‹ Le monde extérieurChapitre 4 sur 54 · Cité par Berthelot Histoire de l'alchimie, p · texte numérisé non relu

Cité par Berthelot Histoire de l'alchimie, p

« Il est grand, disait-il, il est fort; il est éternel et impérissable, et il est plein d ! idées\

« Il produit tout, pénètre partout, dispose toutes choses, est dans toutes choses, et il n'y a rien qui ne participe à sa nature. Tout change car il est lui-même variable. Chaud ou froid, sec ou ruisselant, serein ou tourmenté par la tempête, lumineux ou sombre, jamais il ne produit sur nos sens les mêmes effets. Telle notre pensée change a l'infini et passe par tous les contraires. »

Voici les rêveries que Diogène d'ApolIonie ajoutait au système d'Anaximène; croyant, d'ailleurs, comme son maître, que la terre n'était que de l'air refroidi et condensé ; que la terre en se refroidissant avait repoussé loin d'elle les parties légères devenues soleil, étoiles et tous les feux du ciel; imlin que l'air est le principe des corps vivants et la source de leur vie. La semence animale, le sang sont écumeux : ils contiennent de l'air. L'âme des bêles n'est qu'un peu d'air chaud ; l'âme des hommes un peu d'air plus chaud ; et l'abîme intellectuel qui sépare un homme d'un autre n'est qu'une différence de température. Un objet physique agit-il sur nos organes? Il ébranle

l'air qu'ils contiennent et une perception a lieu. La pensée n'est que le rapide souffle de l'air à travers le sang. Elle naît dans le cœur, qui en est le véritable siège.

Ainsi les naturalistes ont fait tantôt de Pair, tantôt de l'eau le principe universel.

Heraclite, dit saint Thomas, tenait pour le feu; Personne n'a pensé à la terre, propter ej as grossitiem\

Bien des siècles se sont écoulés entre le temps où vivaient ces physiciens primitifs. Les noms des choses ont changé : on ne parle plus des trois éléments : air, eau, et terre ; mais on enseigne maintenant que tous les corgs passent par les trois états : gazeux, liquide et solide. Il n'y a point, à la vérité, d'état qui réponde au quatrième élément, le feu ; la science a renoncé à cette idée fausse, qui l'a longtemps gênée et retardée.

Des opinions qui ont eu cours parmi les physiciens de l'antiquité sont aujourd'hui fort en faveur. Nous voulons parler de l'atomisme de Leucippe Démocrite, et Epicure. Et nous n'en voulons dire ici que quelques mots, devant essayer de ce système, dans un chapitre ultérieur, une étude un peu plus complète.

i. Saint Thomas. Lect. II.

DBNY8 COCHIN. 4

Cette nouvelle cosmogonie offre moins d'attraits à l'imagination que celle d'Empédocle.

Plus de sphère transparente des eaux, plus de sphère éclatante du feu enveloppant la terre, et tournant autour d'elle d'un mouvement réglé par l'amour. Mais des atomes tombant à travers l'espace sans limites, pendant l'infinité du temps. Plus de puissances morales ; mais de simples lois mécaniques, inhérentes à la matière éternelle.

D'où vient le mouvement dont cette matière est animée? Leucippe, Démocrile répudient le divin moteur auquel croyait Anaxagore. Mais comme les matérialistes qui les ont suivis, ils s'expliquaient peu volontiers, à propos des causes premières.

Ils s'occupaient seulement de répondre aux objections des mécaniciens. Si la chute des atomes avait ressemblé à celle des gouttes de pluie que nous voyons souvent rayer le ciel en lignes parallèles, ces atomes ne se seraient jamais rencontrés; et l'Univers en puissance, mais irréalisable, aurait continué pendant l'éternité à tomber comme une buée imperceptible à travers l'espace sans bornes.

Démocrile suppose que tous les atomes n'étaient pas de même taille. H y en avait de

HISTOIKE 51

grands et de petits. On voit qu'il ne s'agit pas ici d'atomes sans dimensions, tels que peut les concevoir un philosophe, croyant à l'infinie divisibilité de la matière; mais bien d'atomes tels que les entendent les chimistes de nos jours. Ce sont de très petits volumes de matière, beaucoup trop petits pour être perçus par nos sens, mais ayant une certaine grandeur définie.

Démocrite attribuait aux atomes des formes différentes, de même que des dimensions différentes. Leur nombre était infini, l'étendue de l'espace vide l'étant aussi. Ces atomes, de grandeur et de formes variées, devaient se croiser et se choquer. Ce n'était plus une pluie, aux lignes parallèles : c'était la danse capricieuse des flocons déneige. Démocrite distinguait trois mouvements : mouvement en ligne droite, mouvement oscillatoire ou de va-et-vient ; mouvement circulaire et tourbillons.

A ce système adopté dans son entier, Epicure ajouta la notion du poids des atomes, pensant, bien à tort, que ce poids des atomes suffirait à expliquer l'origine première du mouvement!

Ce qui semble nouveau dans l'atomisme, c'est l'idée de séparer les particules de la matière ; c'est l'idée du plein et du vide. Les vieux naturalistes, Thaïes, Anaximandre, Diogène d'Apollonie

52 LE MONDE EXTÉUIEUR

croyaient l'Univers plein de matière subtile : les astres étaient, à leurs yeux, des globes de substance ignée, non isolés dans l'espace, mais formés et suspendus dans l'éther.

Les philosophes brahmanes comptent en général l'éther, qui remplit les vides de l'univers, au nombre des éléments. Les Bouddhistes, venus plus tard, n'en parlent point. Avaient-ils renoncé à l'hypothèse d'un univers entièrement plein * ?

Cette hypothèse est très étrange, contraire à nos premières sensations; car nous voyons tous les objets, les arbres et les rochers de la terre, les astres du ciel se dessiner dans le vide. Un objet n'a pour nous une forme, que par opposition au vide qui semble régner autour de lui. Cependant l'antiquité de cette opinion est constante.

' é que l'univers était

jr une outre gonflée, distance et la maté-

par des vides, Leu-

ada était atomiste comme b croyait pas l'univers plein, plein d'une matière qui ne îxistent des particules, des nous. — L'alomisme comnais ce n'est pas nécessaire.

cippe Démocriteet Epicure proposaient donc une nouvelle conception du monde. Leur système a été célébré par Lucrèce, poète de la toute-puissante nature et de la matière féconde. A ce système, les matérialistes ne se sont pas seuls attachés dans la suite. Gassendi qui entendait rester bon chrétien, tout en étant atomiste, déclarait les atomes créés, et leur nombre fini. Ils seraient apparus un jour, suspendus dans l'espace comme un essaim dans l'air... Mais, comme nous le disions, il faut ajourner cet exposé. On verra plus loin comment le système a été repris de nos jours, développé, mais non modifié dans ses principes; et quelle prodigieuse fortune il a trouvé auprès des chimistes et des physiciens, en peine d'expliquer les combinaisons des corps, suivant des relations constantes de poids et de volume.

On verra aussi comment l'atomisme est conciliable avec l'idée de l'univers plein.

Ici, où nous n'avons garde d'entreprendre une histoire de la philosophie, nous avons voulu, pour l'objet qui nous intéresse, le monde extérieur, donner un aperçu des opinions des philosophes naturalistes de l'antiquité; et placer maintenant en regard deux ou trois exemples des systèmes c çus par les métaphysiciens. L'état d'esprit des \ et des autres est fort différent. Les premiers

sont restés à ce que M. Ludwig Noire appelait Fobjectivisme naïf. Brusquement, les seconds font abstraction du témoignage des sens, et renoncent aux opinions ordinaires. Ils cherchent la vérité dans le raisonnement : lui seul les dirige, et ils ne s'effraient jamais, même s'il les conduit à affirmer l'unité de la substance, ou à nier le mouvement. Ils suivent hardiment le cours des déductions, quelle que soit l'extrémité où le raisonnement les entraîne.

Pour eux, la terre, l'air, l'eau, le feu ne sont point des éléments, mais des formes sensibles : l'univers entier n'est qu'un ensemble d'apparences trompeuses, et la substance cachée sous ces apparences est une et immobile. Ils aboutissent quelquefois aussi à une conclusion tout opposée. « Les Éléates, dit M. Boutroux 1 , ont soutenu que l'être est effectivement identique et exempt de contradiction ; mais à un tel système l'histoire de la philosophie oppose celui de Hegel pour qui la nature intime des choses est, au contraire, la contradiction et la lutte inévitable. »

Quoi qu'il en soit, nous avons voulu, en regard des païens et des naturalistes, citer des penseurs, Pythagore, Parménide, Spinoza. Pythagore, le

Page 1