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CHAPITRE II

La F^e.

6licio diposa son cher fardeau au pied d'un chSne. II essuya la sueur qui baignait son front, et prenant dans sa paneti&re un gros morceau de pain bis, il se mit k le divorer.

La biche avait refusi de prendre sa part et s'itait contentie d'un peu de lait.

Le soleil 6tait alors dans toute sa force. Accabl6 de fatigue et vaincu par la chaleur, le jeune berger s'6tendit Ji I'ombre auprfes de sa prot6g6e, qu'il caressa de la main, et bientdt il s'endormit profond^ment.

Pendant son sommeil, il eut une vision : il luisemblait qu'une dame jeune et belle se tenait debout devant lui. EUe 6tait vfetue d'une robe de gaze de couleur fauve, rayfee de lames d' argent. Une couronne de verveine blanche ceignait ses beaux cheveux, qui retombaient en boucles sur ses ipaules. Sa d-marche 6tait noble et imposante, mais dans ses yeux bleus respirait une bont6 cfeleste.-

— Filicio, lui disait-elle d'une voix pleine de douceur, tu m'as sauv6 la vie. Je suis la f6e Bichette. Comme mes soeurs, les autres f6es, une loi rigoureuse du destin m'astreint tons les sept ans k passer sept jours entiers sous la forme d'un animal; et, tant que dure cette metamorphose, nous sommes soumises i tous les accidents de la vie terrestre, m6me i la mort. Changie en biche, je m'ibattais hier dans la forSt voisine, quand une meute cruelle me donna la chasse. Pour me ddrober i sa poursuite, je voulus franchir le precipice qui s'ouvre h quelques pas d'ici; mais, au milieu de mon 61an, je me sentis atteinte par la fl^che d'un chasseur, et je tombai au fond du goufFre. Les chasseurs n'osferent y descendre et ils rappelferent leurs chiens, dont j'entendis encore longtemps les cris firoces. J'eus i souffrir toute la nuit d'une soif ardente et de la blessure qui me. d^chirait le flanc. Je serais morte i cette heure, si ton bon c.oeur ne t'efit ameni vers moi, et si, par ton ingfenieuse

adresse, tu nc fusses parvenu i me dilivrer de cet horrible fer qui enflatnmait mon sang et me causait d'atroces douleurs. Maintenant que le sepd^me jour de ma transformation vient d'expirer, et que j'ai repris ma forme et ma puissance de f6e, je veux, ami, te t^moigner ma gratitude. Prends cette petite fliite de cristal : toutes les fois que tu en tireras des sons, je serai prfes de toi, ct tu n'invoqueras pas mon assistance en vain.

Ayant ainsi parI6, elle frappa dans ses mains. A ce signal, un cerf d'une blancheur iblouissante, dont les comes dor6es itaient enlac^es de guirlandes de fleurs, accourut en bondissant et s'arrfeta devant elle. La ihe s'ilanga avec grftce sur son dos, salua de la main Ffelicio, et disparut bientdt dans la forfet.

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