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CHAPITRE II

Du tour que joua TefRfhanteur Spavento et de rap])arition de la f6e Flammiche.

^n grand feu bliilait dans la chemin^e de la cabane. Dans ce feu, se consumait un 'monceau d'6toffes qui accusait les formes d'une personne peletonn6e en boule, et si Tonn'eut pas su voir qu'il y avaitun corps li-dessous, un pied qui passait I'eAt assez fait comprendre.'Au:.milieude la chambre 6tait itendue une femme vfetue de riches habits. Un magiciien, avec sa grande robe et son bonnet pointu, 6tait agenouilli aupr^s d'ellfe. -La tSte de la femme itait fendue, et un gros marteau pos6 sur le plancher montrait assez comme ce malheur 6tait arrivi.

Le magicien tenait dans sa bouche un tuyau flexible, dont I'autre bout plongeait par I'ouverture dans la tSte de la femme. Aprfes avoir aspiri un instant, il introduisit vivement le tuyau dans une bouteille qu'il tenait renvers6e, il pressa, de sa main libre, la tfete qui pendait inerte, puis le tuyau d'un bout i I'autre, le retira de la bouteille, et boucha celle-ci avec soin.

— Li ! fit-il, et il se releva en ramassant ses outils. «#

II regarda du c6t^ de la fenfetre contre laquelle le prince tambourinait avec rage, et fit un geste qui voulait dire : « Un instant, done ! » Aprfes quoi il fit entendre un coup de sifilet. A ce bruit, le toit s'ouvrit, un des dragons attel6s

Je suis en efiet la fie FUmmiche, dii la dame de la cheminee. (Pagu ij;.)

ail chnr passa sa rete par le trou, son cou s'allongea dtmesurement. II prit I'enchanteur par la ceinture et I'enteva.

Poltronnet, en le voyant partir avec sa proie, poussa un cri de fureur, et Dondin, ^ qui cette retratte donnait de nouvelles forces, appUqua un violent

coup sur la vitre. Le carreau s'enfon^a et le bras passa au travers. Le prince introduisit son bras par I'ouverture, leva le loquet, poussa la crois6e, et sauta dans la charabre. Dondin le suivit.

Le premier soin de Poltronnet fut de courir k la dame qui gisait toujours sur le plancher. II lui releva la tete pour lui faire respirer des sels, et en la voyant en face :

— Grand Dieu ! cria-t-il, c'est elle !

— Qui ? fit Dondin.

— Elle ! la princesse Fleur-d'Esprit.

Au bout d'un instant, la princesse, ranim^e par les soins du prince, ouvrii les yeux et les promena autour d'elle d'un air 6gar6. Poltronnet lui park, lui disant les choses les plus propres Jl la rappeler i la vie, quand il fut arrachi i cette occupation par une exclamation de son 6cuver.

— Hou ! disait Dondin d'une voix sourde, hou ! et il 6tendit la main dans la direction de la cheminie.

Poltronnet regarda. Le paquet qu'il avait vu dans le feu 6tait compl6tement consume. La flamme dansait, p^tillait, se tordait, et le prince alLnt '•eporter ses yeux sur la princesse, lorsque, en regardant mieux, il vit les flan me" prendre une forme distincte et s' arranger de manifere i representor un? J .mj en robe rouge, qui se tenait debout au milieu du foyer.

— Pardon, Madame, dit Poltronnet, qui ne songeait qu'i une seule chose, il faut d'abord que je m'occupe de secourir cette princesse infortunie.

— Faites ! dit la dame.

Justement, en ce moment , la princesse allongeait les bras et remuait les livres.

— Oh!la, la!fit-elle.

— Remettez-vous, chfere princesse, dit Poltronnet en lui appliquant sur la tSte un baume que sa mfere lui avait donn6, et qui avait la vertu de reformer les blessures ; le danger est pass6, et vous n'avcz pr^s de vous qu'un prince qui vous adore !

— Ba, ba, ba, dit Fleur-d'Esprit d'une voix mfelodleuse, en essayant d'attraper la plume qui pendait sur le front du prince. .

— Monsieur, dit Ticuyer, il faut que vous vous trompiez, ou que la princesse Fleur-d'Esprit ne soit pas si spirituelle qu'on vous Ta assurt. Ce qu'elle dit h\ n'est pas tr^s-dr61e.

Poltronnet se livrait i son itonnement, en regardant la princesse qui s'amusait maintenant k faire tourner la moUette d'un de ses iperons, quand il fut tir6 de sa rSverie douloureuse par une voix partant de la chemin6e.

— Prince Poltronnet, disait cette voix, tu ne t'es pas tromp6. C'est bien li la princesse Fleur-d'Esprit, celle dont la renommie a porte par tout le monde la reputation d'e^t et de savoir. Mais elle vient de perdre ce qui I'a rendue si cilibre. Le m^chant enchanteur Spavento lui a vol6 son esprit.

— Et qa*en veut-il faire? dit le prince.

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— II a une fille belle comme le jour, mais sotte comme un panier, et il veut la rendre accomplie en lui donnant ce qu'il vient dp prendre i Fleurd'Esprit.

— II fallait Ten emp^cher, dit Poltronnet avec quelque aigreur. Vous qui fetes fte, i ce qu'il me paralt, vous pouviez bien prendre fait et cause pour une si aimable princesse !

— Je suis en eflfet la fte Flammfeche, dit la dame de la cheminie ; mais, h^Ias! je ne suis pas trfes-puissante, et je ne jouis pas souvent ni longtemps du peu de pouvoir que j'ai !

— Ainsi, reprit Poltronnet, il ne vous est pas possible de me servir de guide pour retrouver ce larron et pour lui reprendre ce qu'il a vol6 ?

— Non. Sit6t que ce feu sera 6teint, mon pouvoir de fie s'6teindra avec lui, je redeviendrai ce que j*4tais tout i Theure, c'est-i-dire la nourrice de cette belle jeune fille. Alors je ne me souviendrai plus de rien, et pour redevenir ce que tu me vols en ce moment, il faudrait que je fusse de nouveau briil6e vive. Aussi je vais profiter du peu de temps qui me reste pour t'indiquer les moyens d'arriver par toi-mfeme au but que tu desires. Je lis dans ton coeur que tu n'auras pas de repos avant d'avoir rendu ^ celle que tu aimes Tesprit que tu espirais trouver en elle, et que, pour y parvenir, tu ne craindrais pas d'affronter Ics plus grands dangers.

— Je ne dis pas que je n'aurai pas peur, dit Poltronnet; mais j'aurais encore bien plus peur de mourir de chagrin, si la charmante Fleur-d' Esprit reste priv6e de ce qui faisait son plus bel ornement. Parlez done.

— L'enchanteur Spavento, continua la f6e, demeure dans une cavernc prfes des sources de I'lndus. Pour arriver IJi, tu auras bien des pays k traverser, bien des dangers i courir.

— J'en triompherai! s'6cria le prince avec emhousiasme.

— Je le souhaite, et je Tespfere, grke aux moyens que je puis te foumir. Tu iras dans la forfet voisine. Li, tu chercheras un grand chfene d6couronn6 par la foudre; quand tu Tauras trouvi, tu y grimperas, jusqu'i ce que tu y rencontres une itroite ouverture qui traverse le tronc de part en part. Tu appliqueras ton ceil au trou, et tu verras un rocher situ6 pricisiment en face. Tu le regarderas attentivement pour le reconnaitre, et tu iras ensuite juste k Tendroit que tu auras vu. Tu frapperas k la porte trois fois, en disant : « Au nom de celle qui vit dans la flamme, ouvre-toi ! » Le rocher tournera sur sa base. Tu descendras un escalier de cent marches et tu trouveras un cheval, un sabre, un arc et des flfeches. Le cheval se nomme Agib, et il viendra quand tu Tappelleras par son nom. Je Tai animi d*un souffle immortel et dou6 d'une rapiditfe qiae rien n'igale. L'6p6e s'appelle Flamme-d'Acier : je Tai trempie moi-m4me, et elle coupe tout ce qu'elle touche. Ouant i Tare et aux flfeches, qui sont aussi mon ouvrage, ils ne manquent jamais leur but. Tu te souviendras ?

— Oui, madame, fit le prince.

— Adieu, maintenant, dit la fte, dont la voix allait s'affaiblissant. Bonne chance !

— Encore un mot !... dit Poltronnet, qui aurait voulu en savoir davantage. Mais la fte ne ripondit pas. La flamme jaillissait plus rare des tisons rouges,

et la forme, distincte tout i Theure, s'effa^ait graduellement. Une dernifere lueur s'^langa du foyer, et une voix i peine perceptible fit entendre ces mots:

— Souviens-toi !

La lueur s'iteignit, les tisons noircirent, et sur le foyer, qui redevenait obscur, reparut le monceau de robes et de jupes que Poltronnet avait vu en entrant. Le paquet soupira, puis remua, et une vieille femme se redressa, regardant autour d'ellc, comme si elle sortait d'un long ivanouissement.

— Que s'est-il pass6 ? Ah ! je me souviens.

Et elle courut vers la princesse qui, pendant toute cette seine, n'avait pas donn6 le moindre signe d'intelligence et regardait curieusement voler une mouche.

— Ma pauvre chire fiUe, dit la viciUe, que t'est-il arrivi ? Et vous, ajoutat-elle en se toumant vers les deux Strangers, qui etes-vous? vencz-vous ici pour nous faire du mal ?

— Vous savez bien que non, fit Dondin.

— Et comment le saurais-je? Attendez que je me souvienne.

Et peu i peu elle parvint i se rappeler ce qui s'itait passi : comment Jic itait li, prfcs de sa chfere princesse, qui avait bien voulu venir la visiter danssa cabane ; comment le toit s'6tait entr'ouvert, livrant passage i un vilain homme qui s'itait pr6cipit6 sur Fleur-d'Esprit; comment elle, la nourrice, avait voulu la defendre et comment, pour sa peine, elle avait 6t6 saisie par le magicicn et pricipitie dans le feu.

A partir de ce moment, elle ne savait plus rien.

Le prince lui expliqua Ji son tour ce qu'avait fait Tenchanteur, et comment la princesse la plus spirituelle du monde en 6tait devenue la plus idiote.

Comme il s'itonnait, malgri ce qu'avait dit la fie, de voir la metamorphose de la nourrice si complete :

— Monsieur, lui dit I'icuyer h Toreille, en prenant un air malin, voulezvous que je lui rafraichisse la mimoire ?

— Comment? dit Poltronnet.

— En mettant un peu de bois dans la cheminee.

— Fi ! dit le prince, ce serait une vilaine action. Si cette bonne femme ne peut rien pour me protiger, je me suffirai k moi-meme.

II s'agissait, avant tout, de reconduirje la princesse chez son pere. On la pla^a sur le cheval de Poltronnet, qui voulut marcher h c6ti d'elle. Dondin prit le cheval par la bride ; la nourrice, encore sous le poids d'une faiblesse bien naturelle chez une femme qui venait d'Stre brAlie vive, monta sur le cheval de Dondin, et Ton alia ainsi, le prince rivant, I'icuyer ronflant, la nourrice geignant, et Fleur-d'Esprit s'amusant h, chantonner des chansons dont

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elle ne disait jamais que les premiers mots, et b, faire siffler une baguette qu'elle tenait ^ la main.

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