CHAPITRE IV
Lc Depart.
endant le reste de la nuit, Filicio ne dormit guire : les 6v6nements de la journie, surtoutles merveilles produites par safldte, occupaient son esprit. SAr de la protection de la fte, il prit la resolution de voyager. II n'itait i la ferme qu'un p&tre \ gages. Fils d'un pauvre officier pi6montais, mort au service de TAutriche, il avait vu sa bonne mfere expirer dans ses bras ; et, se trouvant sans ressources, il 6tait entri au service de dame Marguerite, veuve riche, d'un caractfere dur et despotique, qui cependant avait toujours traiti I'orphelin avec bonti, parce qu'elle avait connu sa m6re, et que, d'ailleurs, il mettait beaucoup de zfele et d'exactitude i remplir ses devoirs.
F^licio se leva de bonne heure, et fit part i dame Marguerite de I'intention ou il itait de la quitter pour courir le monde. La digne matrone ne combattit que faiblement ses projets. EUe itait encore toute honteuse de ses pirouettes de la veille, et craignant que la ftte de la nuit demifere ne se renouveUt au detriment de sa reputation et surtout de sa cave, elle donna i Filicio d'excellents conseils sur la conduite qu'il aurait k tenir dans le nionde, lui remit son petit picule, y ajouta deux pieces d'or, Tembrassa, le conduisit jusqu'i la pone de la ferme, et le poussa doucement dehors, en lui souhaitant toutcs sortes de prospiritis.
Filicio fut d'abord un peu 6tourdi de ce brusque cong6 ; mais le grand air, lebeau soleil,'et I'indipendance qu'il venait de recouvrer, eurent bient6t ramen6 sa bonne humeur. Au premier village qu'il eut a traverser, il prit sa flute, et, dfes les premiers sons qu'il en tira, il vit I'alligresse s'epanouir sur tous les fronts, et la bienveillance sourire dans tous les yeux. Chacun vint lui offrir d'entrer dans sa maison pour s'y reposer et y prendre quelques rafraichissements. II n'eut que I'embarras du choix, et quand il demanda le prix de son dijeuner, les bonnes gens, qui I'avaient re?u, crurent qu'il se moquait, et ripondirent gracieusement que c'6tait i eux de le remercier pour la pr6f6rence qu'il leur avait accordie.
Nous n'entreprendrons pas de dicrire le voyage de notre hiros. II nous suffira de dire que partout il fut accueilli avec empressement, flatt^, caressi. Partout les sons cristallins de sa flAte ramenaient la paix dans les manages, la Concorde entre les voisins divis^s, appelaient la joie, la danse et les plaisirs.
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FJ^LICIO, OU LA FLUTE ENCHANT^E.
Plus de rixes, plus de propos grossiers, plus de proofs . La plus exquise politesse succ6dait k la rudesse des moeurs rustiques. Des rapports afTectueux s'^tablissaient, de doux liens se formaient ; les vrais amis, les vrais amaats s'en aimaient mieux, et les coeurs insensibles eux-mSmes iprouvaient pour la premiere fois la douceur des tendres sentiments.
Aprfes avoir travers6 une partie de I'ltalie, de la Suisse, du Tyrol et de TAllemagne , Filicio arriva un beau matin i un des sept chateaux du roi dc Boh&me. Ce prince y faisait alors sa residence. Li, les sons de la flute enchantie produisirent leur efFet ordinaire. A peine on les entendit, que pages, valets, marmitons, dames de compagnie, filles d'honneurs et cuisiniferes, se prfecipitferent sur I'esplanade du chateau et commencferent de joyeuses contredanses. Le suisse du palais, lui-m&me, figura dans un des quadrilles, en habit galonn^, et sa hallebarde k la main. Le bon roi de Boh&me, qui passait sa vie k regarder par la fen&tre, descendit k la hite, et oubliant son ige et son rang, dansa une pastourelle entre les deux plus jolies cam^ristes du chateau.