CHAPITRE III
La Fliite enchantie.
i^licio se r^veilla et fut bien surpris de ne plus trouver la biche k son [c6t6; mais sa surprise redoubla, quand il aper(;ut pr^s de lui surle igazon une flftte en cristal,. exactement semblable i celle que la fee lui avait montrie dans son r6ve. II la prit et Tappliqua i sa bouche. II en sortit des sons si milodieux que ses chfevres, qui s'etaient dispersies dans les roches buissonneuses, accoururent toutes et se mirent h, cabrioler autour de lui ; les chevreaux bondissaient et se livraient i mille jeux folltres. Enfin un vieux bouc, nomm6 Bocco, la terreur de ses rivaux, et dont le regard louche et mena^ant s'adoucit pour la premifere fois, se dressa sur ses pieds de derrifcre et dansa une sarabande de la meilleure gr^ce du monde.
F^icio retourna au logis en jouant de I'instrument feerique. Tous les oiseaux des environs Taccompagnaient de leur ramage, et voletaient de buisson en buisson sur son passage. Quand il fut prfes du village, deux voisines qui se disputaient et fetaient pretes i se prendre auxcheveux, s'embrassferentles larmes aux yeux, et se jurferent une 6ternelle amitii. Tous les jeunes gar^ons, toutes les jeunes fiUes sortaient dans les rues en chantant et en dansant. Dfes qu'il futentrfe dans la cour.de la ferme, les valets et les servantes, abandonnant soudain leurs travaux, se prirent par la main et formferent une ronde k laquelle vint bient6t se mSler toute la jeunesse du village. Dame Marguerite ellemfeme, la vigilante fermifere qu'on n'avait jamais vue sourire, prit la main de maltre Mathurin, gros fermier du voisinage, entra avec lui au milieu de la ronde, et fit une vingtaine de tours de valse, en pirouettant sur elle-mfeme, k la manifere allemande. Oubliant sa parcimonie ordinaire, elle fit monter de la cave un tonneau de vin, et ofFrit g6n6reuscment k boire aux danseurs. La f&te se prolongea pendant une partie de la nuit. Cependant les poulains hennissaient de joie, les chevaux piafFaient, les veaux se culbutaient, les agneaux
LE MONDE FANTASTiaUE ILLUSTR^.
bondissaient, les poules coquetaient, les pigeons roucoulaient, et les moineaux r6veill6s pierrotaient sur le ,bord des toits, et timoignaient, par le battement de leurs ailes, la part qu'ils prenaient k Talligresse g^n^rale.