CHAPITRE XI
Le Chalet.
n jour, vers Theure de midi, il arrivferent a un chalet situ6 sur la pente d'une montagne pittoresque.Un vieillard i barbe blanche, mais dont la haute taille n'itait pas courbie par le poids des annies, vint i leur rencontre.
— Mes enfants, leur dit-il, je vous attendais.
II les conduisit dans sa riante habitation. On s'assit i une table chargic de mets simples, mais abondants. Qiiand le repas fut termini, le vieillard prit la parole et leur dit :
— Je suis le berger Palimon ; depuis pris de cent ans, j'ai goillti le bonheur dans ce petit domaine, et maintenant que je me dispose k rejoindre mes pi res dans la tombe, je suis heureux de vous le laisser. Je n'ai pas d'enfants. Une bonne fie m'a appris vos aventures, et j'ai fait mes dispositions pour vous instituer mes seuls hiritiers.
f6licio, ou la flute encmantee.
Cela dit, et sans vouloir 6couter leurs remerclments et leurs refus,^ se leva et les engagea k le suivre, disirant leur montrer sa propriitfe. La maison, sans fetre vaste, 6tait commode et bien distribute ; le luxe n'y itait nuUe part, mais tout y 6tait d'une propretfe recherchfee. L' Stable renfermail six beiges vaches, dont trois allaitaient leurs veaux. Dans Ttcurie, deux chevaux de labour, et, dans la bergerie, une soixantaine de brebis, dont la laine ttait .d'une olanaheur tblouissante. La grange et les greniers regorgeaient de gerbes et defourrage. A la maison attenaient un jardin et un beau verger. On y voyait des ruches, autour desquelles bourdonnaient des milliers d*abeilles qui revenaient chargtes de buiin. Sur une coUine en amphithtifte, un petit vignoble dont les ceps itaient di^jk charges de grappes, quelques arpents de terre labourable couverts de*moissons dories et une prairie entourie de grands arbres, complitaient ce modeste domaine. De la maison et des jardins, la vue plongeait dans la valine et s'ttendait sur un lac, dont de jolis villages et des chateaux pittoresques couvraient les bords. L'horizon ttait borni dans le lointain par de hautes montagnes, dont les sommets couverts de neiges tternelles itincelaient de mlUe feux, et sur les flancs desquelles on voyait onduler, comme de longs rubans de moire, des ruisseaux dont les eaux ffecondes arrosaient les piturages de la valine avant de se rendre dans le lac.
Pendant le reste de la journ6e, le berger Pal6mon ne cessa d'entretenir F6Iicio de tous les details d'une exploitation agricole. II intiressa vivement Sim- plicie enlui racontant les moeurs des animaux domestiques, et les soinsi donner aux troupeaux, aux oiseaux de basse-cour et aux abeilles. Puis il leur park en souriant de sa mort prochaine, leur dit qu'il voulait que ses restes fussent dtposis dans le mfeme tombeau que sa femme, morte quelques annies auparavant, et qu'il allait rejoindre dans le ciel. Enfin il les conduisit i leur appartement et se retira.
Le lendemain, le sage vieillard itait mort. Filicio et Simplicie le pleurferent, et lui firent donner la sepulture i Tendroit qu'il avait dtsigni. lis se mirent en possession de son petit domaine. Alors seulement Filicio apprit k Simplicie que sa mfere vivait encore, et qu'ils avaient quitti la cour pour obiir i ses ordres. Simplicie en fut vivement affligie ; die tcrivit i sa mfere une lettre tendre et respectueuse, lui redemandant ses bonnes grJlces et la conjurant de ne pas la priver iternellement du plaisir de la revoir, elle et son excellent p^re.