QUESTION DU THIBET
russe, mais dont l'influence religieuse vient d'une sorte d'investiture qu'ils reçoivent du grand pontife de Lhassa.
Gomme, avant la guerre, les Russes, outre leur pénétration préparée en Mandchourie et en Corée , pensaient mettre la main dans l'avenir sur la Mongolie chinoise habitée par des bouddhistes relevant eux aussi de Lhassa, le concours du « pape » thibétain pouvait leur être très
précieux. Ils tentèrent donc de se l'assurer et obtinrent assez vite des résultats très satisfaisants.
Quant aux Anglais, fort bien renseignés sur les visées russes, ils s'ingénièrent à les contrecarrer. De là, cette expédition partie des Indes pour le Tbibet, expédition faite sous l'influence personnelle de lord Gurzon et qui, ayant surmonté de très sérieuses difficultés matérielles^ réussit à pénétrer à Lhassa, mais après que le grand lama avait déjà réussi à quitter la ville sainte. Il est vrai qu'un autre lama a pris sa place et a hérité pratiquement de la plus grande part de son prestige religieux. Les Anglais ont donc atteint leur but, qui était d'empêcher l'intrusion au Thibet dune influence moscovite permanente. Devant l'étendue de la défaite russe, ils ont jugé inutile de rester à Lhassa et sont retournés aux Indes après avoir établi avec les moines de la ville sainte et leur suzeraine la Chine un modus vivendi qui les satisfait et leur donne toute garantie.
L'action russe en Asie se trouvant anéantie pour longtemps, il est donc infiniment probable que les Anglais vont s'abstenir de nouvelles ingérences directes dans la région du « Toit du Monde » , et c'est pourquoi l'on peut dire que la question du Thibet n'existe plus, au moins en tant que cause des difficultés aiguës, entre Londres et Saint-Pétersbourg.