DEUXIEME CAMPAGNE
tion longue et difficile, soit, ce qui serait également délicat et surtout improbable, qu'ils s'entendent avec l'émir et lui fassent accepter de céder au tsar les provinces de Hérat et de Kandahar.
Cette campagne, d'après Lebedev, devrait comprendre deux opérations principales : l'une sur Kandahar, l'autre sur Caboul, et des opérations secondaires destinées à favoriser les premières.
11 est évident, par exemple, que l'apparition de détachements russes sur les frontières du Cashmir et dans le
L'ANGLETERRE 48ï
Seistan obligerait les Anglais à renforcer leurs garnisons dans ces régions, et, par conséquent, à affaiblir leur armée d'opérations.
Nous reviendrons bientôt à ces mouvements secondaires, l'un par le Pamir, l'autre par le Khorassan.
Lebedev estime que le corps destiné à Kandahar doit avoir 68.000 hommes et 204 canons, avec une réserve de 57.000 hommes et 156 canons permettant de faire immédiatement face à tous les accroissements d'effectifs que pourraient réaliser les Anglais.
La route de Hérat à Kandahar traverse des régions peuplées, relativement riches, et les meilleures de l'Afghanistan, mais qui seraient sans doute dévastées par l'ennemi . C'est pour commander cette région que les Anglais ont fortifié le plateau de Pishin, organisé la défense de l'Hilmend et rassemblé à New-Ghaman tout le matériel nécessaire à la construction rapide d'un chemin de fer stratégique jusqu'à Kandahar. L'attaque de front russe peut donc se heurter à une résistance opiniâtre, d'où la nécessité de prévoir une attaque de flanc faisant tomber ces difficultés. Lebedev conseille donc l'envoi sur le Seistan par le Khorassan de 15 à 20.000 hommes et de 24 pièces de canon. Le chemin à employer pour la marche sur le Seistan serait essentiellement de Mechked à Kaf, Kaïn, Douroukh, Bendoun, et enfin Nousretabad.
Dans ces conditions, un succès sur Kandahar ne paraît pas inadmissible. La prise de cette place parles Russes aurait pour conséquence de leur donner Kelati-Gilsaï, sur la route de Ghazni, de leur permettre de tenter une liaison immédiate avec les forces dirigées sur Caboul, et de faire enfin de Kandahar une base nouvelle pour une attaque vers l'Indus.
Il faut noter que le gros du corps marchant sur Kandahar devrait avoir, pour porter ses approvisionnements d'un mois seulement, le chiffre formidable d'environ quarante mille chameaux.
La concentration du corps destiné à Caboul (quarantehuit mille cinq cents hommes) aurait lieu, dit Lebedev, à Mazari-Ghérif. Elle durerait de trente-cinq à quarante jours. Ensuite, il s'agirait de gagner Caboul par Tach-Kourgan, Haïbagh, Bamian, les passes de Hadjikak dans l'Hindou- Kouch, la vallée de l'Hilmend, la passe d'Ounaï à travers les monts Pagman et Caboul, c'est-à-dire de franchir de Maza ri- Chéri f à Caboul 522 kilomètres, dans l'une des régions les plus difficiles du monde. Ce chemin, surtout muletier, est, dans son ensemble, très difficilement praticable à une grande armée. Si cependant l'on suppose la marche de troupes russes parties de Hérat comme base sur Mazari-Chérif d'une part, et le succès des détachements russes à Tchitral et à Gilgit dont on parlera plus loin, on conçoit que les Anglo-Afghans pourraient être contraints à abandonner sans combat Mazari-Chérif jusqu'à la passe de Bamian.
Dans ces conditions, on peut supposer le succès d'une marche sur Caboul s'opérant simultanément avec une marche victorieuse sur Kandahar. Cette hypothèse implique la prise de Ghazni par les Russes.
Quant aux opérations secondaires sur le Tchitral et Gilgit, voici comment Lebedev les comprend. Dès la mobilisation terminée, les corps désignés pour le Tchitral (5.000 hommes) se dirigeraient vers le Piandj, cours supérieur de l'Amou-Daria, par Kouliab, Samti-Bala, Feizabad, Zebak, les passes de l'Hindou-Kouch et Tchitral, c'est-àdire par la route des relations commerciales habituelles entre Tchitral et Boukhara.
Le détachement de Gilgit (2.000 hommes) passerait par la vallée d'Alaï, la passe de Kizil-Art, le lac Karakoul, la passe d'Aku-Batal, de Bozaï-Gambez, chemin muletier pouvant sans trop de difficulté être rendu carrossable, la vallée de Souksorovat et Gilgit.
Ces corps lancés sur Gilgit et Tchitral iraient le plus
vite possible, afin que leur action soit connue assez à temps pour faciliter l'avance sur Caboul.
Le succès des opérations sur Tchitral et Gilgit aurait peut-être pour conséquence, toujours d'après Lebedev, de précipiter 40.000 guerriers pillards sur les Anglais.
Afin de rendre possible le développement complet de notre hypothèse, nous supposons que tout se passe au mieux pour les Russes. Mais en serait-il ainsi dans la pratique?
N'oublions pas que le corps expéditionnaire russe devrait emporter avec lui absolument tous les approvisionnements nécessaires. Il ne faudrait aucunement compter vivre sur un pays peuplé de tribus sauvages et hostiles à tous les Européens. D'ailleurs, dans la marche de Samarkand sur Caboul, la protection des services de l'arrière exigerait un nombre important de troupes, même sur le territoire russe. « On ne peut pas affirmer, dit Lebedev, que l'émir de Boukhara et le khan de Khiva, et aussi les fonctionnaires et les troupes de ces khanats, seront de notre côté en cas de guerre avec l'Afghanistan. En tous cas, toute la population musulmane de l'Asie sera dans une attente nerveuse (1). »
Il faut savoir enfin qu avant de commencer leur marche sur Caboul et Kandahar, les Russes auraient dû prolonger la voie ferrée de Hérat à Sebzevar ou Ferrah, relier le golfe d'Aïrakhi sur la Caspienne avec l'Amou-Daria , améliorer la navigation de ce fleuve, construire une voie ferrée de Samarkand à Kélif : opérations fort compliquées dont on peut imaginer le prix et la durée. Troisième campagne,
Quoi qu'il en soit, supposons les Russes s'installant fortement à Caboul et à Kandahar. La voie ferrée serait poussée jusqu'à Kandahar d'une part, et de l'autre aussi près de Caboul que possible. Les routes seraient améliorées ou construites comme entre Hérat et Caboul.
(1) V. Lebedef, op. cit., p. 176.
L'armée serait renforcée de façon à atteindre le chiffre de 180.000 combattants. La base des Russes serait alors la ligne Gaboul-Ghazni-Kandahar. Leurs voies de ravitaillement seraient déjà très longues, et par conséquent il faudrait qu'elles soient fort remarquablement surveillées et défendues. C'est lorsque toutes ces mesures auraient été
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