‹ Le monde et la guerre Russo-JaponaiseChapitre 61 sur 103 · marchands et 588.947 personnes appartenant au · texte numérisé non relu

marchands et 588.947 personnes appartenant au

clergé des différentes confessions chrétiennes. Les Cosaques

sont comptés à part 2.928.842. Les étrangers, répartis

d'après leur pays d'origine et par ordre de décroissance,

présentent les chiffres suivants :

Allemagne 158 . 103 personnes.

Autriche-Hongrie 121.599 —

Turquie 120.720 —

Perse 73 . 920 personnes.

Chine 47.751 —

Corée 12.918 —

Grèce 12.619 —

France 9.421 —

Boukhara 7 . 775 —

Grande-Bretagne 7.481 —

Suisse 6.197 —

Italie 4.923 —

Roumanie 4.272 —

Autres États 17.981 —

Voici maintenant les principaux groupes confessionnels :

Le groupe orthodoxe est naturellement le plus nombreux : 87.123.604 personnes; citons en regard les dissidents vieux-croyants, au nombre de 2.204.59b'.

Tout de suite après vient le groupe des musulmans : 13.906.972 personnes; puis les catholiques romains au nombre de 11.467.994. Les israélites sont 5.215.805, et les luthériens 3.572.653; enfin, les arméniens grégoriens atteignent 1.179.241. Toutes les autres confessions présentent des groupes respectifs inférieurs à un million.

Il est intéressant de comparer ces données au groupement ethnographique qui se précise selon la langue des diverses populations : la langue russe (dans ses trois nuances : grand-russien, petit-russien et blanc-russien) est parlée par 83.933.567 personnes ( — les 66.8 pour 100 de la population totale) .

En second lieu vient la langue polonaise, parlée par 7.931.307 personnes. En troisième lieu, le jargon israélite parlé par 5.063.156. La quatrième place revient à la langue kirghize, parlée par 4.084.139. Au reste, si nous groupons les idiomes tartares (le tartare proprement dit, le bachkir, kirghize, et divers dialectes turcs) , nous trouvons un chiffre total de 11.788.841, ce qui donnerait à la famille de peuples tartares la place la plus importante après le russe et avant le polonais.

Il est ethnographiquement juste de grouper ensemble

Jes Lithuaniens, les Jmoudes ou Samogitiens et les Lettons; réunis, ils représentent 3. 094.469 personnes. La famille finnoise (en réunissant les dialectes : esthonien, mordve, tchouvache et divers patois ougro-finnois) représente en tout 4.345.902 personnes. Sur tous les autres nombreux idiomes parlés dans l'empire, il n'y a que le roumain et l'arménien qui soient parlés par des groupes supérieurs à un million, mais n'atteignant pas respectivement un million et demi de ressortissants.

La lecture de ces lignes et de ces chiffres est assez suggestive pour permettre de répondre à la question posée : le suffrage universel peut-il fonctionner normalement dans un territoire aussi vaste que la Russie, abritant des populations si différentes ethnographiquement, religieusement, culturellement? Quant à moi, très nettement, je ne le crois pas; et j'estime que, si le suffrage universel est appliqué à la Russie, il le sera dans des conditions qui feront peutêtre regretter, avant longtemps, les fautes et la corruption de l'autocratie. Mais à supposer qu'une république russe soit viable au milieu du déchaînement des passions entre Russes et juifs, entre Polonais et Russes, sera-ce une république unitaire? Sous cette forme, on ne la conçoit pas. Une république fédérative? Mais alors on verrait fatalement modifier la structure de la Russie. Car, si l'on peut bien concevoir que les Finlandais et les Polonais sont susceptibles de comprendre la nécessité de garder constamment un lien avec Pétersbourg, les populations du Caucase, qui tiennent farouchement à leur indépendance, et les Arméniens, qui caressent secrètement le projet de créer un Etat arménien dont Tiflis serait la capitale, l'admettraient-ils? C'est peu probable. Mais tout a une fin, même les désordres les plus intenses. Qu'adviendra-t-il en définitive? Tout pronostic solidement fondé est impossible, mais on peut admettre qu'on se trouvera peut-être finalement en face

d'une Russie nouvelle, moins grande qu'actuellement et dotée de rouages parlementaires fonctionnant mal. Dans ce cas, il est à peu près certain que les assemblées seront, au moins pour un temps, dominées, ouvertement ou non, par les juifs. On peut avoir sur les Israélites l'opinion qu'on voudra, mais on ne doit pas leur refuserdes qualités d'action, de décision et de persévérance qui, forcément, leur donneraient le premier rôle dans un parlement russe composé de membres appartenant aux nationalités les plus diverses, où les Russes seraient évidemment les plus nombreux, mais, il faut le craindre, aussi les plus apathiques. On ne peut donc pas compter que le triomphe de la révolution russe mettrait fin comme par enchantement aux déchirements actuels. On doit, au contraire, penser que les troubles changeraient de caractère, et qu'après une période où l'élément juif exercerait dans la Russie de demain une influence prédominante, une réaction à peu près inévitable déterminerait dans quelques années une crise populaire antisémite comme on n'en a encore jamais vu.

Ces difficultés intérieures, si diverses et si profondes qu'elles soient, sont, elles-mêmes, dominées par le redoutable problème financier. Quelle est, au point de vue de sa dette, la situation vraie de la Russie?

Les prévisions plus haut mentionnées, au sujet de la politique suivie par M. Witte (1), sont malheureusement devenues un fait. Aujourd'hui, la Russie dépend absolument des capitalistes étrangers.

Le tableau ci-dessous peint la situation.

« Voici, d'après les communications du gouvernement impérial, un résumé de l'état officiel de sa dette au 1er janvier 1905 :

Dette de la Russie au 1er janvier 1905

Solde Crédits inscrits au budget

du capital de 1905.

au i »

1er janvier Amortisse-

Catégories d'emprunts. 1905. Arrérages. ments. Total.

Dette libellée en roubles de 1/15 impériales ou en monnaies étrangères

Emprunts pour lesquels il n'est

pas fait de tirages 246.488 11 . 152 ». 11 . 152

Emprunts amortissables par tirages 7.805.083 298.312 35.280 333.592

Total 8.051.571 309.464 35.280 344.744

Dette libellée en roubles de 1/15 impériales

Emprunts pour lesquels il n'est

pas fait de tirages 8 . 249 . 125 332 . 933 77 333 . 010

Emprunts amortissables par tirages 2.543.272 115.485 13.491 128.976

Total 10.792.397 448.418 13.568 461.986

Total générai 18 . 843 . 968 757 . 882 48 . 848 806 . 730

Au 1er janvier 1905, la dette-or était donc de 8 milliards 51.571.000 fr., exigeant une annuité de 344 millions, la dette-papier de 10.792.397.000 fr., exigeant une annuité de 462 millions. La dette totale s'élevait à 18.043.968.000 fr., et l'annuité à 806.730.000 francs (1). »

La somme totale exigée annuellement pour les arrérages et les amortissements s'élève donc à 806.730.000 francs. On admet généralement que les trois cinquièmes de cette

(1) V. l'Economiste européen, 8 décembre 1905.

somme, soit 500 millions de francs en chiffres ronds, sont payables à l'étranger (1).

(1) « Au point de vue plus particulier du portefeuille français voici, d'après la statistique établie, en juillet dernier, par la Chambre syndicale des agents de change de Paris, le détail des titres russes admis à la cote officielle :

Fonds lusses admis à la cote officielle du marché de Paris

Nombre

de

titre» en

circulation

Capital

au

no-

31 déc. 1904.

minal.

Francs.

Consolidé 4 °/0 (lre série) 567 . 300 676 . 075 . 000

— 4 °/0 (2e série) 932.000 1.199.517.000

— 4 % (3e série) ' 208.700 309.075.000

Bons du Trésor 5 °/0 1904 1.195.000 800.000.000

Intérieur 4 °/0 1894 1.886.020 2.987.000.000

Donetz 4 »/„ 52.978 26.489.000

Devinsk-Vitebsk 4 °/0 141.960 70.980.000

Koursk 4 °/0 1889 149.300 164.073.400

Orel-Griasi 4 °/0 1889 53.600 56.971.700

Riga-Dwinsk 4 °/0 48.700 33.374.500

Grande Société Chemins de fer russes 4 °/0. . 55 . 061 110 . 122 . 000

Transcaucasien 3 % 154.000 192.442.500

Lettres de gage 3 1/2 °/0 Banque de la Noblesse 962.000 467.500.000

Total 12.480.313 11.952.854.100

Au 31 décembre 1904, la valeur au cours du jour de ces emprunts était

Or, non seulement la Russie doit désormais chercher ses prêteurs au delà de ses frontières, mais encore elle est à peu près contrainte de prendre comme intermédiaires les grands financiers israélites.

D'après l'avis officiel du ministère des finances de Nicolas II, l'emprunt russe 4 1/2 pour 100 de 1905 a été émis à l'étranger par les maisons de banque et institutions de crédit ci-après :

A Berlin : par MM. Mendelssohn et Gie, Bleichrôder, la Disconto-Gesellschaft, la Berliner Handels-Gesellschaft.

A Amsterdam, par MM. Lippman et Rosenthal.

Bleichrôder! c'est, comme on sait, le banquier qui, dans toutes les circonstances graves, donna un entier concours à M. de Bismarck et à sa politique. Quant aux autres maisons de crédit énoncées, n'est-ce point avec elles que M. Rothstein était en constants rapports? M. Rothstein, sujet russe, mais plus Allemand que Russe, et d'ailleurs nullement slave, qui mourut il y a quelques mois. La presse française a signalé l'événement en trois lignes, alors qu'il eût fallu lui consacrer des articles importants.

M. Rothstein a été l'un des mauvais génies de la Russie; c'est lui qui, pour le succès de ses spéculations sans fin, a contribué, de concert avec M. Witte, à entraîner la Russie en Extrême-Orient et à lui faire mener depuis 1895 une politique désordonnée ne ressemblant en rien à la pénétration jusqu'alors sage et lente de l'empire des tsars en Asie (1).

Quant aux financiers israélites, leur influence a augmenté

de 10.575.538.100 francs. Mais il faut ajouter que beaucoup de ces titres sont en circulation sur les places étrangères en même temps que sur la nôtre, qu ils circulent également en Russie, notamment Y Emprunt intérieur 4 pour cent 1894, dont le montant nominal est de 2.987.000.000 de francs, et l'on ne doit pas être très loin de la vérité en ramenant à 7 milliards de francs le total des fonds d'Etat russes circulant réellement en France : les valeurs industrielles ne figurent pas, bien entendu, dans ce chiffre. » (L'Economiste européen, 8 décembre 1905.) (1) V. p. 90.

sans cesse à Saint-Pétersbourg, ainsi que de temps à autre le révèlent des indices significatifs. Par exemple, dans le Matin du 26 août 1904, on pouvait lire : « Le tsar a décoré trois banquiers berlinois : MM. Ernest de Mendelssohn- Bartholdy, Robert et François Mendelssohn. » L'un deux avait eu, à Berlin, une entrevue avec M. Wittc avant son départ pour l'Amérique.

Dans ces conditions générales de troubles internes profonds et de graves difficultés financières, la Russie va-t-elle redevenir une grande puissance militaire?

Tout d'abord, le peuple russe y tient-il? Rien n'est moins sûr.

« Le peuple russe est pacifique par sa nature, dit Alexandre Briantchaninoff (l) ; il lest même à un tel point que, malgré le régime de l'autocratie militaire qu'il subissait depuis deux cents ans, le militarisme n'a jamais eu en Russie ni apôtres ni disciples influents.

« Tout au contraire, le Russe, par son caractère d'un mysticisme inné, est enclin bien plus à prêter l'oreille aux utopies de lautre extrême; non seulement il rêve à un certain internationalisme comportant de suite comme conséquence naturelle l'antimilitarisme, mais il veut mettre ses rêves en pratique (2) . »

Dans ces conditions, affirmer que les Russes, libérés de

(1) V. la note p. 414.

(2) Ace propos, remarquons que l'incontestable bravoure montrée par les soldats du tsar en Mandchourie procédait bien davantage du fait de l'encadrement militaire et d'un sentiment de devoir à base religieuse que d'un véritable goût pour la guerre.

l'autocratie militaire qu'ils exècrent, voudront s'imposer volontairement les charges que comporte une grande armée et une grande marine serait bien téméraire. Quant aux populations non russes, leur volonté négative est certaine. Mais supposons que les obstacles d'ordre moral n'existent pas. Pour que la Russie redevienne une grande puissance, il faudrait qu'elle se résignât à des dépenses énormes rien que pour reconstituer le matériel qui a été détruit. Ici intervient l'obstacle financier. Supposons-le encore surmonté. En mettant les choses au mieux et en tablant sur ce qui s'est passé pour la France en 1870, on doit admettre que la Russie, avant dix ou quinze ans, ne sera point redevenue une grande puissance militaire en condition, par exemple, de prendre part d'une façon vraiment efficace à une guerre contre l'Allemagne.

Étant données ces diverses constatations, quelle ligne de politique extérieure les événements semblent-ils imposer à la Russie?

Voici ce que dit à ce sujet l'un des Russes les plus qualifiés pour exprimer une opinion saine (1).

Quel que soit donc le parti à venir maintenant à la vraie direction des affaires en Russie, ce pays ne pourra avoir qu'une ligne de conduite : le relèvement du prestige de la Russie par une politique de dignité sage et ferme évitant soigneusement les

(1) M. Alexandre Briantchaninoff a longtemps vécu en France; il est passé par notre Picole libre des sciences politiques, a été attaché à l'ambassade de Russie de Paris, et a suivi de très près à Portsmouth les négociations de la paix russo-japonaise. Ses relations étendues lui permettent de mieux saisir que beaucoup de ses compatriotes les conditions générales de la politique universelle.

<;oups de tête et les aventures, tâchant plutôt d'endormir les questions mûrissantes, au lieu d'en provoquer ou même d'en faciliter Véclosion.

Ceci posé, il devient évident que l'alliance avec la France, qui nous a si bien secondés et soutenus pendant l'horrible conflit que nous venons de traverser, reste et restera le pivot inébranlable de notre politique extérieure.

Ce qui séparait une partie de l'opinion publique française d'avec nous, c'était notamment notre servilité devant un régime qui depuis longtemps ne pouvait suffire aux exigences de la vie moderne et les extravagances de notre politique; tout ceci n'existera plus dorénavant. D'un autre côté, devront nécessairement se taire chez nous les hommes qui reprochaient à la France son régime démocratique et se permettaient d'affirmer que nous payions par notre force militaire tous les frais de l'alliance, l'armée française ne pouvant à elle seule défendre la France.

Il y a donc tout lieu de croire que les liens déjà si étroits qui unissent nos deux peuples ne vont que se consolider avec le nouveau régime, et la tendance générale de la politique étrangère russe ne pourra être autre que de tâcher d'attirer dans cette alliance éminemment pacifique de nouvelles forces tendant non vers les complications et les troubles internationaux, mais vers une paix solide et durable.

Il se présente, sous ce rapport, deux combinaisons diamétralement opposées et entre lesquelles il faut, — les circonstances l'exigent impérieusement, — choisir sans délai. La première, c'est de se conformer à l'ambition de Guillaume II, et, moyennant quelque soutien en Extrême-Orient, en Asie centrale et en Perse, tâcher de détacher la France et l'Angleterre et de reprendre sous le patronage de cet élève de Frédéric II, qu'il égale par le manque de scrupules mais non par les talents, le système continental. La seconde, c'est, au contraire, de s'entendre à fond avec l'Angleterre et de former, en rattachant d'une façon souple l'alliance franco-russe à l'alliance anglo-japonaise, une entente quadruple ayant pour but la garantie naturelle des possessions asiatiques et par conséquent coloniales en général.

Sans parler des raisons de principe qui, naturellement, doivent attirer la nouvelle Russie vers l'Angleterre, pays constitutionnel et libre par excellence, et non vers l'Allemagne ou plutôt vers la Prusse qui n'est qu'un despotisme oligarchique et militariste ■déguisé, il est clair que l'entente quadruple est bien plus profi-

table à la Russie que l'alliance germano-russe, soi-disant traditionnelle, mais qui n'est telle qu'en tant que dynastique; car, en réalité, cette alliance équivaudrait à la direction de la politique étrangère russe par l'esprit aventureux et antislave du chef de l'État prussien.

En effet, que pourrait nous donner l'Allemagne? Elle nous ferait, bien entendu, des promesses très précises : elle tâcherait, comme avec Kiao-Tchéou et Port-Arthur, de nous nourrir de l'idée du péril jaune: elle proposerait, par conséquent, une sorte de dépècement de la Chine, et, si ce plan avortait, elle nous tenterait par l'Afghanistan et surtout par ce port sur le golfe Persique qui remplacerait Port-Arthur perdu.

Peut-être aussi nous offrirait-elle le passage libre du Bosphore, et nous faciliterait-elle l'acquisition de stations de charbon dans différents endroits du globe ; peut-être consentirait-elle à nous laisser une certaine liberté pour régler la question macédonienne au profit des Slaves, ou proposerait-elle le partage de l'Autriche ; mais tout ceci avec ces deux conditions très nettement posées : 1° soutien en cas de conflit avec l'Angleterre; 2° acceptation de l'avancement de l'Allemagne vers l'Atlantique et du chemin de fer de Bagdad comme ligne de pénétration pacifique (?) allemande, vers les richesses des possessions asiatiques du sultan.

C'est là un prix si énorme, c'est là surtout une politique si aventureuse, que la solution du point de vue allemand parait impossible sans conflit armé; ce qui entre parfaitement dans les calculs de Guillaume et du parti militaire prussien dont il est Târne, mais ce qui n'entre pas du tout dans les calculs de la politique du nouveau régime russe.

Tout au contraire, que veut dire l'entente quadruple? 1° la paix en Extrême-Orient assurée, par conséquent la possibilité de dégarnir la frontière de Corée et de Manchourie ; 2° la paix dans l'Asie centrale et la possibilité de diminuer nos armements de ce côté, car l'entente avec l'Angleterre comprendrait, en premier lieu, des garanties formelles de notre côté quant à l'inviolabilité des Indes et de l'Afghanistan; 3° entente en ce qui concerne la Perse, sous forme de délimitation de sphères d'influences purement commerciales; 4° entente en ce qui concerne la Turquie, où l'Angleterre serait prête à nous soutenir dans notre politique traditionnelle, et résoudrait d'un commun accord avec nous, la France, l'Autriche et l'Italie, les questions arménienne, Cretoise, syrienne et macédonienne; et enfin l'entente négative en ce

qui concerne l'achèvement de la ligne de Bagdad au profit exclusif des Allemands.

L'entente quadruple permettrait en plus de soutenir en temps nécessaire l'Autriche mourante contre son successeur trop ardent, et par son seul prestige attirerait à elle l'Italie, l'Espagne et les États-Unis.

Nulle force alors n'aurait l'audace de troubler la paix ni en Europe, ni en Asie; quelles que fussent les astuces du cabinet de Berlin, ses efforts resteraient impuissants, devenu enfin sincère par calcul; et le rêve des penseurs de régler les différends entre nations au moyen de conférences et de tribunaux d'arbitrage pourrait peut-être se réaliser, au grand désespoir du nouveau gendarme de l'Europe.

Et certes, si cette entente se réalisait, — ce qui est fort possible, et, pour tous les amis de la paix et de l'humanité, fort désirable, — le mérite en reviendrait en premier à la France, qui y a sagement posé la première pierre par son entente avec l'Angleterre; au ministre, auquel on rendra justice un jour, lui qui a su se sacrifier aux nécessités du moment après que le but qu'il se posait était atteint.

La localisation du péril allemand par l'entente franco-anglaise soutenant la cause de la paix est incontestablement un gage en faveur des intérêts russes que la jeune Russie n'oubliera pas, ni la France, ni l'Angleterre; et il faut espérer que les hommes d'État de ces pays comprendront la nécessité de compléter cette entente en y entrant formellement et sans délai.

Cette étude de M. Briantchaninoff (l) montre bien les deux orientations entre lesquelles devront opter les diplomates de Saint-Pétersbourg. Pour préciser plus nettement encore quelle politique extérieure leur est possible, il n'y a plus qu'à condenser en quelques courtes formules les constatations que nous avons dû faire au cours de ce chapitre.

L'état intérieur de la Russie, très grave pour des causes multiples, lui interdit pour longtemps toute politique extérieure active.

(1) V. l'Énergie française du 18 novembre 1905.

En Asie, la Russie n'a plus d'intérêts essentiels; elle ne saurait que chercher à maintenir sa situation présente.

En Europe, la restauration complète du prestige russe ne saurait provenir que de la réfection d'une armée russe puissante et moderne; or, cette réfection, en supposant qu'elle puisse être réalisée, n est pas possible avant dix ou quinze ans.

Durant cette période, la Russie ne peut plus rien d'offensif contre l'Allemagne, le Japon ou l'Angleterre.

La Russie a un intérêt certain, pendant 1ère de recueillement qui s'impose à elle, à maintenir son alliance avec la France et à améliorer dans toute la mesure possible ses rapports avec Londres et Tokyo.

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