CHAPITRE PREMIER
La Bichc.
ur le versant oriental d'une des plus sauvages montagnes des AIpes> le jeune berger Filicio avait conduit et gardait scs chivres. Les premiers rayons du jour se montraient k peine et faisaient itinceler les perles que la nuit depose h, la pointe des herbes. Appuyi contre un arbre, F61icio tira de sa paneti^re une petite flfite de buis, et il s'apprStait i faire redire ^ Ykcho quelques airs champfetres, lorsqu'il crut entendre des gemissements 6toufF6s sortir d*un ravin profond qui s'ouvrait k quelques pas de lui. S'itant approch6 jusqu'au bord du rocher, il prfeta I'oreille et per^ut distinctement des cris plaintifs.
— C'est sans doute, pensa-t-il, un voyageur qui, fegarfe la nuit dans nos montagnes, sera tombd au fond de ce goufFre.
Aussitdt il remplit d'un lait pur la gourde suspendue i son flanc> il prend son bdton ferri, et comme tous les sentiers de cette iprCvContrie lui sent connus, et que son pied est aussi sfir que celui de ses ch^vres, il descend presque en courant les pentes escarpies ; en moins d'un quart d'heure il arrive au fond du precipice. Li, il trouve itendue au pied des rochers, une petite biche blessfee, qui bramait lamentablement, et dont les cris douloureux lui avaient paru, entendus d'en haut, ceux d'une voix humaine. Touchi de pitii, Ffelicio s'agenouilla prfes de la pauvre bSte, et, versant de sa gourde un peu de lait dans le creux de sa main, il le prisenta i h biche qui but avec bien de la peine, car elle 6tait couchie sur le c6t6 et ne peuvait se bouger. La gourde une fois vid6e, F61icio se mit en devoir d'extrairevjune longue flfeche qui 6tait restie attachie i I'un des flancs du pauvre animal; II s'y reprit a plusieurs fois : la fl^che £tait arm6e d'un fer recourbi et s'itait bris^cd^ns la plaie; mais il mit tant de patience et d'adresse, qu'il parvint -a la ddgager. Cela fait, il courut vers une source d'eau vive jaillissant d'une roche voisine ; il y remplit sa gourde, et revint laver la blessure de la biche, qui tournait sur lui des yeux pleins de reconnaissance, et lui 16chaitles mains.
Le plus difficile restait k faire.
— Si je te laisse ici, ma petite amie, dit Filicio, avant que tes forces soient revenues, tu deviendras la proie des loups et des ours de la montagne; mais je ne t'abandonnerai pas. Je veux tenter du moins de te porter jusqu'i Tendroit OU paissent mes ch^vres, et de li, quand le soir sera venu, avec Taide d'un de mes compagnons, je te transporterai sur un brancard au village.
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LE MONDE FANTASTiaUE ILLUSTRE. IO7
Ayant ainsi parl6, il chargea avec precaution la biche sur ses 6paules ; et, s'aidant de son biton, il se mit a gravir ['abrupt et rude sentier de la montagne.
L'entreprise fetait difficile. Plusieurs fois Ffelicio fut obligi de s'arreter pour se reposer. II cheminait lentement, craignant qu'une niarche plus rapide et des raouvements trop brusques ne fissent soufFrir la pauvre bfite. A chaque instant, des quaniers de roc le forgaient i faire dc longs ditours. Tout autre que F6licio se (in rebut6, mais son courage 6tait i toute ^preuve. II employa
plusieurs heures k cette p6nible ascension, et atteignit enfin le plateau d'oii il itait parti.