CHAPITRE VI
Oil le roi Ta-wha-cha-ga, qui aimait trop le tir X Tare, finit par irouver son maitre.
;1 y avait diji pasmal de jours que Poltronnet et Dondin avaicnt atteint I'lndus et en remontaient le cours, se dirigeant ainsi vers les sources du fleuve, lorsqu'ils aper^urent une grande ville devant eux. Dondin se dfefiait des villes depuis leur dernifere aventure, et il eut volontiers engagi le prince i iviter celle-ci. Mais Poltronnet craignait, par-dessus tout,ies detours qui pouvaient allonger le voyage. lis allferent done tout droit i la porte qui s'ouvrait devant eux, et entrirent dans la citi, dont ils trouvaient Taspect assez surprenant.
Dans les rues, dans les places, partout, itaient dressces des cibles, et les habitants, arm6s d'arcs et de flfeches, s]6vertuaient a tirer au blanc. Auprts de chaque cible, se tenait un officier qui jugeait les coups, et, non loin de li, on voyait une table chargie de mets et gardee par un autre officier. Lorsqu'ufl des tireurs avait touchi le but, il recevait une carte qu'il allait presenter au gardien de la table, s'asseyait et se mettait i manger. Les autres le regardaient
LE MONDE FANT iTiaUE ILLUSTRE.
d'unoeil d'envie, et recommengaie ^ de plus belle b, d6cocher leurs flfeches.
Poltronnet, 6ton»-^ de ce qu'il voyait, en demanda rexplication h un des assistants, qui ven^^c de s'asseoir, d'un air d6sesp6r6, aprfes avoir tent6 un essai inutile, etvoici ce qu'il apprit :
Le roi de cette ville, qui s'appelait Ta-wha-cha-ga, itait passionn6 ^our le tir a Tare ; fier de son adresse i cet exercice, il exigeait que tous sessujets partageassent son gout et imitassent son exemple: Aussi, pour entretenir chez eux une louable Emulation, il avait 6tabli cet ordre de choses qui surprenait le prince. Personne ne pouvait rT *r sans avoir gagn6 son droit a la pointe de la fl^che. Quant b, ceux dont la maladresse incorrigible avait ^t6 prouvie par un certain nombre d'essais, la table commune leur 6tait interdite.
— Mais, ajouta am^rement le narrateur, ils ont Thonneur d'fetre admis i la table du roi...
— Tiens! fit Dondin.
— Non en quality de convives, continua Tautre, mais en quality de plats. Le roi leur crfeve les yeux, leur perce les doigts, les tue enfin i coups de fliche, et s'en nourrit ensuite.
— Grands dieux ! dit Poltronnet indigni, ce monarque inhumain ose manger ses su jets !
— Oh! reprit I'autre, il n'a pas de preference.
— II mange aussi les Strangers! s'icria Dondin. J'avais bien raison de ne pas vouloir vcnir. Et il jeta un regard d6sesp6re sur la porte de la ville. Mais la porte s'^tait referm6e et la fuite itait impossible.
En ce moment,, un officier s'approchait du prince. Aprts s'fetre inform^ de son nom et de sa qualit6, il le pria poliment de le suivre au palais.
— Pourquoi faire? dit Poltronnet.
— Pour jo6ter avec le roi, r^pondit Tofficier, et voir si vous fites plus habile archer que lui. Si vous fetes vainqueur, vous partirez sain et sauf. Sinon...
— Je sals, interrompit Poltronnet.
— Moi aussi, murmura Dondin, d'une voix sourde.
On trouva le roi Tha-wha-cha-ga dans une grande galerie ou il s'amusait i son exercice favori. D'un bout de la galerie i Tautre, il per^ait des pommes d'api, que ses courtisans tenaient tour i tour entre leurs doigts 61ev6s.
Quand on lui annonga des Strangers :
— Ah! tant mieux! dit-il. Mes sujets deviennent trop adroits, et ma table s'en ressent.
Dondin frimit.
— Ne perdons pas de temps, reprit le roi. On leur a dit, je suppose, dc quoi il s*agit et les consequences qui doivent en risulter. S*ils dtaient raisonnables, ajouta-t-il en regardant de c6t6 le prince et son icuyer, ils se reconnaltraient vaincus d'avance. Je leur en saurais gri, et je le prouverais en leur laissant...
— La vie ? interrompit Dondin.
— Le choix entrela brbcHe et k ca^erole, contiriua le roi.
Dondin frimit de plus' belle. Quant i Pdltronnet, il ^coutait ces fanfaronnades avec une certaine impatience, augfnentie par le manque de politesse ct de savoir-vivre, dont faisait preuve ce roi mal Slev^..
— Firiissons ! dit-il, que faut-il faire ?
— Le roi le regarda de travers en ricanant et en murmurant :
— En voili.un. qui est bien pressi de passer i la cuisine.
Alors on commenga les fepreuves. Le roi, qui itait riellement d*une adresse prodigieuse, per^a une pomme suspendue au bout d'uri cordon, h laq[uelle on avait imprimfe un mouvement de balancoire. Poltronnet la perga comme lui.
Alors le roi fit jeter une pomme en Fair, et la toucha avant qu'ellc retombJt. Mais' Poltronnet, voulant prouver d'un seulcoup la superiority que lui donnait Tare infaiUible, present de lafte Flammfiche, pria qu'on jeiit deux pommes, Tune aprfes I'autre. Au moment oii elles se crois^rent, rune montant et Tautre descendant, il les per^a toutes deux d'une seiile fech'e; ^
— Par Tare de Nemrod ! dit Ta-wha-cha-ga. en faisant la grimace, voili un joli coup, je vols qu'il va falloir tenter la grande ipreuve.
Alors un valet appoita-ii^e rondelle de ciiivre de la- grandeur d'une assiette, le disque 6tait perci i son centre d'un trou rond k I'aide duquel on le fixa au bout d'un biton, planti horizontalement dans la muraille.
— Regairdez bi6n 'c^ disqwe, dit le roi a Poltronnet.
— Je le voisi dit te. prince, et's'il doit nous servir de but, je crois que je Fatteindrai.
— C'est ce que nous verrons, ou plut6t ce que nous entendrons, reprit le roi en riant de son mauvais rire. Fermez les volets !
On obfeit, et la galerie se trduva dans Tobscurit^ la plus complete.
— A pr6sent, icoutez! dit Ta-wha-cha-ga. ,
. II tira une flfeche, et Ton entendit distinctement, dans les tfcnfebres, le son que rendit le cuivre frapp6 par le trait.
— Faites-en autant, dit le roi.
Poltronnet tira i son tour, et Ton n' entendit qu'un bruit sourd, commesi la fltche s'etait enfoncee dans la boiserie, et un gros g^nlissement poussi par Dondin.
■=— Un seul essai ne suffit pas, dit le roi, recommen^ons.
n tira une seconde fl^che, puis une troisifeme, et deux fois encore on entendit le m6tal retentir sous le coiip qui le frappait. Poltronnet tenta aussi deux fois I'ipreuve, et deux fois on n*entendit que la vibration de la flfcche enfoncee dans le bois.
— Voili comme on gagne son diner, dit Ta-wha-cha-ga de sou air fanfaron, pendant qu'on ouvrait les volets et que le jour se repandait dans b
galerie.
— Voili comme on le perd, dit tranquillement Poltronnet en montrant la
cible.
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i; dts Debts. (Page iji.)
T'jutle monde regarda ec Jes cris d'^tonnement se firent entendre. La premiere fliche de Poltronnet s'^tait enfonc^e dans le baton qui marquait le centre exact du disque de cuivre viss6 i une extrimiti. La seconde s'fetait fichte dans la premitre, la troisifenie dans la seconde.
Le roi 6tait furieux.
— C'est impossible, cria-t-il, tandis que T^cume lui sortait de la bouche. II y a la quelque tricherie.
— Propos de mauvais joueur ! ripondi{ Poltronnet avec le meme calme qu*il avait d^ployi jusque-li.
Mais le roi itait loin d'imiter cette tranquilUt6. II criait, il temperait, il jurait qull ne laisserait pas iehapper ces Strangers perfides qui avaient abusfe de sa bonne foi.
Enfin il d^clara qu'il voulait tenter une dernifere ^preuve, et qu'il pritendait, cette fois, se servir de Tare de Poltronnet, quand ce ne serait que pour s"* assurer que cet Arc etait enehanti, et qu'on ne Tavait pu vaincre qu'avec des armes d^loyales,
— SoitI dit Poltronnet, je veux bien. Mais k condition que, cette foU, c'cst
moi qui d^sign^r^l k but.
Le roi accepta, et Poltronnet Temmena, suivi de tous les assistants, dans un jardin ou ii avait vu, par la fenStre, des fclches errer en liberti.
— Mais, dit-il en se retoumant tout i cowp, qui m'assure que vous ne manquerez pas encore Ji yetre parole comme vous y avez manqyi d^j^ tout i rheure en ^levant un© f^plamation in juste?
— Dites-lui df jurer par I'arc de Nemrod, murmura un des courrisans h Toreille 4e PoJtronnet.
Le pntXQ^ exigea \c «erment indiqu6, et le roi jura qq^, s'il itait encore vaincu, Poltronnet pourrait partir «ims rien craindre.
On arriva dans le jardin. Poltronnet montra les bi^h## qui ^puraient de c6te et d'autre.
— Choisissez deux filches, dit-il au roi. Vous 1^ rir^r^z comme vous Tentendrez. Mais il faut qu'une de ces deux flfeches perce du meme coup I'oreille et la patte de derrifere d'une de ces jolies petites bi^tes,
Ta-wha-cha-ga regarda Poltronnet 4vec des y^wx ^Wnwfes ;
— Ce n'est pas facile, dit-il.
— Si c'itait facile, vous le fipri^;s, ripondit Poltronnet 4'un air oh sa politesse habituelle, iinpatiemte par bs niiiniferes du roi, revfetait une nuance de miprisante ironie.
Le roi d6cocha ufle de ses flfeches, puis Tautre. La premiere atteignit k la patte une biche qui bondissait loin 4© IJ^ ; la seconde per^a I'prdlk.
— Voili un arc d'une mcrveilleuse justesse, dit-il en le rendant au prince. Mais, mfeme avec cet arc, c'est li tout cc que peut faire un homme, et nul ne fera mieux.
Poltronnet haussa les ipaules. Puis il6tala pointe d'une de ses deux flfeches, et la dirigea sur une biche qui courait. Frapp6 i Toreille par Tinnocent projectile, ranimal s'arr&ta subitement, secoua la t6te, puis se gratta Tendroit atteint avec sa patte de derrifere. Prompt comme Ticlair, Poltronnet tira laj^seconde flfeche, et la patte de la biche se trouva cnclouie i roreiUe.
— Partotis maintenant, dit le prince i son 6cuyer, sans mfeme regarder le roi, dont la fureur ne connaissait plusde homes.
Et il se mit k marcher sans tourner la tfite en arriire. Mais h peine avalt-il fait quelques pas, qu'il entendit des cris poussts par Dondin. II regarda, et vit son kuyer entour6 par les gardes du roi, qui le tenaient et rempfech^ient de partir.
— J'ai jur6 de laisser partir celui qui m'a vaincu, disait le roi , mais lui seul. S'il veut absolument sauvcr son 6cuyer, qu'il me donne en ichange cet arc miraculeux.
Poltronnet r6fl6chit un moment.
— Monpauvre Dondin, dit-il ensuite, voili une belle occasion de montrei* ta bravoure. Tu sais combien je tiens k retrouvef ce que je cherche, et cet afc m'y aideta sans doute. Sacrifie-toi done g6n6reuscment, ct subis pour une si belle cause, une mort que tu dois craindre si peu.
Et il partait, quand Dondin le rappela avec des cris lamentables :
— H61as ! monsieur, disait-il, je ne crains pas la mort ; mais je crains beau^ coup d'etre mang^. Comment pourrai-je, aprfes un pareil accident, me presenter dans le paradis que Brahma promet aux braves ? Emmenez-moi, monsieur; si vous n'avez plus votre arc, vous aurez votre icuyer, et vous verrez que c^est bien plus commode qu'un arc dans'bien des circonstances.
Le bon ccEur de Poltronnet ne put r^sister longtemps h ces supplications et i bien d'autres que I'doquent Dondin ajouta h, celles-ci.
— Je consens, dit-il au roi; mais, pour 6viter de nouvelles difficult^, je pretends prendre mes precautions. Nous allons partir, et, quand je passerai sur cette Eminence qui domine les murs du jardin, je jetterai ici Tare et les flfeches. Je jure de le faire, et je tiens ma parole, moi.
Le roi Ta-wha-cha-ga, quivoulait absolument avoir ce qu'il avait demand^, consentit i cet arrangement. On amena les chevaux. Le prince et Dondin partirent, et un instant aprfes ils passaient sur la montagne ddnt avait parl6 Poltronnet. Le prince s*arr6ta :
— Voici ce que j'ai promis, dit-il.
II tira vivement une flfeche, qui s'enfon^a dans la poitrine du monarque inhumain; puis il jeta Tare comme il avalt jur6 de le faire, et il s'iloigna, sans qu'on songe^t meme i le poursuivre.
Les voyageurs continuaient i remonter le fleuve. Bientdt ils le vlrent se rteicir au point de devenir un ruisseau, et enfitt ils ai*riv6rent k I'endroit oil ce ruisseau jaillissait d'un rocher. lis 6taient au but de leur voyage.
lis trouvferent facilement la demeure de Tenchanteur Spavento, Poltronnet, qui voulait employer d'abord les moyens de conciliation, alia tout droit chez le magicieii. A son grand itonnement, il fut bien accueilli.
L'enchanteur avait fait quelques pas au-devant de Poltronnet.
— Je sais dans quelle intention vous venez, lui^ dit-il. Vous avez fait un voyage inutile. Je ne puis ni vous donner ni vous disputer ce que vous fetes
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Le proprittaire de la cabane, en entendant ces mots, releva curieusement la tfete, et il suivit Dondin pour voir ce qu'il allait faire.
Dondin se dirigea vers un terrain maricageux qui s'6lendait k quelque distance et au-dessus duquel on voyait voler des bicasses. Arrivi li, il s'assit par terre, garnit de fromage blanc les trous de Ticumoire; puis il la planta devant lui et attendit, cachi derrifere.
Au bout d'un instant,' les bicasses attir^es par la curiositt naturelle i ces oiseaux, volferent du c6t6 de I'objet inconnu dont Fimmobilitt les rassurait. EUes s'approchferent de plus en plus, une, puis une autre, donnant en passant un coup de bee au fromage blanc. AUichies par ce mets dilicieux, elles revinrent plus hardiment, et enfin une d'entre elles y plongea son bee. Le bee entra dans le trou bouchi par le fromage et passa de I'autre c6t6. Alors Dondin, donnant un coup de marteau, riva le bee qui passait, et Toiseau resta attache ^ Ticumoire. Les autres, croyant qu'il se complaisait dans cette position, ri|nitirent bient6t, et chaque bee que Dondin voyait paraitre, se pliait aussitdt, gr^ce Ji un coup de marteau bien appliqu6, rctenant ainsi la bfecasse, vietime de sa gourmandise.
Cependant le prince fetait rest6 seul dans la cabantj, et il eontinuait de se livrer a ses tristes rSveries.
— H61as ! dit-il tout haut, emporti par sa douleur, comment faire pour venir h bout de ce que j'ai entrepris ?
— Avee le courage et la perseverance, on vient i bout de tout, dit une voix qui panait d'un des coins de la chambre.
Poltronnet regarda autour de lui et ne vit qu'un beau perroquet bleu et rouge dans une cage suspendue prts de la fenfetre. II crut que le perroquet ripitait une phrase apprise, et il continua :
— Qui me guidera ? qui me conseillera ?
— Moi peut-fetre, dit I'oiseau.
Cette fois, Poltronnet fut ^tonni et le manifesta.
— Toi ! dit-il, toi, un perroquet !
— Je ne suis en efFet qu'un perroquet, dit I'oiseau ; mais je suis dou6 d'un esprit bien sup^rieur i ma condition et k celle de beaucoup d'autres ; si tu voplais m^emmener avee toi, je suis sflr que je te donnerais de bons avis.
— Je t'emmfenerais volontiers, dit le prince. Mais celui i qui tu appartiens oudra-t-il te cider i moi ?
Oui,dit le perroquet, si tu fais ce que jevais te dire. Get homme, comme tu as pu t'en douter i sa mine, vient d'etre frapp6 d'un grand malheur. II a perdu un chameau qui 6tait toute sa fortune, et sur lequel, en outre, il avait charg6 des provisions qui devaient 1' aider i passer I'hiver. Cours apris le chameau, et rends-le k son maltrc, k condition que celui-ci me laissera partir avee toi.
— Mais j'ignore oi est Tanimal dont tu paries.
— Tu le suivras i la trace. ,
— J'd vu beaucoup de tflces de chameaux sur le chemin, et elles allaicnt dans tous les sens.
— Tu feconnalttas celuHi aux marques que je vais t'indiqtier. Tu examineras avec soin Therbe qui bofde la route. Si tu vols que I'herbe soit meilleure sur le cdt6 gauche que sur le c6tfe droit, et que n^anmoins ce soit Therbe du c6t6 droit qui ait ht mangle, tu sauras que tu es sur la voie : cela t'indiquer que rattiinal n'a pas vu Therbe la meilleure, et le chameau fugitif est borgne de Toeil droit. Ensuite il lui manque une dent, et tu trouvefas Ji ofi 11 aura passe des bouchfees d'herbe ^ moitii mich^e, tomb^es par Tintervalle que laisse cette dent absente. Enfin tu regarderas si tu vois des foufmis k dfoite du chemin qu'il aura suivi, et des mouches k gauche, ce sera le signe certain que tu ne te troinpes pas ; car le chameau porte d*un c6t6 du beurre, qui aura laisse une trace grasse propre Ji attirer les fourmis, et de Tautre du miel, qui aura coul6 sur la terre et attirera n^cessairement urt grand nombre de mouches.
— ^ Allons ! dit le prince 6merveill6 de la perspicacity du perroquet, )e \'ois que tu ne m'as pas trompfe, et tu pourras donner un bon conseil k roccasion.
En ce moment, Dondin rentrait portant en triomphe son 6cumoire charg^e de gibier. Le paysan le suivait. Poltronnet lui proposa le march6 dont avait parl6 le perroquet, et le paysan Taccepta avec joie. Le prince s'^laiifa sur Agib, et grke i la prodigieuse rapldit6 dti bon cheval, il eut bient6t trouv6 la trace et il revint ramenant le chameau. Pendant ce temps, Dondin avait fait r6tir le produit de sa chasse, et on fit un excellent repas. Poltronnet, tout en mangeant, fit causer le perroquet, et lui demanda, entre autres choses, comment il se faisait qu'il f6t dou6 d'un esprit si pinitrant. Mais i cela Toiseau ne put rien ripondre, sinon qu'un jour, aprfcs avoir mang^, il lui avait sembli s'feveiller d'un long sommeil, qui ne lui avait laiss6 aucun souvenir. Sa vie lui paraissait dater de ce moment-li. Depuis, il avait 6tk bless6 par un chasseur et ramassi mourant par le paysan. Malgr^ la reconnaissance qu'il lui devait, ii s'ennuyait avec lui, et dfesirait une soci^tfe plus relev6e. Maintenant qu'il I'avait trouv^e, il itait content.
Tout cela 6tait dit en si bons termes et avec tant d'esprit, que Poltronnet s'6merveillait Ji chaque mot. II s'6tonna plus encore, lotsque, racontant i son tour son histoire aii perroquet, il le vit ttessaillir au nom de Fleur-d'Esprit, er se passer la patte sur le front comme pour tappeler un souvenir qui lui ichappait. Mais I'intelligent oiseau ne rfeussit pas i retrouver ce qu'il cherchait dans sa m^molre. En revanche, il rtussit k remonter le moral du prince, et, quand celui-ci reprit son voyage, suivl de Dondin et portant sur soil fepaule son nouvel ami, il matchalt plus Ifegferement, comme si I'espitance l*eflt de nouveau pris stir ses ailes vertes.
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