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CHAPITRE VII

Dans lequel Iwan se voit chargti, d son grand regret, do trois commissions, toutcs plus impossibles les unes que les autres.

ous vous laissons k juger de la joie du tsar. Comptant^ur Texactitude du critin, il avait fait preparer un appartemeat pour celle qu*il nommait d6ji sa fiancee. Son impatience itait si yive, qu'oubliant son rang et Titiquette, il alia au-devant d*elle jusqu'au haut du grand escalier, et laprenant par la main, il la conduisit avec infiniment de soins et de galanterie dans le boudoir qu'il lui destinait.

Ce pauvre tsar n' avait plus sa tSte. L' amour avait vid6 son carquois i son intention. Cependant il eut encore assez de presence d' esprit pour se jeter aux picds de la Princesse le plus lestement possible et lui tenir, au milieu de serments passionnfes, un discours dont nous nous bomerons i vous donner la substance, attendu que les paroles d'amour paraissent toujours fort stupides quand elles tombent dans des oreilles froides, et c'est dans ce sentiment-

LE PETIT CHEVAL BOSSU

li que je vous suppose, cher lecteur, au moment oil vous tenez les aventures de mon h^ros.

Done, il 6tait clair pour la Princesse que le tsar n'avait que des vues legitimes et proposait la moiti6 de son trdne en ^change de la possession de tant de charmes.

— Oui, je le jure, biche adorable et adorie, dit-il en terminant, Tamour puisfe dans ta prunelle incendiaire me consumera, si tu n'y mets ordre. Consens, consens, nous nous marierons dimanche ou plus tdtmSme si tu le veux.

Prenant le silence de la Princesse pour un consentement, d'aprfes le proverbe si connu, le tsar ^tendit les bras pour enlacer la taille souple de sa divine fepousie. Mais, d'un geste plein de digniti, elle enfaya son 41an, et le coup d'oeil qu'elle lui jeta fut tout i la fois si noble et si touchant, qu'il tomba i genoux devant elle, r6p6tant avec I'accent le plus tendre et le plus respectueux tout ^ la fois :

— Nous nous marierons dimanche ! nq^j nous marierons dimanche!. . La Princesse ne rfepondit que par un soupir, mais cette 61oquente protestation muette transper^a le coeur de Tamoureux vieillard.

— Oil va ce soupir? Prfes d'un rival sans doute.

— Je n'aime personne, dit enfin la Princesse rompant le silence gard^ par elle jusque-li. Mais je ne puis croire Ji la v6rit6 de ta passion.

— Ordonne... mets-moi i Tipreuve 1...

— Si tu veux que je croie k ton divouement, il faut que dans trois jours je sois en possession de ma bague.

— Tu Tauras. Oii la faut-il aller chercher?

— Au fond de la mer.

— C'est un peu loin, mais il n'importe. Avant que le soleil ait trois fois descendu son char dans TOcian, ton souhait sera accompli. HolJi!... ajoutat-il en se relevant et en allant soulever la courtine de damas brochi or et $oie qui fermait Tentr^e du boudoir, qu'on aille me qu6rir le piqueur Iwaa!,,.

Celui-ci, qui croyait 6tre quitte avec le tsar, arriva de cet air 6bahi qui distingue en g^n^ral les: gens ^ qui Ton adresse un commandement auquel ils ne s'attendaient gu^e.

— Tu vas t'en aller au fond de la mer, lui dit le tsar aussi tranquillement que s'il eAt envoyi chercher son mouchoir sous son trav^rsin, Tu vas t'en aller au fond de la mer; tu y trouveras une bague, tu la rapporteras k la Princesse, nous en avons besoin pour nous marier. C'est pressi, comme tu vois. Tu as trois jours!...

— Ah fi! mais 5a devient abusif, rognonna Iwan. J'arrive i peine...

— Miserable!... tu te permets, je crois, de raisonner quand il s'agit de rh3mien de ton tsar et qu'il est impatient de conclure. Choisis : rapporte la bague, et je te fais boyard; sinon, reste coi, et je te fais pendre.

Iwan, d6cid6 par cette gracieuse alternative, se disposait ^ partir, quand un geste de la Princesse Tarr^ta,

LE MONDE FANTASTiaUE ILLUSTr6.

— fecoute, dit-elle : En passant pour aller chercher ma bague.,. — c'est sur ton chemin, cela ne te dferangera pas... — tu iras de ma part demandei k ma mfere pourquoi depuis trois nuits je ne Tai pas vue, k mon frire pourquoi depuis trois jours il se cache de moi.

— Je n'y manquerai certainement pas, repondit Iwan, mais encore faut-il que je sache chez qui il faut que j'aille... Qui est madame votre mfere?... Qpi est monsieur votre frfere ?...

— Sagement pensi. Ma mire, c'est la Lune!... mon frire est le Soleil!...

— L^... Maintenant, tu sais tout ce que tu dois savoir, file !... crie le tsar au critin, qui tout naturellement s'en va vers son bossu.

Le vpyant arriver Toreille basse, celui-ci relive les siennes :

— Q.u'as-tu encore? demande-t-il.

— H61as !... je ne suis pas au bout de mon rouleau. Le tsar veut se marier avec cette petite maigrelette... II faut que j'aille lui chercher sa bague au fond de la mer ; et pour cela, j'ai trois jours, pas plus ! . . . Ah ! j*oubliais que je dois aussi aller de sa part tirer ma rfevirence k monsieur le Soleil et madame la Lune.

— Ce n'est pas la mer Jt boire, riplique le petit cheval, nous verrons k te tirer de li. Va dormir tout ton soAl, et demain il fera jour; nous verrons ce que nous aurons i faire.

Tranquillis6 par cefte bonne promesse et trfes-confiant dans le pouvoir de son poulain, duquel en sommc, il eAt eu grand tort de douter, Iwan alia se mettre au lit, se riveilla au premier coup de cloche, fit sa provision d'oignons verts, — un grand rigal, comme on sait, pour le paysan russe, — et bien entortill6 dans sa pelisse, il partit... Mais, si vous le voulez bien, nous prendrons haleine avant de savoir comment il parvint i se tirer d' affaire.

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