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CHAPITRE III

Ou I'on voit que les Henri se suivent et ne se ressembleni pas.

n chasseur trempe jusqu'aux os entra brusquement dans la cabane, apris avoir jctc aux mains de Lupus la bride de son cheval qui hennissalt.

— Par la gorge ! vous n'ouvrcz pas vite, mes maitres, dit avec humeur le nouveau venu pendant que Ton installait sa monture sous le hangar le plus proche. Je ne suis ni chien ni huguenot pour me laisser ainsi morfondre a la porte !

Ce disant, il jeta loin de lui son manteau qui ruisselait et sa plume qui pendait bris6e par I'orage. Courant ensuite \ la cheminee, il approcha du feu ses boites humides.

Ce cavalier avait une quarantaine d'annees au plus. II 6tait de taille imposante. Une large cicatrice entre le nez et Toeil donnaita son visage, aux traits nobles et riguliers, un air de sauvagerie qui ne lui messeyait pas.

Depuis son arrivie ,. Marsiane, violemment 6mue , ne le quittait pas du regard.

— Corps-Dieu ! ma digne hotesse, exclama le chasseur, qu'avez-vous a m'examinerde semblable mani^re?

Marsiane le regarda quelques secondes encore sans parler; puis, cnfin d'une voix solennelle :

— Henri de Lorraine, due de Guise, te rappelles-tu la nuit du 24 aoiit 1552? En entendant prononcer son nom, Henri de Guise, car c'etait bien lui, fit

un mouvement de surprise.

— La nuit de la Saint-Barthelemy ! r6pondit-il ensuite. Oui! oui! je m'en souviens, poursuis!

Et la vieille femme continua :

— Depuis longtemps, la cloche de Saint-Germain-l'Auxerrois avait donni le signal du massacre. Tout 6tait prfes de finir, lorsque, dans une maison qu'habitait une femme catholique avec son jeune 6poux et son enfant au berceau, une bande de huguenots fit irruption, la dague au poing et la menace h. la bouche. A leur tfite, marchait un miserable dont I'amour avait 6t^ repoussi jadis par la jeune mire, et qui profitait de cette nuit fatale pour se venger avec impunit6. Par son ordre, sa demeure fut pillee, ravag^e de fond en comble, et son.mari

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tomba perc6 de coups. Non content d'avoir fait cette femme veuve et pauvre, Tinfime allait assouvir sa rage en - Timmolant elle et le petit enfant qu'elle pressait surson sein... En ce moment, tu surgisau milieu des bandits, mena- ^ant et terrible... Le chef, blessi, parvint h, s'enfuir ; le teste roula pantelant i tes pieds. Cette mfere, Henri de Guise, cette veuve, c'^tait moi... Parle! qu'exiges-tu de ma reconnaissance ?

Ce souvenir, nous dcvons le dire i la louange du due, ne Tavait pas laiss6 indifferent. Aussi fut-ce d'une voix presque enjou6e qu'il s'^cria :

— Ma foi ! ma digne amie, puisque vous tenez absolument i vous acquitter envers moi, je vous avouerai franchcment que le meilleur moyen de me prouver, quant i present, votre gratitude, scrait de me faire servir au plus vite isouper !... Si frugal que soit le fcstin, jc vous jure que je lui ferai honneur !...

— Cette maison est votre, monseigneur due, ripondit la vicille femme. Et sur son ordre. Psyche s'empressa de preparer la table.

Lupus, comme pour Taider dans sa besognc, s'approcha de la jeune fiUe :

— Est-ce li cet Henri que tu aimes ? lui demanda-t-il i voix basse en lui designant le due de Guise.

Et sa voix tremblait de jalousie ; mais, sur la reponse negative de Psyche, le gnome s'iloigna satisfait.

En un instant, le souper fut servi.

— Pardieu! dit le due en s'attablant, ou je me trompe fort, ou je vais faire 1^ le plus splendide des festins.

Et tout en parlant, il aspirait les app^tissantes senteurs d'un magnifique jambon de sanglier qui se carrait majestueusement au beau milieu de la table.

En ce moment, on heurta brusquement i la porte avec le pommeau d'une (ipee.

— Au diabic les importuns ! grommela le due.

De nouveau le verrou ayant 6te tir6, la porte massive roula sur ses gonds, et sur le seuil parut un deuxifeme chasseur, ruisselant de pluie et grelottant de froid. Comme le premier, il jeta aux mains de Lupus la bride de son cheval; comme le premier aussi, il courut tout d'abord i la cheminie, sans s'inqui^ter du reste.

A sa vue, le due avait fait un mouvement de surprise, et Marsiane avait fix6 sur le nouveau venu ce mSme regard d'affectueuse reconnaissance dont elle avait accueiUi Henri de Guise.

Le nouveau venu 6tait un homme k peu prfes du m6me ^ge que le due de Guise. Toutefois, il semblait plus jeune que ce dernier. II 6tait mince et d'une suture moyenne ; ses ipaules, un peu voflties, le faisaient paraltre plus petit qu'il n'6tait en rialit6. II avait une physionomie Strange, presque fatale, etsoft regard avait quelque chose de sinistre.

Ses traits n'^taient pas des plus riguliers ; son nez itait gros, ses Ifevres ipaisses, mais son teint itait d'une fraicheur et d'un 6clat rares chez un

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homme. II portait de courtes moustaches, et une barbe k la royale couvrait sonmenton.

Quant i son costume, bien que terriblement d6t6rior6 par Torage, il 6tait facile de voir avec combien de soin il avait et6 itudii.

Un pourpoint matron b, manches exubirantes s'adaptait exactement k sa taille et en faisait ressortir toutel'^l^gance. Ses hauts-de-chausses k forme de ballon lui allaient i merveille ; de gracieuses bottes longues en peau grise enfermaient ses jambes irriprochables et ses pieds d'une exiguitfe presque fiminine. Son manteau de velours marron itait taill6 k la dernifere mode, cela va sans dire, et sa fraise, qui se tenait presque ferme encore, bien que transperc6e par la pluie, poss6dait une ampleurqui 6tait alors du dernier bon gofit. Un chapeau de feutre gris, de mSme forme que celui du due, avait garanti de la pluie sa tfete artistement bouclie. Au chapeau une couple de plumes blanches 6tait retenue par une agrafe de diamants. Autour du cou, il portait un collier de perles avec une chaine de medallions cntremfelis de chiffires, i laquelle itait suspendu I'ordre infdrieur du Saint-Esprit, itincelant de diamants. Une riche ceinture soutenait une escarcelle d'un merveilleux travail et un couteau de chasse dont la poignde itait enrichie de pierres precieuses. A ses oreilles, de longs pendants d'oreilles en perles ajoutaient encore i son air efF6min6.

Comme Strange complement d'un aussi somptueux costume^ le jeune cavalier avait plac6 i sa ceinture un long chapelet de petites tStes de mort.

Le deuxifeme cavalier, aprfes avoir, non sans pousser des h61as et des exclamations de toutes sortes, Ji moitii r6chauff6 ses doigts engourdis, se d6cida i relever la tfete... II aper^ut la sorciire qui st tenait droite devant lui. £tonn6, effrayi presque de Titrange regard qu'elle fixait sur lui :

— Par la mort-Dieu ! pourquoi me considferes-tu dela sorte, bonne femme? demanda-t-il d'un ton mal assuri. Que me veux-tu ?

De cette mSme voix solennelle dont elle avait prononci le nom de a Henri de Guise, » Marsiane pronon^a celui de « Henri de Valois, troisiime du nom, roide France. »

Le deuxifeme chasseur se leva vivement et fit quelques pas vers la vieille femme, qui continua :

— Sire, le jour oil Votre Majesti, bien jeune alors, quitta Paris pour se rendre en Pologne, oil Tattendait la royauti, une pauvresse pleurait agenouillie prfes de la grande porte du Louvre, tenant entre ses bras amaigris un pauvre petit enfant qui se mourait de faim. Vous pouviez passer outre. Sire, et ditourner votre regard de ces misferes. Vous ne Tavez pas fait. Vous fetes venu vous-meme auprfes de la mendiante, et votre main royale a vers6 dans la sienne tout Tor de votre escarcelle !... Henri de Valois, ceux que vous avez arrachis aux angoisses de la faim, c'^taient mon fils et moi!... A vous. Sire, h vous mon divouement ^ternel.

Le roi avait conserve souvenir de ce trait de sa jeunesse. Superstitieux

autant que la reine Catherine de M^dicis, sa mire, il avait esp6ri jadis, en agissant de la sorte auprfes de la pauvresse du Louvre, porter bonheur i son lointain voyage. Citait done par calcul^ mais qui le savait? Personne, pas mSme le due de Guise, qui avait 6cout6 le r^cit de la vieille femme avec d'autant plus d'admiration, qu'une telle action le surprenait davantage de la part de ce roi quelque peu igoiste qui avait nom Henri HI.

Aussi le due, bien que peu courtisan de sa nature, s'avan^a-t-il aussitdtvers le monarque en lui disant de sa voix franche et ferme :

— Certes, voilk un beau trait. Sire, et je me r^jouis fort d'en feliciter Votre Majesti !

Le roi, en apercevant le due, qu'il 6tait i eentlieues de croire sipris delui, fit un soubresaut involontaire et son visage se rembrunit... Mais il se rappela bien vite la reconciliation jur6e le matin, et eomposant aussit6t son visage, il tendit la main au due en lui souriant de son plus doux et de son plus faux sourire.

— Ah ! ah ! mon beau cousin, s'6cria-t-il ensuite en avisant i Tautre bout de la salle la table servie, vous soupiez, k ce que je vois?

— Excusez-moi, Sire, j'allais souper ! ripondit le due en montrant au roi le jambon intact.

— Par la mort-Dieu ! riposta le roi, qui mourait de faim aussi, nous souperons ensemble.

A peine avait-il parl6 qu'un second convert 6tait plac6 en face du premier par la gentille Psych6.

— Sur ma vie ! s'icria le roi en I'apercevant, voili une accorte fillette !

— Adorable, en efFet, ripliqua le due.

— Un vrai morceau de roi ! continua Henri III, dont Toeil brilla de convoitise.

Devant ce regard, Psychi s'iloigna toute rougissante.

De nouveau, Lupus s'approcha d'elle, et lui disignant Henri HI, lui demanda pile et sinistre, si le roi de France itait eelui qu'elle aimait. De nouveau. Psyche ripondit :

-Non.

Et, moins lugubre, le gnome regagna son coin.

Le roi avait pris place k table, et le due, qui avait suivi I'exemple de Sa Majesti, s'apprfetait i attaquer de nouveau le fameux jambon, bien dicidi ine lui faire remission aucune.

Mais, pour latroisifeme fois, on heurta au dehors.

Tout aussitdt, une voix claire et per^ante, ornie d'un accent gascon des plus prononcis, se prit b, riclamer, derrifere la porte, Thospitaliti.

— Get organe-lk ne nous est pas inconnu, fitle roi surpris.

— Je jurerais. Sire, Tavoir maintes fois entendu ! ajouta le due.

— Ouvrez ! ouvrez ! dit vivement le roi.

Pour la troisiime fois, le verrou fut tiri, I'huis roula sur ses gonds, et un

LA. SORClfeRE, OU LES QUATRE PREDICTIONS.

cavalier ruisselant d'eau s'61an?a dans la salle, non sans avoir confife aux soins de Lupus le petit cheval basque qui I'avait ameni.

Le nouveau venu, qui ne faisait pas partie de la chasse royale, avait un cosr tume de voyage des plus simples, ce qui ne Tempfechait pas, je vous jure, de paraitre ce qu'il 6tait, c'est-Ji-dire un beau et fringant cavalier.

Ce qu'on remarquait surtout en lui, c'itait son ceil plein d' esprit et de finesse, son nez recourbi comme un bee d'aigle et sa moustache gaillardement retrouss6e qui decouvrait la bouche la plus narquoise et la plus goguenarde du monde.

Dfes son entree, les deux princes avaient rabattu bien vite leurs feutres sur leur front. .

Precaution fort inutile en v^riti IKIe n'itait point d'eux que le Gascon s'occupait : il ne prenait souci que de la gentiile'Psychfe et n' avait d'yeux que pour eiie* • ..,.^. ..

— Une Navarroise ! s'exclama-t-il joyeusemeht en consid6rant le costume de la jeune fiUe. Mordi ! ma belle corripatriQte*, entre ce feu qui p6tille et ks ardents rayons de vos .beaux yeux, le diable m'emporte si je sais quoi choisir. Non ! je veux 6tre peridu si vous n'fetes pas la plus avenante petite commere qui ait jamais r^joui les regards d'un galant homme!... Car je suis galant, moi, ventre-saint-gris! c'est mon opinion .politique.: .' .

Ce disant, il s'avan^a vers Psyche en faisant mine de vouloir lui prendre la taille... Mais la jeune fiUe s'6tait.rBCul6e vivement, et I'amoureux Gascon ne trouva k la place de son rose et frars-minois que le visage grave et sivfere de la devineresse, qui, de mfime qu'elle avait prononci les noms de « Henri de Valois » et de « Henri de Guise, » prononga le nom de « Henri de Bourbon, prince de B6arn et de Navarre. »

— Henri de Navarre !... repeta Psyche avec une Amotion soudaine.

— Le roi huguenot !... grogna Lupus, en regardant ^e'trayers le ;troisitme Henri. \" '

Celui-ci, qui venait d'apercevoir au fond de la salle, sans toutefois distinguer leurs traits, le roi de France et le due de Guise, ne semblait qiie trismfediocrement flatti de voir trahir ainsi son incognito ; mais son inquietude fit place k la surprise en entendarit la vieillefemme qui continuait eri s'approchant de lui :

— II y a quinze ans, prince, un incendie formidable iclatait dans Tun des quartiers de la capitale... Trois maisons venaient de s'ablmer dans les flammes. Encore quelques secondes, et la dernifere allait s'^crouler aussi. Diji les murailles se fendaient et les poutres craquaient avec un bruit horrible... A Tune des fenStres, un pauvre enfant tordait ses petits bras en appelant sa mfere qui gisait enbas, blessie et ne pouvant lui venir en aide... Les plus braves n'osaient s'61ancer au secours de Tinnocente creature... Toi, Henri, plus brave que les plus braves, tu t'ilances au milieu de I'efFroyable foumaise, tu t'accroches aux poutres vacillantes, et, au piril de tes jours, tu enlfeves le pauvre

i Henri dt Boia-Dsuphin. (Page 195.)

petit enfant ct lu Ic rends i sa mere... Sa mire, Henri de Navarre, c'^tait moi ! Dispose de ma vie, je te la donne.

— Ventrc-saini-^ris ! ma cbtirc hotesse, ripiiqua Ic Bcarnais, ta m^moire est d'une incrveilleuse fid^lit6!... Du diable, si j'avais conserve la moindrc

LA SORCIERE, OU LES aUATRE PREDICTIONS.

souvenance de cet Episode de ma vie parisienne !... En ^change de ce leger service tu m'ofFres ta vie, c'est plus que cela ne vaut ! Je prifire, si toutefois ce n'est pas trop exiger, prendre place, moi troisifeme, aux c6t6s dc ces nobles cavaliers... Vous permettez, mes maitres, ajouta-t-il en s'adressant aux deux premiers Henri.

— Comment done, cher beau-frirc , dit Ic roi de sa voix la plus sonore. Et, relevant son feutre, il se tourna brusquement du c6ti du Bfeamais.

La foudre tombant sur la nuque du roi gascon ne reiu pas plus fetourdi que la pr&ence de Henri IIL

Ce fut bien pis lorsque le due de Guise eut i son tour ex6cut6 la mfeme manoeuvre que le roi. Le premier mouvement du B6arnais fut de porter la main sur son ipfee et de s'assurer d'un coup d'oeil si ses pistolets fetaient toujours i sa ceinture... mais reflichissant bien vite qu'il serait insensi d'esperer avoir raison par la force de cette armie de gentilshommes et de soldats qu'i/ supposait appostes dans tous les coins et recoins, il fit contre fortune bon coeur, et, s'inclinant devant le roi :

— Sire, lui dit-il d'un ton ligtrement ironique, il y a un an, je vous ai battu i Coutras ! . . . Vous me battez aujourd'hui... chacun son tour! Faites avancer vos gardes, appelez vos gentilshommes et qu'on me jette en prison!

— Eh! la! la! la! monsieur le Gascon!... interrompit le roi. Qui vous parle de prison, je vous prie ?

Profondiment surpris, le Biarnais regarda le roi, qui continua :

— Egari i la chasse, ainsi que notre aimi cousin de Lorraine, nous n'avons avec nous ni gardes, ni gentilshommes... N'ayez done crainte, monsieur men fr^re, et seyez-vous k nos c6t6s.

Quoique inattendu, ce denoflment n'en itait pas moins agriable pour Ic roi de Navarre. Aussi, reprenant bien vite sa belle humeur et son joyeux visage, s'empressa-t-il , sans ciremonie aucune, de s'attabler en riant de bon coeur entre le roi qui essayait de rirc, et le due de Guise qui ne riait pas.

— Maintenant, reprit Henri III, pourriez-vous nous apprendre, seigneur huguenot, quelle hardier se vous a pousse i quitter seul la Saintonge, oil vous tenez campagne ?

Henri de Navarre sc garda bien de confier i son royal bcau-frere que douze de ses officiers les plus d6vou6s lui avaient servi d'escorte et se tenaient caches Ji Tentrie de la forSt.

— Ma hardiesse ! se contenta-t-il de ripondre. Dites plut6t. Sire, le besoin supreme de revoir un instant cette belle cour de France, dont je suis exil6 !..• Dans mes nuits de bivouac, il me semblait entendre sans cesse bruire i nion oreille quelque voix aimie que m'apportait la brise... Mille gracieux fantdmes surgissaient i mesyeux, me faisant signe de les suivre... Mafoi! que vous diraije Sire? L'homme est faible, et je les ai suivis!... Bien m'en a pris, mordi! puisqu'k peine arriv^, j'ai pu, cachi tout le jour dans Torabre de la

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LE MONDE FANTASTiaUE ILLUSTRE.

foret, voir k deux pas de moi cet adorable essaim de femmes charmantes chevauchant k votre suite... Voili le seul motil de mon 6quip6e, Sire..., et, niieux que tout autre, Votre Majest6 doit I'excuser et le comprendre !

— Monsieur mon frfere, riposta le roi, qui connaissait assez Henri de Navarre pour accepter comme v6rit6 ce qu'il venalt de lui dire, vous fetes le plus grand libertin du monde !

— Aprfes vous, Sire !... ripondit le B^arnais en s'inclinant modestement devant le roi.

— Tout cela est bel et bien, poursuivii Henri HI, que la ripartie du B6arnais fit sourire, mais par la mort-Dieu ! ne poussez pas plus loin Taventure... Notre bonne mfere Catherine vous exfecre, et, pour lui complaire, je me verrais forc6 de vous gu6rir une bonne fois de vos vell^itis amoureuses !... Sur ce, soupons, messieurs !... Et vous, la belle fille, ajouta-t-il en se tournant vers Psychi, servez-nous !

— A vos ordrcs, Sire ! ripliqua Psych6.

Lupus se pencha vers elle :

— Est-ce lui ? demanda-t-il i voix basse en disignant Henri de Navarre.

— Lui! ripita Psych6. Non!... ceux qui m'ont 61ev6e m'ont appris Ji le binir et k le respecter; mais... ce n'est pas lui que j'aime.

Lestrois Henri s'^taient attablis etTitemel jambon allait enfin etre entami, lorsquedes coups de poing, vigoureusement appliques, 6branlferent soudainement les ais massifs de la porte.

— Ouvrez, mille tonnerres ! cria du dehors une voix de stentor, qui n'6tait certe a pas jnconnue i Psyche, car la belle fille se prit h trembler comme la

feuille.

— Si vous n'ouvrez pas, continua la mfeme voix sur le mfeme ton, je mets le feu k la cassine. Corboeuf ! ;a me r6chau(Fera 1

Interrompu deux fois de suite au moment du souper, le roi 6iait outr6 de dipit et de colore.

— Par la mort-Dieu! s'6cria-t-il en quittant la table, qui done fetes-vous, monsieur Tinsolent ?

— Par la mort-diable! monsieur I'homme poli, r6pondit-on, je suis Henri de Bois-Dauphin, surnommi Bras-de-Fer au college de Navarre?

— Un quatrifeme Henri ! s'icria joyeusement le Bearnais, ventre-saint-gris I I'aventure devient bouffonne !

— Un quatrifeme Henri! murmura i son tour le petit gnome.

Et ses yeux fauves se fixferent ardents sur Psyche frimissante. Cette fois, il ne Tinterrogea pas.

L'imotion, la pileur de la jeune fille, I'avaient trahie, et Lupus avait compris que ce quatrifeme Henri itait celui qu'elle aimait.

En entendant retentir derrifere la porte ce nom de « Henri deBois-Dauphin,)> la sorcifere itait d'abord demeurfee immobile. Enfin, elle se leva terrible, mena^ante.

— Lui ! lui ! s'6cria-t-elle . Henri de Bois-Dauphin ! Ah ! c*est Tenfer qui me Tenvoie!

Et, Toeil sanglant, la bouche 6cumante, elle se prit i rire d'an rire sauvage; d'un bond de panthfere, elle s'61an?a vers la porte...

Mais, au moment de I'duvrir, une reaction soudaine s'opira en elle, et se retournant brusquement :

— Non ! non ! dit-elle, je ne le verrai pas... je ne veux pas le voir ! je ne veux pas le connaitre!... Lupus, garde cette porte, et que cet homme nc pin^tre pas ici !

. Sous le poids de T^motion formidable qui lui itreignait le coeur, la vieiJlc femrae se laissa tomber fr6missante sur le siige qu'elle venait de quitter, et Lupus, ravi de la commission, s'adossant contre la porte, s'empressa dj crier de sa voix la plus rauque :

— On n*entre pas !

— On n'entre pas ! r6p6ta le quatrifeme Henri ; faites excuse, mes thaitres, on entre et je le prouve.

£t, d'un coup de poing h, assommer un boeuf, I'^tudiant, d^fon^ant b, mot" ti6 la porte et faisant sauter iquinze pas le gros verrou que vous savez, fit son entree le plus tranquillement du monde.

Qpant h Lupus, la violence du choc Tavalt lanc6 comme une balle au beau milieu de la chambre, et le drole braillait i lue-tcte... On edt dit lin pore i Tigorgeoir.

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