‹ Le Monde fantastiqueChapitre 13 sur 104 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Oil Ton voit que Teau bouillante agit difF(^remment sur les crdtins que sur les tsars.

ais les ipreuves dlwan n'6taient pas finies. II tentait vainement de soulever cette maudite cassette. Et si Ton se rappelle que les efforts riunis de tous les harengs du monde y avaicnt 6chou6, on ne sera certes pas surpris de voir le malheureux cr6tin prendre des peines inutiles. Le bossu se reveille. — II dormait aussi, Tavons-nous dit?...

— Que fais-tu done, maitre ? tu musardes et le temps nous presse ; demain expire le terme qui te fut assign^, et nous n'y sommes pas.

— Je le sais bien, mon cher bossu... Mais quand les cinq cents diables seraient au fond de ce maudit coffre, il ne serait pas plus lourd.

— Ne suis-)fi pas li ? et pourquoi ne songes-tu pas h me demander ce service ?

— Puis-je penser que ton ch6tif individu soulfevera un poids que mon bras ne peut pas mfeme faire bouger ?

Sans lui ripondre, le petit cheval baisse ses longues oreilles jusqu'Ji Tanneau fichi au haut du coffre, soulfeve auSsi ais6ment qu'il e6t fait d'un fitu de paille le tr^sor qu'ils 6taient venus chercher, le place sur son dos en ayant soin de laisser une place pour son cavalier, et regarde celui-ci d'un air doucettement railleur.

Iwan, Foreille basse^ saute sur sa monture. Le bossu part au grandissime triple galop.

Le dernier coup de cloche de la dernifere heure du dernier jour s'iteignait dans Tespace juste au moment ou le cr6tin disait au tzar que son ordre avait 6t6 ex6cut6.

— Apporte ! dit le tzar d'un ton bref.

— Plus facile k dire qu'Ji faire ! reprend Iwan.

Quinze cents hommes, sur son signe, transportent la cassette dans la chambre imp6riale, tandis que Tamoureux tzar court aussi vite que le lui permettent ses vieilles jambes au boudoir de la princesse Oc6anie.

— Demain nous serons unis, doux agneau ! s'icrie-t-il ; ta bague est en notre pouvoir.

— Pourquoi demain ? n'est-ce pas bien prompt ?

— Mais ne sais-tu pas h quel point je t' adore?... Si tu mets encore des blitons dans les roues de mon amour, j'en mourrai.

tes chesvelure; s treniest courenritre

e, et je

li existe plus eh

tu SOIS &e DOur

Unc onibrc IdgC'ti

a prts du dorn

ir lui. (Page }6.J

tenter Ic premier cettc eprcuve, aviuit de savoir si clle doit riussir. Quand

j'aurai vu I'effet sur toi, je me risquerai.

' — Ah! bien! celle-ci passe toutes les autres... Rajeunis tant que tu vou-

i dras, je nc me ferai pas bouillir pour ton bon pkisir.

34 LE PETIT CHEVAL BOSSU

— Je ne t'ai pas dit tout cela pour te demander si celate convenait, il suffit que je le Veuille pour que cela se fasse. A domain.

Vous devinez, j'imagine, qui le cretin va trouver.

— Pour cette fois, je n*en rfechapperai pas, mon pauvre bossu. Le tzar ne s'avise-t-il pas de vouloir redevenir jeune, et pour cela il me faut passer par trois marmites de lait bouillant, d'eau chaude et d'eau glacee. Bouilii ougeli, voili ma destinie.

— Pour cette fois, ripond le petit cheval, voili un reel service. Fais tout ce que Ton te commande. Demain, quAid tu seras tout nu et pr^t i entrer dans la marmite, demande au tzar la permission de me dire adieu. II y consentira. J'arriverai alors, et,., tu verras ce qui s'ensuivra.

Le lendemain matin, le bossu vient r6veiller son maitre et Tenvoie suria grand'place, oii se trouvaient ranges autour des trois tripieds portant les trois marmites, non-seulement toute la cour du tzar, mais encore tous les gens du chateau et de plus les flaneurs de la ville. Une estrade avait 6te dressee, sur laquelle le tzar et la princesse venaient de prendre place quand Iwan descendit nu-pieds et en chemise d'un air moitii rechigne, moitii risigni.

Inutile de dire que la Princesse avait baiss6 son voile pour ne pas voir cct homme k demi nu.

Iwan itait done li, regardant du coin de Toeil les vapeurs peu rassurantes qui s'6chappaient des marmites.

— Qu'attends-tu ? lui crie le tzar.

— Je suis d6cid6, maitre, et n'attends plus qu'une grice. Permets que jc prenne conge de mon pauvre petit cheval bossu.

Le tzar y consent. On va chercher le petit cheval, qui, au lieu, comme on s'y attendait, de venir i son cretin, va galoper autour des chaudiferes, y trempe k deux reprises sa queue et sa crinifere, qu'il secoue ensuite sur Iwan.

Iwan dte risolAment sa chemise et se jette dans le lait. Du lait, il passe dans Teau chaude; de Teau chaude, selon le programme, il va piquer une tete dans Teau glac&e.

II en sort. L'assemblfee entitre s'unitdans un cri unanime de surprise.

Iwan 6tait devenu beau, iligant, resplendissant; uneforet do cheveux boucl6s retombait gracieusement sur un large front exprimant la franchise et le courage.

Le tzar, encouragi triplement par cette apparition, envoic a droite et i gauche ses habits imp6riaux, qu'il arrache vivement. II grimpe sur le tripled, se jette la t6te la premifcre dans le lait bouillant, et... plus rien jamais de lui n apparut sur la terre, hors son unique mfeche de cheveux gris que Ton repScha dans la chaudi&re quand le lait fut refroidi*

Le bossu n'avait pas fait sa visite prialable.

Ai-je besoin d'ajouter que la Princesse 6pousa l*ex-critin, qu'elle fit tzar ?

Quant aux noces, elles furent splendides. Ce qu'on y but de vin, de bifere, d'hydromel, je ne saurais le calculer, bien que j'aie assist^ i ce festin royal,

— en songe, il est vrai, — ct voyant passer sous mon nez, sans que ma moustache s'y mouHlat, les coupes, les hanaps pleins jusqu'aux bords et qui portferent I'ivresse dans lous les cerveaux.

Le petit cheval bossu lui-mSme n'^tait pas de sang-froid.

Iwan, transform^, n'avait garde de boire. II ne s'enivrait que de la beaut^ de I'ipousie, laquelle n'avait de regards que pour lui.

Heureux amants ! heureux ^poux !

Qji'il vous en arrive autant k tous cl i touies. C'est bien du fond du coeur que je vous le souhaite.

■|T CHEVAL BOSSU

Page 1