-Arthur, la Russie mit tout son espoir dans une escadre de renfort qu'elle voulut envoyer, aussi puissante que possible, en Extrême-Orient. Nombre de fois on annonça le départ pour les mers de Chine de lcscadre de la Baltique. Enfin, dans les derniers jours de septembre 1904, on apprit que tout élait prêt pour entreprendre l'immense voyage.

Le II octobre, composée de quarante-deux navires, l'armada russe part de Reval pour Liban. Le 15, elle gagne la pleine mer et passe au large de Bornholm, en deux divisions. Le 19, elle entre dans la Grand-Belt. Le 23 octobre se produit le fameux incident de Hull.

Traversant une flottille de pêcheurs anglais, les Russes se croient l'objet d'une attaque de torpilleurs japonais; ils ouvrent le feu, coulent le chalutier Crâne et blessent grièvement plusieurs sujets britanniques.

On sait quelle émotion et quelles difficultés suscita cet incident de la mer du Nord (l), il contribua, en outre à retarder encore la marche de la flotte russe. Celle-ci, après avoir, en partie, séjourné quelques heures à Cherbourg et à Vigo, se retrouve le 3 novembre, au complet, devant Tanger. Le 12 novembre, Rojdestvensky arrive à Dakar, marquant ainsi sa volonté de doubler l'Afrique. A ce moment, d'autres navires de sa flotte, Sissoï-Veliki, Navarin, Svietlana etAlmaz, accompagnés de torpilleurs et de contretorpilleurs, se disposent à prendre la route du canal de Suez, venant de la Sude ; ils arrivent le 24 novembre à Port-Saïd.

Le 1er janvier 1905, l'escadre de Rojdestvensky fait escale à Tamatave. Elle croise ensuite sur les côtes de Madagascar, où doit revenir la rejoindre la deuxième escadre qui a pris la route de Suez sous les ordres de l'amiral Folkersham. Au commencement de février, part de Libau une troisième division placée sous le commandement du contreamiral Nicolas Nébogatoff. Cette escadre, composée de navires disparates et lents, est formée de tout ce que la Russie a encore de navires de guerre pouvant être plus ou moins dignes de ce nom.

Le séjour des navires de Rojdetsvensky sur les côtes de Madagascar se prolongeant, les Japonais accusent la France,

(1) V. page 235.

avec une véhémence croissante, de violer les règles de la neutralité. Les polémiques de presse soulevées un peu partour s'atténuent toutefois lorsqu'on apprend que, la première et la seconde division russes ayant opéré leur jonction, la Hotte de Rojdestvensky, au commencement d'avril, franchit le détroit de Malacca. Le 8, on la signale à Singapour. Le 1 1 avril, elle se trouve dans la baie de Cameraigne, située sur la côte de l'Annam, au nord du cap Padaran. Il devient bientôt évident que Rojdestvensky a décidé d'attendre à ce point Nébogatoff et ses navires.

Les Japonais aussitôt accusent l'amiral russe de prendre une terre française comme base de ses opérations. Les récriminations sur la violation de la neutralité par la France reprennent plus intenses que jamais. M. Moto no est même chargé par le gouvernement du mikado d'appeler l'attention de M, Delcassé sur la présence de vaisseaux russes dans la baie de Gameraigne (20 avril). Le 22 avril, on annonce que la flotte russe s'est éloignée de la côte française. Mais il ne s'agit pas d'un départ définitif, car Nébogatoff n'a point encore rejoint.

Le 5 mai, celui-ci ne fait que passer à Singapour. Le 8, la jonction s'opère avec Rojdestvensky, et, le 14, la flotte russe au grand complet, partant de Honk-Koï, s'éloigne vers l'est. Elle arrive le samedi 27 au large de Tsoushima. L'instant décisif et terrible est arrivé. Le but de tous les efforts est atteint; la grande bataille navale qui doit consacrer la défaite de la Russie ou rétablir ses affaires s'engage-

Tout favorise ou justifie Togo : le brouillard qui se lève;

la place qu'il a su prendre relativement au soleil afin d'aider ses pointeurs; les dispositions habiles qu'il a su concevoir et exécuter pour entourer et écraser les Russes. Tout concourt pour accabler ees derniers : la formation insensée pour la bataille prise par Rojdestvensky, — et qu'on n'a. su encore expliquer, — l'infériorité du ma-

tériel, l'indiscipline ou l'inexpérience de ses équipages.

Le 1er juin, on annonce officiellement : « Les six cuirassés suivants ont coulé : Kniaz-Souvarojj, Imperator- Alexandre-IIF, Borodino, Osliabia, Sissoï-Veliki et Navarin. Les cinq croiseurs suivants ont également coulé : Admiral- Nakhimof, Dmitry-Donsknï, Vladimir-Monomach, Svieltana et Jcmtchoug. Le garde-côte Admirai- Oucha/wff a coulé. Les deux navires de service spécial, Kamtchatka et loutitich, et trois destroyers ont également coulé. Les deux cuirassés Orel et Imperator-Nikolaï-I", les deux gardescôtes Gêner al- Admirai- Apraxine et Admiral-Séniavine , et le destroyers Biédovy ont été capturés. Les Russes ont donc perdu en tout vingt-deux navires dont le tonnage s'élève à 153.411 tonnes. Par contre, les Japonais n'ont perdu que trois torpilleurs. »

Postérieurement à cette dépêche, on apprend que deux navires russes, au lieu d'avoir coulé, ont pu se réfugier à Manille ou se rendre.

Ce colossal désastre consacre définitivement le prestige militaire du Japon, en même temps qu'il fait entrevoir aux plus obstinés des Européens la défaite finale de la Russie.

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