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DB9YS COCHIN

08 LE MONDE EXTK1UEI H

Mais ici, nous nous éloignons bien de la doctrine sensualiste et il y faut revenir.

Supposant toujours en présence, ces deux êtres, l'âme et le monde, et supposant que le premier n'acquiert aucune connaissance que par la vue du second, pourrons-nous nous en tenir à cette conception dualistique?

Espère-t-on maintenir la distinction posée en termes si simples et si nets par Ch. de Rémusat, dans son Essai sur la matière!

« Tout est matière, dit le matérialisme. Tout est esprit, ou idée ou phénomène, dit l'idéalisme. Tout est-il quelque chose, dit le scepticisme?

« Oui, répond le spiritualisme, tout est quelque chose; l'esprit est quelque chose, la matière est quelque chose. Tout est l'esprit et la matière 1 . »

Non, on ne pourra, avec les seules ressources de la philosophie sensualiste, maintenir celte distinction pourtant si vraie. Il est déjà évident que le pur sensualisme, en présence de ce problème, n'aboutira qu'à une confusion, par laquelle l'un ou l'autre élément doit disparaître.

Nous n'apportons, suivant lui, avec nous aucune notion pure, c'est-à-dire antérieure à l'expérience externe, suivant le sens donné par Kant à ce mot :

i. Rémusat. Essiis de Philosophie, t. II, p. 181.

notre ème ne possède aucune idée innée de l'être, de la personnalité, de l'espace, du temps, et toutes ces idées proviennent des impressions des sens conservées par la mémoire, coordonnées par la raison.

11 faut donc supposer une âme sans idées, supposition aussi absurde que celle d'un objet sans matière, et aucune notion ne sera acquise que par la sensation.

Or, la sensation est le point de rencontre entre le monde matériel et le monde moral. Comment un rapport est-il établi entre ces deux mondes, comment une force physique provoque-t-elle une image dans notre esprit? C'est l'un des secrets les mieux gardés par le créateur ; et cependant les sensualistes ont précisément choisi pour leur doctrine ce fondement fragile et mystérieux.

Ils font plus : ils s'arrangent pour que les deux mondes paraissent être sans rapport entre eux, la sensation étant devenue plutôt un obstacle qu'un passage, puisque c'est l'idée et non l'objet que l'on voit. Et cependant tout l'édifice repose sur la sensation !

Nous n'acquérons aucune connaissance que par nos sensations reçues de l'extérieur. Tel est le premier point du système, et le second est que nous ne voyons pas le monde extérieur lui-même,

mais seulement les idées produites par lui en nous.

Ainsi , en face l'un de l'autre , se trouvent l'homme et la matière, êtres si différents, qu'il devient impossible de découvrir entre eux un lien, un caractère commun, un trait d'union.

Tout le système est fondé sur l'expérience ou la relation entre l'âme et le monde ; on s'arrête pourtant au premier pas et on convient que l'âme ne contemple qu'elle-même, ne voyant que ses idées. Que devient alors le monde? Que sont les objets extérieurs? Qu'est-ce que la matière?

Les sens ne sont plus pour nous des fenêtres ouvertes sur le monde. Au contraire, la sensation est un voile brillant mais impénétrable, tendu entre lui et nous.

Comment sortir de cette impasse, comment percer ce voile?

Premièrement, l'âme ne peut acquérir aucune connaissance, si ce n'est de la vue du monde et, secondement, elle ne voit pas le monde, mais seulement ses propres idées. Nous tirons de là, à notre choix, une des deux conséquences que voici : ou bien les idées sont des phénomènes du même ordre que les phénomènes matériels, et le moi une illusion; ou bien les idées existent seules, les phénomènes matériels n'existent pas, et le monde extérieur est une illusion.

Et il faut croire que ces conclusions sont nécessaires, car le matérialisme et l'idéalisme ont eu plus de sectateurs que le sensualisme pur, lequel ne peut éviter de tomber de l'un ou de l'autre côté. Il a lutté cependant et entrepris (car là était toute la question) de donner une théorie intelligible de la sensation.

Comment donc est produite en nous la sensation? Comment, par ce moyen, avons-nous la perception d'un objet extérieur?

La plus ingénieuse et la plus profonde théorie de la perception, dit M. Barthélémy Saint-Hilaire, est celle d'Aristote.

C'est celle de la perception directe.

Voici comment elle est exposée par Reid, lequel la combat :

« Tous les systèmes des philosophes 1 sur les sens et sur leurs objets, sont venus se briser sur le même écueil, le défaut d'une distinction précise entre les sensations qui n'ont d'existence que lorsqu'elles sont perçues, et les choses qu'elles nous suggèrent.

« Aristote confondit ces deux choses, et fit de la sensation, une forme immatérielle de l'objet révélé par elle.

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