CHAPITRE IX
La Retraite.
e lendemain, quand la reine s'6veilla, il faisait grand jour. En ouvrant les yeux, elle fut fort surprise de ne plus se trouver dans la chambre 616gante oh elle s'itait couch6e la veille. Elle appela, personne ne vint. Aprfes avoir attendu longtemps, elle se d^cida ^ se lever et i s'habiller elle-m6me. Elle entr'ouvrit le contre-vent de sa chambre et fit alors Tejcamen de son nouvel appartement. Tout y 6tait de la plus grande simplicity ; les meubles de noyer, les rideaux de mousseline. Dans un cabinet attenant i la chambre, se trouvait tout ce qui est n6cessaire k la toilette, et des armoires pleines de linge fin. La reine ouvrit une porte et passa dans une salle k manger. Une petite table ronde sur laquelle un couvert itait mis, un buffet chargi de viandes froides, de confitures et de fruits, en composaient Tameublement. Plus loin, un cabinet d'6tude contenant une petite bibliothfeque, une harpe, un clavecin, des cahiers de musique, et, sur un bureau, des joumaux, des albums, du papier, des plumes, une icritoire.
De ce cabinet, une porte conduisait dans un jardin, peu 6tendu mais dessini avec go6t, et entouri de toutes parts par un bois de haute futaie.
Aprfes avoir fait plusieurs fois le tour de la maison et du jardin, sans rencontrer ime qui vive, la reine rentra dans la salle i manger, fit un dijeuner substantiel pour fetre mieux en 6tat de supporter la fatigue d'une longue route, et prit au hasard son chemin dans la forfet. II n'y avait aucune route tracie, et la reine ne savait de quel c6t6 elle devait se diriger, mais elle esp6rait qu'en marchant tou jours devant elle, elle serait bient6t hors du bois. Le premier paysan qu'elle rencontrerait alors pouvait la reconduire au chateau. Ellemarcha toute la journie, et la forfet paraissait n'avoir pas de terme. Vers le soir pourtant, elle apergut de loin une iclaircie qui lui parut fetre la lisifere du bois ; elle doubla le pas, mais quel fut son disappointement quand elle se trouva dansle petit jardin qu'elle avait quitti le matin. Harass6e de fatigue, elle rentra dans sa maisonnette, soupa de grand appitit et se coucha. Le lendemain, elle chercha i s'orienter, examina de quel c6t6 le soleil se levait, et se dit qu'en marchant toujonrs dans la mfeme direction, c'est-Ji-dire en ayant le matin le soleil i sa gauche, k midi en face et le soir i sa droite, elle ne retomberait plus dans Terreur de la veille. Elle se mit done courageusement en route, bien que ses pieds fussent gonflis et endoloris. Elle suivit fid^lement le plan qu'elle s'itait tract, ne s'arrfeta qu'une demi heure vers midi, pour se reposer h Tombre d'un vieux chfene et prendre quelques aliments dont elle s'ttait munie; puis, reprenant sa route, elle marcha jusqu'au soir. Elle aper^ut enfin distinctement la lisifcre du bois. Son coeur battit avec violence, un cri de joie s'6chappa de sa poitrine, mais son triomphe fut de courte dur6e. Ayant atteint
Il8 FELICIO, OU LA FLUTE ENCHANT^E,
le dernier arbre de la forfet, elle se trouva encore en face de sa maisonnette. EUe vit alors qu'elle itait le jouet de la fte, et que toutes ses tentatives d'6vasion seraient inutiles. Elle y renonga done et, risignie k attendre les 6v6nements, elle se promit bien de ne pas flichir.