De potentiis animae, chap. m
tiques à celles du rayon lumineux, et jusque-là, agens agit simite sibi. Mais ensuite? La sensation est tout autre chose.
Elle éclôt au même instant, mais le patient (c'est le terme consacré) n'est plus semblable à l'agent.
Ils sont d'essence différente, et les phénomènes qui se passent, en l'un et en l'autre, sont d'ordre différent.
En ce passage, saint Thomas a donc posé le problème de l'idéalisme, et contredit l'axiome que nous avons cité.
Non, l'axiome, omne agens agit s'imite sibi, n'est pas fondé ; il est même contraire à tout ce que la physique nous apprend. Ce qui, en nous, s'appelle son ou couleurs, s'appelle, hors de nous, vibration de l'air ou de l'éther; les causes extérieures des sons, et des couleurs, sont des mouvements; ils nous apportent des sensations très différentes entre elles, comme celles de la lumière ou de la chaleur ou de bruit. Et pourtant l'agent est toujours le même. 11 est toujours le même, et il nous échauffe ou nous éblouit, ou nous assourdit : effets qui n'ont rien de commun entre eux.
11 y a donc dissemblance entre l'objet extérieur réel et la sensation éprouvée : agens non agit simile sibi.
Les mots, même ici, se contredisent si l'on se rappelle la différence de nature qui sépare l'objet matériel du sujet sentant.
Idée signifie image : Or, une image, disait Berkeley, ne saurait représenter qu'un objet du même ordre qu'elle-même. On ne conçoit pas, existant en l'esprit, une image d'un objet existant en la matière, une image morale d'un objet matériel.
Tout en combattant Berkeley au sujet de la réalité des objets extérieurs, Reid affirme aussi cette dissemblance. Sa pensée est exprimée sous une forme vive et frappante.
« Pourquoi voulez-vous, dit-il, que les idées et les objets se ressemblent? Certainement, les uns et les autres sont différents : une douleur ne ressemble pas à la pointe d'une épée....
« Descartes, Locke et leurs disciples, dit-il encore, croient avoir fait une découverte importante, quand ils disent qu'il n'y a pas de chaleur dans le feu ; autant dire que le feu ne sent pas la chaleur, ce que personne n'ignorait avant eux. 11 ne confond pas nos impressions, nos passions, avec les qualités des objets : Avec un peu d'attention, nous pouvons voir ce qu'elles sont et nous assurer, sans beaucoup de peine, qu'elles ne ressemblent h aucune qualité de la matière,
pas plus que le mal de dents ne ressemble à un triangle 1 . »
Reid avoue que certaines qualités qu'il appelle secondaires ne nous renseignent pas sur la nature, et même la présence des objets extérieurs.
L'odorat, dit-il t le goût, ne se composent que d'impressions subies par le sujet sentant, et n'ont aucune ressemblance avec l'objet extérieur. Dans les corpuscules que l'on peut enlever d'une rose, et qui pénétrent dans notre narine, rien ne ressemble à l'odeur de la rose : ce n'est que par association d'idées que ce parfum connu évoque en notre esprit l'image d'une rose.
Berkeley ne parlerait pas autrement.
Mais Reid admet des qualités primaires. La sensation causée par la dureté des objets, nous permet d'affirmer la présence de la matière impénétrable ; il est prêt à dire ce que Charles de Rémusat a dit plus tard : « Le toucher est le garant de l'existence du monde. »
Cette distinction est-elle légitime? On en peut douter.
. Car les forces se transforment, et ne voit-on pas celles qui produisaient les effets appelés qualités