Traité de la connaissance humaine
fiance excessive en l'universelle puissance de ses lois; on aurait tort de conclure que l'idéaliste Berkeley fut un psychologue aveugle, tout adonné à l'observation des phénomènes intérieurs et dédaigneux du monde physique.
Il aimait la nature, le poète qui écrit cette belle page:
« Regarde : les champs ne sont-ils pas couverts d'une charmante verdure? N'est-il pas dans les forêts et les bosquets, les rivières et les sources claires, quelque chose qui adoucit, ravit, transporte l'âme? A la vue du grand et profond Océan, ou de quelque énorme montagne, dont la tête s'enveloppe de nuages, nos esprits ne sont-ils pas saisis d'un frémissement délicieux?... Quelle joie sincère est la joie de comprendre les beautés naturelles de la terre 1 ! »
Déclarer que le monde n'existe pas, sinon dans notre esprit et que nous marchons au milieu d'un rêve, c'est s'enfermer en soi-même et ne se fier qu'à des raisonnements abstraits. Berkeley semble avoir à cœur d'éviter le reproche; constamment il nous ramène à la matière et nous la remet sous les yeux. Il lui refuse une existence séparée de l'âme qui la perçoit; mais il l'aime comme une belle