vol., p. 432, sect. VIII, chap. v. Trad. Jouffroy
primaires, produire, une fois transformées, des ts secondaires?
>uand par le frottement rapide, ou des chocs Jtés, deux corps sont devenus incandescents, ergie dépensée sous forme de mouvement, Iité primaire, apparaît sous forme de chaleur Je lumière, qualités secondaires. Quand la lière provoque le déplacement chimique des lécules, un phénomène inverse se produit. De ne, l'émission d'un son qui provoque en moi sensation secondaire, imprime un mouvement îs diapasons ou à des cordes tendues, mouveitqui sera perçu, comme qualité primaire, par il toucher.
linsi la force qui agit sur le toucher peut se nger en force agissant sur l'ouïe ou la vue.
le qui était chaleur, ou lumière, ou son, devient uvement; ou inversement, 'ar mes doigts, mes yeux, mes oreilles, je per- $ divers effets, d'une seule et même cause. Je puis donc établir une distinction radicale, et mer plus de confiance à mes mains percevant le uvement ou la dureté, qu'à mes mains percevant chaleur, ou à mes yeux percevant la lumière 1 .
Tout n'est pas à rejeter cependant dans cette idée ; et on îndra plus tard sur cetle dislinction entre les qualités prises et secondaires.
Quand un électricien transportant au loin par un fil la force produite par un torrent, une cascade ou un moulin à vent, sait au moyen de cette force allumer une lampe, ou faire tourner une roue, ou faire chanter un diapason, ces apparences nouvelles de la force transformée nous renseignentelles sur la nature de la force initiale? Sauronsnous ce qu'il y aura là-bas au bout du fil que le courant électrique a suivi? est-ce un torrent, une cascade ou un moulin à vent? Et, je n'use ici que d'une comparaison grossière, car on saisit sur le fait la transformation de la force physique, on la mesure sous ses formes diverses, et on en trouve les mêmes quantités. Mais on ne saisit aucun lien entre le phénomène matériel et le phénomène moral. Entre la force physique et la sensation, il n'y a point de fil conducteur, il n'existe pas entre elles de commune mesure.
Reid qui prétendait ramener la philosophie aux claires notions du sens commun, a-t-il donné une bonne théorie de la perception?
« Reid, dit sir William Hamilton \ a été singulièrement hardi : il a examiné une proposition acceptée comme évidente par l'unanimité du vulgaire, et répudiée comme impossible par l'unani-
'• Lectures, I, p. 222.
mité des philosophes modernes, et la grande majorité des anciens. »
Et Reid a donné raison au vulgaire : il a osé affirmer que nous avons une connaissance directe et immédiate du monde extérieur.
Seulement Reid a voulu attribuer cette connaissance à uno faculté spéciale. Effrayé de son audace, toujours si nous en croyons sir William Hamilton, il s'est arrêté à mi-chemin, et il a déclaré que la conscience ne nous donnait de lumières que sur nos états d'esprit, et que le monde extérieur, le monde matériel, nous était directement connu par une autre faculté, la perception.
Ne devons-nous pas, disaient Reid et ses partisans, distinguer Tune de l'autre, comme produit de deux facultés différentes, la connaissance de deux objets si différents? « L'esprit et la matière sont situés aux deux pôles opposés de l'être \ »
Mauvais argument, répond sir William Hamilton, car la connaissance des opposés est une. Pouvons-nous connaître la grandeur sans la petitesse, la vertu sans le vice? La médecine s'intitule indifféremment science de la santé ou science des maladies. Ceci est un axiome de la logique, et, en même temps, une vérité du sens commun.
I. « liind and Matter are separated hy the whole diaoïeter of being. »
Nous pouvons donc, grâce à la même faculté, connaître l'esprit et la matière; car nous ne concevons l'esprit et la matière que par leurs contrastes, et ne les définissons qu'en les opposant l'un à l'autre.
Changement, opposition, dirait Alexandre Bain : tel est l'élément môme de la connaissance.
Mais voici que sir William Hamilton admet une théorie bien plus hardie encore que celle de Reid.
Il ne veut pas des deux consciences, externe et interne. Mais il a confié les deux rôles à la conscience psychologique. Elle n'est plus seulement le miroir de nous-mêmes, mais reçoit aussi les reflets du monde. J'ai conscience de ce qui se passe en moi : j'aurais aussi conscience de ce qui m'est extérieur, une conscience prolongée hors de moi !
C'est un des points sur lesquels, avec son inflexible logique, Stuart Milla contredit sir William Hamilton. Nous avons conscience de notre perception, non de l'objet perçu.
Ces théories de la perception directe nous semblent toutes être illogiques et insuffisantes.
Pourquoi Reid, après avoir insisté si vivement, sur la différence entre l'objet réel et la sensation, pourquoi Reid, auteur de la belle formule : « La
douleur ne ressemble pas à la pointe d'une épée », accepte-t-il, ensuite, la perception directe? Nous ne le comprenons pas.
Si j'ai une connaissance directe de la matière, si je la connais telle qu'elle est, je reçois pour vrai l'axiome : Omne agens agit simile sibi. L'on a vu pourquoi, quant à la perception extérieure, il n'est point admissible.
Si la matière produit en moi, quelque chose de différent d'elle-même, ce quelque chose est une idée, et je ne perçois pas, directement, la matière. Les idées ne doivent pas être confondues avec les objets extérieurs, et nous ne voyons que nos idées.
Comment donc aurions-nous connaissance du monde extérieur tel qu'il est?
Comment savons-nous même qu'il existe?
Il ne faut pas hésiter à en convenir : ce n'est pas parle seul témoignage de nos sens. La démonstration est fournie par notre raison : c'est une vérité non d'intuition, mais a posteriori. Quand nous sommes bien convaincus que toutes nos sensations ne sont que des apparences, notre raison travaillant à l'écart, reconstruit un monde, où la sensation n'entre plus pour rien, un monde qui subsisterait, si la vue, l'ouïe, l'odorat et le toucher, si l'Ame sensible en un mot, n'existait plus; un
monde qui survivrait à ce que nous avons appelé le inonde humain.
Ce monde, c'est l'œuvre de Dieu, telle qu'il l'a faite, et qu'il la voit; et non plus l'ensemble des impressions dont il lui a plu que nous fussions affectés.
Mais encore, comment pouvons-nous connaître ce monde extérieur ?
A une condition absolue. C'est que notre esprit soit capable de concevoir des choses existant hors de lui; en d'autres termes, c'est qu'il ait des concepts antérieurs à la sensation. Sans cela, ou le monde extérieur ou inversement, l'esprit, deviennent une hypothèse, et une hypothèse inutile : et c'est là précisément le carrefour où aboutit le sensualisme.
Voici un raisonnement tenu par Berkeley, pour prouver le néant du monde extérieur. C'est Reid qui l'expose :
« Nous ne pouvons concevoir que ce qui a de la ressemblance avec une sensation, ou une idée pré* sente à notre esprit. Or, les sensations et les idées des autres esprits sont les seules choses qui puissent avoir de la ressemblance avec les sensations ou les idées du nôtre. Donc, nous ne pouvons concevoir que des sensations, des idées et des esprits. »
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Sans doute, répond Reid, la chaleur, le rouge ou le bleu, le son aigu ou grave, perçus par nous ne ressemblent à rien, sinon aux mêmes perceptions d'un autre vivant, ou de nous-mêmes, en d'autres temps. Nous ne pouvons les concevoir en dehors d'un esprit. Il faut qu'il y ait des esprits pour que ces choses existent. Mais cela ne suppose pas que les esprits soient incapables de concevoir d'autres choses qui peuvent exister sans eux.
Berkeley, dit Reid, n'a même pas discuté sa première affirmation, la majeure de son syllogisme. Il l'a acceptée toute faite des auteurs de la théorie des idées, et c'est en cela que son raisonnement est mauvais, et Reid a raison.
- Mais au contraire, la majeure du syllogisme est fondée, l'argument de Berkeley devient inattaquable, et Reid aura tort, s'il n'y a point d'idées générales innées, et si la doctrine de Locke et de Condillac est la vraie. Si l'âme du nouveau-né est une table rase, si l'on admet l'existence d'une âme sans idées: si les esprits sont incapables d'acquérir aucune connaissance, sinon parles sens; s'ils ne connaissent que des sensations, c'est-à-dire des changements d'état qui leur sont propres, comment concevraient-ils des objets existant en dehors d'eux ?
Il v aurait là une contradiction manifeste. Nous
ne pouvons donc concevoir des réalités extérieures à l'esprit, qu'à une condition, c'est que notre esprit possède des connaissances pures, étrangères à la sensation.
Oui, lorsque vous aurez supprimé dans l'âme toute idée ou même toute tendance pure, j'entends pure dans le sens de Kant, antérieure à l'expérience externe ; quand vous aurez prouvé qu'elle n'apporte avec elle aucune notion de l'être, du moi, de l'espace, du temps, et qu'elle reçoit ses premières idées des sens; alors, si vous prenez le goût et contractez l'habitude d'observer exclusivement le monde matériel, vous pouvez croire, ayant tout appris en lui, que lui seul existe.
Si, au contraire, vous rentrez en vous-même pour observer vos sensations, seule source reconnue par vous de vos connaissances, et si vous déclarez ne connaître qu'elles, vous arriverez avec bien plus de raison, et par des sentiers plus philosophiques, à un point tout opposé.
Mes idées, direz-vous, sont toutes venues du dehors : mais bientôt vous vous demanderez si ce dehors existe. L'espace, l'être, le nombre n'étant plus pour vous que des idées, vous douterez de la cause inconnue de ces idées.
Quittant le même carrefour, le premier chemin vous conduira, comme d'Holbach, à confondre la
pensée et la matière. Au bout du second, vous aurez soufflé, comme Berkeley, sur le monde matériel, et il n'en restera rien.
Un homme, jouissant du spectacle d'un vaste et beau pays, est enivré et ébloui. Il s'oublie luimême, et il semble que son âme se fonde dans la nature, elle n'est plus qu'un tableau, un concert, un parfum : elle est conquise par la matière.
Quand le spectacle cesse, et que la même âme rappelle ses souvenirs, pour comparer l'impression récente à des impressions anciennes, elle se ressaisit, cesse de sentir et recommence à penser.
Elle retrouve le moi, seul être dont elle ait la connaissance directe et permanente, et se demande, sien tout ce qu'elle a cru voir, il y avait autre chose que des modifications du moi. A son tour, elle a conquis la matière.
La sensation pourrait être comparée à une glace infiniment mince, sur laquelle viendraient se peindre des objets. Cette peinture, c'est le phénomène sensible, et les sensualistes veulent que les phénomènes sensibles seuls soient connus de nous. Mais bientôt ils se séparent et vont se loger de Tun et l'autre côté de la glace, le côté de la matière qui provoque la sensation, et le côté de l'esprit qui la reçoit; et chacun ne voit plus que de son côté. Ils arrivent à nier, soit la matière, soit
l'esprit, et quelquefois, comme Hume, à nier les deux, à ne laisser subsister que des séries et des groupes de phénomènes, supprimant, à la fois, des deux côtés de la glace, les personnes et les choses.
Prise isolément, la sensation est comme un écran entre nous et le monde.
Vous n'atteignez, dit Newton, que les images des choses. Prisonniers chargés de chaînes, dit Platon, vous prenez des ombres pour des réalités. Confiants seulement en les données de nos sens, nous n'osons plus interroger la nature qu'avec inquiétude^.
Nous disons à ces beaux objets dont nos sens sont éblouis : Ètes-vous ce que les sens nous montrent? Fleurs, astres, rivières, forêts existez- Vous? Je le crois, je crois en vous, moins qu'en moi-même, mais autant qu'en mes semblables qui vous voient et me disent qu'ils vous voient comme moi.
Vous vous peignez en nos esprits avec des couleurs qui sont tout ce que nous connaissons d'abord de vous. Vous existez peut-être en dehors de tous les hommes et de moi. Que pouvez-vous être en réalité, êtres charmants et insensibles dont la rencontre éveille en moi une idée, mais dont je ne connaîtrai jamais que cette idée? Êtes-vous
cent fois plus beaux, plus lumineux, plus parfumés?
Ne peut-on faire autre chose que vous toucher, vous voir, vous écouter, vous sentir? N'est-il pas de sens plus puissants, ou bien d'autres sens, d'autres portes ouvertes sur votre monde? Que puis-je pour vous connaître? Je ne vous connais pas. Je ne connais que mes idées, mes cinq idées fournies par mes cinq sens. Et vous, pourtant, que seriez-vous sans moi ?
Qu'est-ce que votre forme non vue, votre solidité non touchée, votre parfum non senti?
L'esprit éteint, rentrez-vous dans le néant?
Les étoiles brillantes et blanches que nous regardons pendant une nuit d'été, existent-elles hors de nos yeux et sont-elles autres que nos yeux ne les voient? Le phénomène de cette vision nous paraît (Hre un merveilleux accord entre le dedans de nous-mêmes et ce que nous croyons hors de nous. Harmonie divine entre la beauté des choses et l'âme qui les perçoit : voilà l'homme et le monde. L'homme est-il seul? La joie qu'il croit née d'une rencontre entre son esprit et le monde estelle tout entière issue de son esprit? Est-ce un concert, ou bien un unisson? C'est un concert entre l'âme sensible et la belle et inintelligente nature.
L'idée est du côté de Fâme. Néanmoins, la même âme, usant des notions pures qu'elle possède, faisant abstraction des sons, parfums, couleurs dont ses sens sont remplis, mettant à profit l'expérience, se démontre à elle-même qu'elle ne vit pas dans un rêve;. elle rompt le charme de l'idéalisme, et avec l'aide de la raison, reconstruit le monde extérieur.
Au xviii 6 siècle, les doutes élevés au sujet de la réalité du monde extérieur ont troublé même les encyclopédistes français. « Je me sens tenté, disait d'Alembert, de penser que tout ce que nous voyons n'est qu'une illusion des sens, et qu'il n'existe rien en dehors de nous qui corresponde à ce que nous
crovons voir \ »
« Que dirons-nous, s'écriait le baron d'Holbach, d'un Berkeley qui prétend que tout dans ce monde n'est qu'une illusion chimérique, que l'univers entier n'existe que dans nous-mêmes et dans notre imagination et qui rend l'existence de toutes choses problématiqueàl'aidedesophismes insolubles pour tous ceux qui soutiennent la spiritualité de l'âme? »
Mais comme le fait observer fort à propos l'historien Lange, d'Holbach oublie de nous dire com-