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CHAPITRE III

Oil Ton voit que les quatre Henri sont cr^^s tout exprts pour se trouver ensemble.

endant que le bruit des pas des soldats se perdait dans TSloignement, le cri des sentinelles se fit entendre de nouveau, de distance en distance.

Quand le dernier cri se fut complStement feteint, Henri de Bois^-Dauphin, k qui le danger avait subitement rendu toute sa bonne humeur, se faisant un porte-voix de ses deux mains, se prit i crier i son tour, en imitant les soldats de garde :

— Sentinelles, veillez !

LE MONDE FANTASTiaUE ILLUSTR^.

Et les braves sentinelles, entendant cette voix de stentor, sortirent brusquement de cette esp&ce de demi-sommeil dans lequel est plong6 tout soldat de garde, et se crurent obliges de recommencer leur phrase : « Sentinelles, veillez! »

— Oui ! veillez, mes enfants, dit Henri de Bois-Dauphin en partant d'un iclat de rire. Veillez ! le ciel est pur, la nuit est belle, le froid est vif ?... Veillez !

Le B&amais regardait Henri de Bois-Dauphin d'un air surpris et satisfait en m&me temps.

— Diable de fou ! dit-il. Tu pleurnichais tout k Theure sans motif... et tu ris maintenant que la situation 'est des moins gaies !

— Des moins gaies !... Est-ce bien votre majesti que j'entends?.., s'fecria le jeune homme; mais c'est-i-dire que cela devienttout bonnement adorable. Qii'on ne me park pas d'une aventure qui marche toute seule, od Ton ne court aucun risque: c*est ennuyeux... c' est froid... c'est monotone... tandis que le danger... ah ! le danger, k la bonne heure ! cela vous 6moustille et vous reveille !

Tout en parlant, les deux huguenots avaient suivi les galeries d^sertes, rasant la muraille et respirant k peine, se dissimulant le mieux possible dans les grandes ombres projeties par la lune.

Apris une assez longue promenade, les deux Henri s'arrStirent. lis itaient devant Toratoire des fiUes d'lionneur de la reine.

Avant d'avoir formi leur fameux pro jet d'escalade nocturne, nos aventuriers avaient eu soin de prendre le plus habilement possible, au sujet dePsychi, de sa situation actuelle k la cour, les renseignements les plus positifs.

Demoiselle d'honneur de la reine Catherine, jetiepar force, pour ainsi dire, au milieu d'un monde dangereux etcorrompu, Psychi avait 6prouv6 un dugout invincible.

La chaste et pieuse enfant ivitait de se trouver avec ses nouvelles compagnes, qui, toutes jalouses au fond de I'^me de cette faveur spfeciale dont la jeune Navarroise itait I'objet, affectaient h son igard un didain profond, et ne Tappelaient que « la paysanne. »

Si bien que la jolie compatriote de Henri de Navarre passait ses journies et ses nuits presque entiferes d6votement agenouill6e dans I'oratoire.

EUe ne consentait Ji aller prendre un peu de repos que longtemps aprfes tout le monde.

La pauvre fille, quoique bien innocente et bien naive, ressentait en ellemftme une crainte instinctive qui TentpSchait de dormir.

Voili ce que le B^arnais et Bois-Dauphin savaient avant de s'introduire dans le chateau, et voilJi ce qui les avait engages i se dirigef tout d'abord vers I'oratoire des fiUes d'honneur.

Le plus myst^rieusemopt et le plus prudemment du monde, ils entrferent, se glissant comme des ombres derricre les tapisseries etles piliers.

L'oratoire n'itait 6clair6 que par une lampe suspendue k, la voAte et se trouvait, par consequent, dans une demi-obscurit6.

Les deux Henri, le coeur en proie k des Amotions diverses, jetferent de tous c6t6s un regard anxieux :

L'oratoire itait desert.

— Elle n'est pas li ! dirent-ils ensemble.

— Si elle n'allait pas venir !... pensale Biarnais.

— Si nous 6tions forces de partir sans la voir! murmura Bois-Dauphin.

— Henriot, mon fils, dit le roi k voix basse, si tu m'en crois, nous accepterons comme un avertissement du sort I'absence de Psyche, et nous fuirons d'ici sans plus attendre.

— Et pourquoi, sire ?

— Eh ! mordiou, r6pliqua le roi, parce que je ne sais quel pressentiment me dit que nous ne sortirons pas d'ici sains et saufs, et, d'homieur, j^ m'en voudrais k la mort s'il t'advenait de tout ceci quelque mfcchante affaire.

— Au nom du ciel, r^pliqua vivement Bois-Dauphin, que votre majesty ne prenne souci que d'elle seule et non de moi ! J'ai mon 6toile, sire, et je suis aussi certain qu'il ne peut m'arriver rien de f^cheux que je suis certain de vous parler en ce moment 1

— Tu as une merveilleuse confiance, Henriot!

— Que voulez-vous, sire, c'est plus fort que moi ! Je ne puis croire au malheur... Je suis tellement persuade de passer ^travers les plus grands perils, les plus afFreux dangers, sans attraper seulement une ^gratignure, que je me jetterais aii beau milieu d'une fournaise et que je parie k Tavance que j'en sortirais sans avoir un cheveu de roussi !

— Ventre-saint-gris ! mon fils, dit le B^amais, tu es le premier hbmme que je voie marcher dans la vie avec une telle assurance !... Qui diantre peut te ia donner? Je veux &tre pendusi j'en sais quelque chose !

— Sire, r^pliqua le jeune homme d'un ton presque grave, promettez-moi de ne pas rire !

— Je te le jure !

Le jeune homme entr'ouvrit alors son pourpoint et enleva de dessus sa poitrine une. petite figurine d'ivoire fort dilicatement travaillie, et qui 6tait retenue i son cou par un cordon de sole d'une tinuiti extreme.

— Regardez, sire ! dit Bois-Dauphin en la prisentant au roi.

— Qu'est-ce que cela ? questionna le Biarnais en examinant curieusement la petite figurine qui sembkit reprisenfer une madone ; qu'est-ce que cela ? fit-il une seconde fois.

— Le talisman de mon enfance, sire !... celui qui m'a prot6g6 jusqu'i ce jour et me prot^gera jusqu'i ma mort!

— Comment ! ripliqua le roi, tu crois aux talismaqp, toi, un gargon sensi ?. . . Tu adores une relique, toi, un huguenot?,..

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Psyclii se croyait scule.J

re. (Pageaji.)

— Mareli^on, jelesais, ripondlt le jeune homme, m'en fait la dfefense!.,. Mais, que voulez-vous. Sire ? c'est ma mire qui a placi cette petite madone sur ma poitrine ; ma mire ^ue je n'at pas connue, qui est mone en me mettant au monde, m'a dit raoQ pire. Et cela peut paraltre itrange, insens^, mats il

me semble que si cette relique me quittait, tout motf bonheur s'enfuirait avec

elie!

En ce moment, le bruit d'une clef grin^ant dans une semire retentit au fond de Toratoire.

Bois-Dauphin repla^a vivement la petite figurine sur sa poitrine, referma son pourpoint, et, cach6 derriire une tapisserie, il porta vers le fond un regard

avide.

Henri de Navarre s'6tait promptement dissimulfe derritre un prie-Dieu qui tenait le milieu de Toratoire.

— Perdiou ! murmura-t-il en voyant au fond une porte secrfete s'entr^ouvrir, qui vient ici par cette mystirieuse entree ?Ce ne pent fetre Psychfe.

En effet, sur le seuil de la porte secrfete, parurent deux personnages qui n'avaient avec la nouvelle fille d'honneur aucun point de ressemblance, Le premier avait nom Henri de Lorraine.

Le second : Henri de Valois, roi de France.

Henri de Navarre et notre quatriime Henri reconnurent aussitdt les deux

princes.

— Ventre-saint-gris ! murmura le Biarnais, visiblement inquiet, quel sera le d^noAment de ceci ?

— L'aventure se complique ! dit Ji part lui Bois-Dauphin. Tant mieux! c'est ce que je demandel

Le roi de France et son beau cousin Henri de Guise, qui venaient de quitter le souper k peine commence, semblaient cependant beaucoup plus gais qu'k Tordin^ire, et Ton voyait que s'ils 6taient restis peu de temps k table, ils avaient su mettre au moins ce temps i profit.

— Elle n'est pas 12t ! dit le due de Guise.

— Ah! ah ! dit le Biamais en se penchant vers Henri de Bois-Dauphin. II parait que, comme moi, c'est' la jolie Psychfe qui les^atdrel Toi seul ici n'es pas amoureux d'elle!

Bois-Dauphin ne ripondit rien, mais un soupir s'ichappa de sa poitrine. Le Biamais ne Tentendit pas, car, en oet instant, Psych6 elle-mfeme entra dans Toratoire. — Le due avait eu le temps.de se, cacher derrifcre un pilier ; quant au roi, un large fauteuil, derri^re lequel il.s'fetait blcj^UiempfechaitPsychi de Tapercevoir.

La jeune fille 6tait belle, bien belle sous son costume de demoiselle d'honneur. . . plus belle encore que sous ses humbles vStements de pajrsanne, et les quatre Henri fixaient sur elle des yeux 6merveill6s.

La jeune fille vint s'agenouiller lentement devant le prie-Dieu qui dferobait Henri de Navarre k sa vue comme k celle du due de Guise et du roi.

Apris avoir pendant longtemps fait une muette prifere. Psyche leva des yeux suppliants vers une image de la Vierge plac&e de^nt elle et termina k voix haute la pri&re commenc^e mentalement :

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— Vierge sainte ! dit-elle avec une Amotion profonde, consolatrice des afflig^s, espoir des coeurs aimancs^ exauce la prifere que chaque soir je t'adresse. Veille, divine madone, veille sur celui que mon coeur a choisi. . . veille sur celui que j'aime ! veille sur Henri 1...

— Henri!... murmura aussitdt chacun des trois princes; Henri!... c'est moi. . . ce ne peut 6tre que moi !

Seul, Henri de Bois-Dauphin baissa tristement la tftte en se disant :

— Henri I . • . a-t-elle dit ; hflas ! ce n'est pas moi !

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