TROISIEME CAMPAGNE
effectivement prises qu'il s'agirait d'entamer réellement la troisième campagne, c'est-à-dire de porter les troupes du tsar sur la rive ouest de l'Indus.
De la ligne Gaboul-Ghazni-Kandahar vers l'Indus, les voies de communication sont diverses mais précises; car les deux chaînes du Soliman occidental et oriental, séparées par le Vaziristan, ne sont praticables que par quelques
passes. En outre, les déserts de Derajat et de Katchi précèdent les abords de l'Indiîs. Les Russes auraient donc à choisir entre les routes suivantes :
De Caboul, deux chemins vont vers l'Indus.
Le premier contourne au nord le Sefid-Koh par la passe de Djagdalak; l'autre passe au sud des montagnes par le col de Karkatch et aboutit comme l'autre à la passe de Khaïber, qui peut être facilement défendue avant l'arrivée à Peschawer. Il existe encore une route détournée par Djalalabad, Asmara, la passe de Spinasuka, Miankala et le Svat à Malakand. Cette voie permet également une défense très énergique de la part des Anglais.
Au sud du Séfid-Koh, un chemin va de Caboul par Houch, la passe très élevée de Chatourgardan, les cols de Khotal, la vallée du Kouram, et aboutit ensuite au fort anglais de Tali.
De Ghazni.
On peut prendre, outre la voie du Kouram qui vient d'être indiquée, les routes de la vallée du Totchi par les passes de Kotoni et Sarfza et Banou vers Kalabah (c'est la meilleure voie). On peut encore aller à Dera-Ismaïl-Khan par les passes de Sargo, de Sarbondi, la vallée du Gomoul et la passe du même nom. Cette route étroite, parfois privée d'eau, la rend peu favorable à un mouvement de troupes.
De Kandahar au Khodja-Amran s'étend, sur une distance de 110 kilomètres, un désert pierreux praticable à plusieurs colonnes.
Deux routes vont de Kandahar à la passe de Gomoul, sur le Soliman oriental : l'une par Kouchdil-Khan et la vallée de Koundar; l'autre suit la vallée du Zkob.
Quatre passes mènent de Kandahar à Pishin.
De Pishin deux chemins vont sur Dera-Gazi-Khan : l'un, par Kouchdil-Khan, la vallée du Boraï; l'autre, par Tali-Tchotiali et le défilé du Sakhi-Sarvan.
De Pishin encore, on peutgagner Djakobabad par Quetta,
la passe de Bolan, la vallée du même nom et le désert de Katchi.
La difficulté pour les Russes, au cours de cette troisième campagne, consisterait donc à choisir les plus praticables de ces routes et à les faire franchir à leurs troupes avant que les Anglo-Indiens n'aient eu la possibilité ou le temps de masser sur l'Indus, aux points voulus, des troupes suffisantes pour en interdire le passage.
C'est pour résoudre ce problème que les Anglais ont d'abord développé un service de renseignements qui est incontestablement bien supérieur à celui des Russes, et qu'ils ont donné une grande extension à leur réseau ferré du nord de l'Inde. On trouve, en effet : 1° La ligne Lahore-Peschawer; 2° L'embranchement de Raval sur Kachalgar; 3° La ligne de Lala-Mourza-Koundiana ; '4° La ligne Lahore-Moultan-Gurachée, avec prolongement sur Dera-Gazi-Khan ;
5° Une voie ferrée sur la rive gauche de l'Indus reliant Attok-Dera-Gazi-Khan, qui permettrait aux Anglais de transporter rapidement des troupes, de façon à faire face sans délai aux défilés du Soliman oriental.
En outre, des routes relient tous les points importants. Deux sont parallèles à la rive droite de l'Indus, dont l'une réunit tous les postes au pied du Soliman oriental.
Quels passages les Russes devraient-ils choisir et sur quel point de l'Indus se diriger? Les avis diffèrent. Lebedev conseille comme objectif Dera-Gazi-Khan. Le général anglais Mac-Grégor considère comme la plus favorable pour les Russes une attaque conduite de Caboul, Ghazni, Kandahar, sur la partie de la vallée de l'Indus située entre Attok et Dera-Ismaïl-Khan; cette attaque serait menée par toutes les routes, afin de disperser les forces anglaises.
Le plan de défense anglais repose entièrement sur le
réseau de voies ferrées du nord de l'Inde. On vient de voir que, tel qu'il est, il permettrait évidemment de donner aux troupes anglaises une grande mobilité.
Etant donnée la lenteur forcée des Russes pour traverser la région désertique s'étendant entre les déniés montagneux du Soliman et l'Inclus, on peut donc admettre que les Anglais pourraient opposer aux Russes des forces combattantes égales sur les points des rives de l'Indus choisis par l'état-major du tsar.
Mais nous continuons à supposer le succès continu des Russes. Nous admettons donc qu'ils réussiraient à franchir l'Indus, barrière cependant formidable.
Ce fleuve entre dans l'Inde à Torbela et dans la plaine à Kalabah. Or, en amont de Kalabah, la rapidité du courant et des crues inopinées s'opposent au passage; en aval de ce point les marécages, des parties basses et la largeur du lit qui varie fréquemment dans les crues jouent le même rôle.
En outre, l'Indus n'a pas de gués.
La partie la plus favorable au passage, à l'avis des Anglais, est entre Dera-Ismaïl-Khan et Kalabah, à l'époque du niveau le plus bas de l'eau, c'est-à-dire entre octobre et mars (1) . Cette partie du fleuve offrirait, en outre, l'avantage aux Russes de les mener directement sur le camp retranché de Raval-Pende, la dernière région fortifiée restant devant eux.
Quatrième campagne.
Voilà donc les Russes qui, après avoir bien entendu poussé plus au sud leurs voies ferrées, garni d'un nombre immense de troupes leurs voies de communication accrues encore dans d'énormes proportions, seraient en mesure de commencer leur quatrième et dernière campagne, celle qui doit les porter au cœur de l'Inde par la vallée du Gange, incontestablement la meilleure voie d'accès.
(1) V. Lkbedev, op. cit., p. 234.
Le résultat de cette quatrième campagne tiendrait, semble-t-il, moins à des succès stratégiques qu'à des causes morales. Si les Anglais avaient été battus au point de devoir repasser l'Indus, leur prestige s'en trouverait profondément atteint.
Deux questions alors se posent : les populations indigènes leur prêteraient- elles un concours efficace pour résister aux Russes venant de l'Indus, et, en supposant qu'elles se soulèvent, les natifs favoriseraient-ils la marche des Russes? Personnellement, je ne crois nullement que les soldats d'Edouard VII, déjà battus par hypothèse, puissent compter sur le concours des indigènes.
Les Anglais ont admirablement su organiser et exploiter les Indes. Contrairement à une opinion souvent reproduite, ils ont même fait beaucoup de bien aux natifs. A la vérité, je crois même que, eu égard aux difficultés et à l'immensité de la tâche, aucun autre peuple européen n'aurait fait beaucoup mieux; mais, ce qui me paraît juste à constater également, c'est que les Anglais ne sont à aucun degré aimés de leurs sujets. Leur manière même de gouverner s'y oppose. Imbus à un degré extraordinaire de la supériorité de leur race, ils mettent un abime infranchissable entre eux et tout homme de couleur. Ceci est au point qu'au Yacht club de Bombay, qui est le premier club des Indes, le Nizam d'Hyderabad, le plus riche et le plus indépendant des souverains indigènes, ne serait pas admis à prendre une tasse de thé. Il en est de même du consul général de Turquie, dont l'influence mérite cependant d'être ménagée en raison de l'importance des musulmans au nord de l'Inde.
En outre, les grandes races de l'Inde, quoique à des degrés divers, commencent à s'émanciper et à secouer moralement le joug britannique. Tous ceux que j'ai consultés au cours de mon enquête et qui sont considérés comme connaissant bien le pays sont unanimes à constater
que les natifs sont maintenant moins faciles à mener que jadis. L'évolution est sensible surtout depuis cinq ou six ans. Voici textuellement ce que me disait un ingénieur du North-Western-Railway au cours d'un voyage entre Umballa et Lahore : « Les hauts fonctionnaires de Calcutta ne savent rien sur les vrais sentiments des indigènes. Ils ne les voient guère que dans des circonstances officielles où tout natif volontiers s'humilie et se prosterne. Mais, nous, ingénieurs, par exemple, qui avons à manœuvrer directement et constamment les natifs, nous sommes mieux à même que qui que ce soit de voir la vérité. Eh bien, je puis vous dire, monsieur, que les natifs sont tout aussi paresseux, tout aussi voleurs qu'autrefois. En outre, ils sont beaucoup plus hardis envers nous; parfois ils frisent même l'insolence. Il devient de plus en plus difficile d'en faire quelque chose. — Mais, dis -je, tout cela est possible; cependant, il n'empêche que vous tenez bien le pays. Vous disposez d'une armée nombreuse qui gagne chaque année en organisation. Le retour d'une mutinerie comme celle de 1857 ne paraît même pas concevable. »
a L'armée, monsieur, reprit mon ingénieur, mais elle est composée de natifs pour les deux tiers, et le même travrail qui s'opère chez les Indiens civils s'opère, plus dissimulé peut-être, mais aussi certain, chez les Indiens soldats. Tout cela tient et fait belle façade tant que nous sommes les plus forts ; mais, au moindre échec, ce serait la débâcle. »
Admettons, si l'on veut, que mon interlocuteur ait été plutôt pessimiste, mais ne croyons pas à un concours efficace des indigènes en faveur des Anglais.
Gela signifie-t-il que ce concours irait aux Russes? H y a cinq ou six ans, peut-être; aujourd'hui, certainement non.
Les idées d'indépendance, ai-je dit, sont déjà en état de germination lente. J'ai été extrêmement frappé, en visitant les musées de Madras, de Calcutta et de Bombay, de constater avec quels soins pieux les visiteurs natifs exami-
riaient tout. Les indigènes vont maintenant en foule dans ces musées qui leur parlent de leur pays; ils s'y instruisent de leur histoire; ils apprennent ce qu'ils ont été, et certainement beaucoup réfléchissent à ce qu'ils pourraient être encore.
Sans doute, cet état d'esprit eût mis vraisemblablement un temps très long avant de donner aucun résultat pratique ; mais l'événement qui est en train de bouleverser le monde s'est produit : la guerre russo-japonaise a éclaté et les Russes ont été constamment battus par les Japonais. La preuve de la libération possible du joug des Blancs a été faite avec éclat par les Jaunes et pour les Jaunes. Aux Indes, cette démonstration a eu un effet profond. Aussi les Anglais constatent-ils avec une visible inquiétude les rapports qui s'établissent entre Hindous et Japonais. Ils font maintenant tous leurs efforts pour y mettre des obstacles. Y parviendront-ils? C'est peu probable, surtout après cet article du traité du 12 août 1905 en vertu duquel les Nippons doivent contribuer à la défense de l'Inde.
Ce qui est certain, c'est que, dès l 'attaque de Port-Arthur, les Hindous ont été passionnément antirusses. Ces sentiments n'ont fait que se confirmer depuis. Si donc jamais les natifs se soulevaient contre l'Anglais battu, ce ne serait certainement pas pour favoriser bénévolement une domination russe, mais pour libérer définitivement le sol de l'Inde du joug de tous les Blancs. Dans ces conditions, que deviendraient, fondues par la distance, les armées du tsar au cours de cette quatrième campagne qui devrait les rendre maîtres de l'Inde?
La conclusion vraie de cet exposé d'une invasion russe des Indes, c'est qu'une telle opération présenterait dans la pratique des difficultés inouïes. Pour avoir trois cent mille combattants effectifs à l'est de l'Indus, c'est peut-être cinq ou six fois plus que le gouvernement du tsar devrait mobiliser. Songez à la longueur, à la diversité, à la sensibilité-
des lignes russes de communication, dont il s'agirait cependant à tout prix d'assurer la sécurité. En fait, il faudrait garnisonner tout l'Afghanistan, le nord de l'Inde, et même ne pas trop dégarnir l'Asie centrale russe. Or, de Kouchk à Ghikarpoure, c'est-à-dire jusqu'à l'Indus seulement, il y a environ 1.500 kilomètres de pays montagneux ou désertiques habités par les peuplades les plus pillardes, les plus farouchement musulmanes que l'on connaisse au monde.
Assurer les communications serait déjà une lourde tâche ; mais, ce qu'il faudrait encore, c'est résoudre dans des conditions très difficiles le gros problème des ravitaillements.
« D'après un compte établi par Skobeleff, lors de l'expédition d'Akkal-Tekké, en 1880-1881, pour le transport des provisions, il a fallu : cinq cent cinquante chameaux par bataillon, deux cents par batterie, cinquante par escadron » (1) .
Ces chiffres permettent d'imaginer quels pourraient être les impedimenta d'une armée russe destinée à l'Inde. On conçoit du même coup à quelles dépenses colossales l'empire russe s'obligerait. Les frais seraient simplement inouïs. Peut-être dépasseraient-ils ceux de la campagne de Mandchourie, où, au moins, on pouvait vivre en partie sur le pays.
Posons-nous maintenant la question : avant la guerre russo-japonaise, le tsar eût-il pu entreprendre avec succès une campagne vers l'Inde?
Si l'on se place avant la lutte d'Extrême-Orient, on constate que les Russes ont toujours affecté de croire qu'une simple démonstration de leurs troupes en Asie centrale suffirait à soulever l'Inde, donc à résoudre ce problème. C'était là, semble-t-il, une croyance dépassant de beaucoup les probabilités. En tous cas, les soldats du tsar n'eussent pas été dispensés de traverser l'Afghanistan et de vaincre
(ï) V. Lebedev, op. cit, p. 68.
toutes les difficultés de temps, de ravitaillement et d'argent qui viennent d'être esquissées.
Y étaient-ils préparés? Le courage et la ténacité dont les soldats russes ont donné des preuves en Mandchourie, malgré leurs échecs répétés, permettent de croire qu'ils auraient surmonté les obstacles résultant du terrain; mais, quanta ce qui concerne l'organisation administrative indispensable pour une semblable entreprise, j'ai la conviction absolue quelle n a jamais existé.
En outre, point capital à souligner, — car il est la cause de l'erreur de ceux qui ont approuvé la politique russe en Extrême-Orient, — Y état intérieur de V empire des tsars ne lui permettait pas de faire aucune opération militaire de cette envergure, pas plus aux Indes qu'en Mandchourie.
Certes, une guerre contre les Anglais eût été infiniment plus populaire que contre les Japonais, mais il n'empêche que, pour les rares Occidentaux connaissant vraiment la Russie, son état moral intérieur lui interdisait le succès dans toute opération militaire éloignée et surtout longue.
Or, on l'a vu, une campagne décisive contre les Indes exigerait des années. Aussi est-il infiniment probable que les mêmes troubles révolutionnaires qui se déchaînent actuellement en Russie se seraient produits lors d'une guerre contre les Indes. La cavalerie de Saint-Georges eûtelle manqué de les solliciter, que les puissantes réserves d'anarchisme intellectuel et d'antimilitarisme invétéré qui se sont accumulées dans l'empire des tsars depuis dix ans, n'auraient pas manquer de déchaîner leur torrent dévastateur.
Cette notion de l'état intérieur de la Russie, unie aux préparatifs militaires d'intendance relativement très faibles faits en Asie centrale, m'amènent à cette conclusion :
A aucun moment avant la guerre russo-japonaise, la Russie n'a été en condition d'entreprendre avec succès une guerre contre les Indes.
Et maintenant? — Maintenant, la question peut-elle même être posée?
Avant dix ou quinze ans, — en mettant les choses au mieux, — la Russie n'aura pas reconstitué son matériel de guerre en Europe, en supposant que le développement aujourd'hui fatal de ses crises intérieures lui permette cette tâche. Rien que pour cette raison péremptoire, l'idée d'une grande expédition à diriger de Russie sur les Indes ne paraît plus raisonnablement admissible. Mais il y a plus. En supposant qu'elle le puisse, la Russie a-t-elle, je dirai même, a-t-elle jamais eu, un intérêt durable à asseoir sa domination sur les Indes?
Une opération aussi colossale que le serait une expédition russe vers Delhi ne doit pas être entreprise si elle n'est commandée par un intérêt majeur et vital.
Or, la Russie a-t-elle une de ces raisons profondes de vouloir dominer les Indes? Je ne le crois nullement. Lebedev, qui est cependant l'un des officiers russes ayant étudié avec le plus de soin le problème de l'invasion des possessions britanniques, reconnaît (1) que l'établissement direct ou indirect d'un empire russo-indien serait une faute, et plutôt une cause d'affaiblissement et de difficultés pour la Russie qu'une raison de force. Il se rend si bien compte de ce danger qu'il déclare que tous les préparatifs russes contre l'Inde ne doivent avoir pour objet que de contraindre la Grande-Bretagne à une alliance étroite avec la Russie, alliance qui serait avantageuse pour les deux puissances. Cette alliance, termine Lebedev, «sera favorable à l'Angleterre parce qu'elle la délivrera de la crainte de perdre l'Inde; la population de ce pays sera forcée de se soumettre à son sort, puisqu'elle ne pourra plus regarder les Russes comme ses libérateurs, une fois qu'ils seront devenus les alliés des Anglais. Pour la Russie, l'alliance sera avanta-
(1) V. Lebedev, op. cit., p. 243.
geuse, parce qu'avec laide de l'Angleterre, la puissance maritime la plus forte, la situation de la Russie sera raffermie en Europe et que la question d'Orient pourra se résoudre à son profit; en outre, nos alliés dans l'Inde ne seront plus de fanatiques musulmans ou des Indiens dégénérés , mais des Anglais , la nation d'avant-garde du monde (1). »
Ces paroles de l'officier russe, antérieures à 1900, ne prennent-elles pas maintenant une signification particulière?
En présence de cet ensemble de constatations, ne peuton pas affirmer que le danger dune invasion russe aux Indes, qui fui presque toujours artificiel, est aujourd'hui entièrement chimérique?
QUESTION DU THIRET
La question de Thibct, qui a été pendant les dernières années une cause de rivalité intense entre l'Angleterre et la Russie, n'offre plus aujourd'hui, à cet égard, qu'un intérêt rétrospectif. En effet, la lutte anglo-russe pour la suprématie à Lhassa, centre du « Toit du Monde » , n'était possible que dans la période où la Russie accusait sa volonté d'expansion en Asie.
L'objectif des Russes était alors très net. Ils voulaient gagner à leur cause, et ils y avaient presque réussi, le grand lama de Lhassa, dont l'action religieuse directe s'exerce assez faiblement sur les bouddhistes sujets des Anglais, mais est très grande sur les bouddhistes relevant de la suzeraineté russe et chinoise. La zone d'influence du grand lama de Lhassa intéressante pour les Russes s'étend à la fois sur des populations qu'ils gouvernent déjà et sur des populations sur lesquelles ils comptaient bien plus tard asseoir leur domination.
(1) V. Leuedev, op. cit., p. 244.
Actuellement, les bouddhistes russes qui relèvent de Lhassa sont tout d'abord les Kalmoucks des steppes du Don et d'Astrakan, au nombre d'environ cinq cent mille, et les tribus bouriates du Baïkal comptant à peu près le même nombre de têtes. Ce million d'hommes a pour prêtres des lamas, qui sont nommés par le gouvernement