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CHAPITRE Vni

Comment finit la nuit du 13 decembre.

enri de Navarre et le jeune huguenot avaient sympathise bien vite et jd6]i se trouvaient les meilleurs amis du monde.

Le B6arnais et son nouveau compagnon avaient hh rejoindre, au rendez-vous indiqufe, les officiers protestants dont il a 6t6 parlfe au commencement de ce ricit, et qui avaient voulu, quand mfeme, servir d'escorte au roi de Navarre.

L'6quip6e de ce dernier 6tant connue du roi de France et du due de Guise, les protestants n' avaient qu'un parti k prendre : c'^tait de retoumer au plus vite en Saintonge.

Y arrivferent-ils sains et saufs ?... Nous le saurons par la suite.

En attendant, et pendant qu'ils regagnaieatrau galop la lisifere de la forfet, le roi de France et son beau cousin de Guise, 'd'aprfes les conseils de la gentiUe Psychfe, avaient pu retrouver leur route, et peu aprfes, tous deux rentraient en ville, escortfes des porte-flambeaux envoyes k leur rencontre.

Tout le chiteau, toute la ville 6taient sur pied, et chacun fiysait, selon ses opinions politiques, les cominentaires les plus invraisemblables.

Les guisards disaient hardiment que S. M. Henri de Valois avait 6te eventike k la chasse par quelque sanglier en fureur; et ces forcenfe ; ligueurs ajoutaient que le ciel avait choisi ce moyen pour venger la religion, qiie le roi ne savait pas difendre. ^ '

Les royalistes, — ils itaient moins nombreux, ceux-lk ! — se rijouissaient de leur c6t6 en ne voyant pas paraitre le prince lorrain, et formaient le doux espoir que quelque accident ou quelque crime les priverait k jamais du chef tout-puissant de la Sainte-Union.

Mais toutes ces belles esperances furent digues quand ils virent apparaitre par la porte Chartraine les deux princes cheva-uchant de compagnie.

Le desappointement fut si giniral et si violent, que les guisards oubli6rent de crier : — Vive le due de Guise ! . . . Et les royalistes : — Vive le roi !

Si bien que nos deux chasseurs, qui comptaient sur la plus splendide des ovations, furent recus ni plus ni moins que deux petits hobereaux de campagne.

Le due de Guise et le roi riprimferent un violent mouvcment de depit et francliirent le pont-levis du chateau royal, suivis de la foule.

Les veilleurs annoncferent aux habitants deBlois, — qui s'en souciaient peu, — que la deuxifeme heure venait de sonner; — la garde de nuit du ch;\teau donna le mot de passe aux sentinelles, et bientot toute la ville sommeilla.

Quand nous disons: toute la ville sommeilla, c'est une manitre de parler.

La ville ne devait certes pas sommeiller plus que le chiteau, et le chateau ne sommeillait guire.

— Henri, disait au due de Guise la belle marquise de Noirmoutiers, Henri, votre absence m'ipouvantait, et j'ai souffert mille morts en vous attendant.

Et la main de la charmante femme pressait la main de Henri de Guise, qui ne rfepondait i la marquise que d'une fagon distraite.

Pourquoi ?

Qui salt? Le chef de la Sainte-Union se rappelait peut-fetre, en cet instant, que la noble dame n'avait pas toujours hh fervente catholique.

Cette pensfee efit pu parfaitement venir au coeur du Balafri.

N'avait-il pas revu le roi de Navarre, et n'6tait-ce pas avec lui que, jadis, la marquise de Noirmoutiers avait 6ti, de par Tamour, si terriblement hhtktique.

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II voyait ec songe la douce figure de Psyche qui lui-souriaii, (Page aio.)

Ce n'^cait pas cependant 1^ le motif de sa pr6occupation. Le due pensait k cette belle jeune fiUe qu'il venait de voir chez Marsiane, i cette enfant si naive « si pure qui ressemblait si peu k toutes les dames d'honneur en gfeniral et i madame de Noinnouiiers en particulier.

LA SORClfeRE, OU LES QUATRE PREDICTIONS.

Celle-ci s'appuya nonchalamment sur I'^paule du prince lorrain :

— Henri, lui dit-elle de cette voix m^lodieuse que savent si bien prendre les femmes; Henri, au nom du del, qu'avez-vous?... Pourquoi ces regards ind^cis?... Pourquoi. cette inquietude... cette Amotion ?

Et comme le due ne ripondait pas :

— Henri, vous avez un secret pour moi... dit-elle en s'^loignant... C'est mal !

Le due la ramena vers lui.

— Un secret pour vous, ma belle ?... Pouvez-vous le penser ? dit-il en lui baisant la main.

— C'est vrai, n'est-ce pas ? reprit la jeune femme, c'est bien vrai ? vous n'avez couru aucun danger ? il ne vous est arrivi aucun malheur ?

A cette question, le due se rappela involontairement les paroles de lasorciire.

— Ah ? par Dieu ! vous m'en faites souvenir, ma belle ! ripondit-il en riant. Une devineresse m'a fait ce soir une vilaine prediction.

— A vous ?

— A moi. . . et Ji d'autres aussi ! . . .

— Et cette prediction ? questionna la marquise inquifete.

— Oh ! rien !... une folie !... ripliqua le due nigligernment. On m*a pridit, ma belle, que je mourrais assassin^ !

— Assassin^ ! s'icria madame de Noirmoutiers. Assassin^, vous !

Et comme si dk]k elle efit vu le poignard se dirigeant sur le due, elle s'ilanga vers lui et I'enlaga de ses deux bras.

— Chfere peureuse, reprit le prince en se d6gagea.nt doucement, ajoutezvous foi k ces absurdit^s?

— Non ! non! rtpondit la marquise avee une Amotion veritable, je n'y crois pas.. . je ne veux pas y croire... Et cependant. . . j'ai peur !... Entouri d'enncmis comme vous Tfetes en ce chateau, tous les dangers sont i eraindre, tous les piiges sont i redouter !... Henri, continua la marquise d'une voix si basse que le due lui-mfeme Tentendit i peine, Henri... le roi vous hait... Prenez garde ! . . .

— Le roi ! repliqua le due de ce ton de bravade qui lui 6tait familier, le roi!... Et qu'oserait-il doncfaire contre moi?... Que pourrait tenter ce d^bile monarque contre le premier prince de la maison de Lorraine ?

En parlant ainsi, le due avait fiferement relevi son front hautain. Son regard etincelait d'audaee.

— Non, le faible Valois ne pent avoir dans le coeur Taudacieuse pensAe de mon assassinat, continua le prince. II salt bien qu'aussitdt le crime consommi, la France entifere se Ifeverait fr^missante! La Ligue, arborant TAtendard de la guerre civile, fermerait au meurtrier les portes de la capitale ! Se rifugiHt-il au bout du monde, la duchesse de Montpensier, Mayenne, les nobles, les prfetres, le peuple de Paris qui m'appelle son roi, tous enfin formeraient une arm^e vengeresse et formidable! Tous sauraibnt faire du coeur de mon

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assassin un fourreau pour leurs mille poignards ! Voili ce qu'U adviendrait, madame; voili ce que le roi salt depuis longtemps!... Eh bien, je vous le rfepfete, il est trop faible pour s'attaquer k moi; il est trop... prudent pour lutter centre ma puissance.

Le due 6tait superbe de fierti, et certes, en ce moment, on eftt pu dire, avec la marichale de Retz, « qu'auprfes de lui tons les autres princes paraissaient peuple. »

— Mais pourquoi songer k tout cela, ma belle ? reprit le diic. Ce pauvre roi n'y songe gufere, et vos soup^ons sont injustes.

— Cependant, Henri, r^pliqua la marquise, qui itait loin d'avoir la mSme confiance, cependant il vous a refus6 la garde d'archers que vous lui avez demand^e. Pourquoi?

— Par peur, ma belle ! ripondit le due.

— Henri!... je vous en pric, je vous en supplie, reprit la jeune femme, prenez garde ! . . . Et tenez, si vous ne voulez pas me faire mourir de terreur, quittez Blois, quittez ce chateau qui me semble sinistre... Cette prediction m'a glaci Time ! . . . Encore une fois, quittez cette ville, nous panirons ensemble !

— Quitter cette ville ! interrompit le due. Qp'osez-vous me proposer li, madame ? Fuir ! moi ! . . . non ! par le sang du Christ ! vous ne connaissez pas encore le due de Guise... Le danger, je m'en ris; la mort, je la brave; ladouleur, je ne la connais pas!.. Tenez, voyez sur mon visage cette large cicatrice !...

Et il lui indiquait I'^pouvantable balafre qui lui sillonnait la joue, entre le nez et Toeil.

— Dans un combat contre les Anglais, poursuivit-il, je re^us un jour un coup de lance tellement violent i cette place, qne tout le fer et le trongon du boisitaient restis dans la plaie. Un coup si formidable ne m'avait cependant pas fait perdre les arsons, et j'avais eu la force de revenir au camp i cheval. Mes armes, mes habits, mon visage, itaient inond^s de sang. La profondeur et la largeur de la plaie effrayant les chirurgiens presents, aucun d'eux ne voulut y toucher. Ambroise Pari, premier chirurgien du roi, itait arrivi avec Tordre de tout risquer pour sauver ma vie, Voyant que le tron(;on de la lance fetait entri dans la tSte de telle sorte, qu'on ne pouvait le saisir avec Jes mains, il prit des tenailles de marichal et me demanda si je consentais k ce qu'il me mit le pied sur le visage pour arracher le trongon de la lance : — « Je consens i tout ! ripondis-je ; travaillez comme vous Tentendrez. » Cette manifere de panser une blessure fit fr6mir tons ceux qui m'entouraient. Seul, j^itais sans cramte et sans inquietude. Qiiand les tenailles se prirent k tirer le bois avec force, je me mis k rire. Vous le voyez, chfere belle, ajouta le due en prenant la main de la marquise, la douleur n'est qu'un mot pour moi, le danger n'existe pas, et je verrais entrer la mort par la fenfitre que je n'omTirais pas cette porte pour lui ichapper. . .

220 LA SORCIERE, OU LES QIJATRE PREDICTIONS.

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En ce moment, quatre heures sonnaient i la chapelle. Le prince prit cong<k \ de la marquise, et se rendit dans ses appartements. Quelques instants aprte, il dormait du plus profond sommeil et voyait en songe la douce figure de Psych6 qui lui souriait, et le pile visage de la sorcifere r6p6tant sa pr6diction sinistre.

Dans une autre chambre de ce meme chateau, un autre Henri faisait ie meme rfeve. C^tait le roi!

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LfecENDE HISTORiaUE

(Suite des Quatrc Predictions)

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