CHAPITRE V
L'escadron volant de la reine.
'itaient de charmantes creatures, en viriti, que les nobles demoi- ^selles qui composaient le bataillon f6minin de madame Catherine. La cour de France comptait pour le moins trois cents des plus ravissantes feinmes du pays. — Brantdme en a 6crit la liste, etlevieux Pferigourdin tombe en extase devant cette pliiade de divinitis. -
En revoyant cet essaim de beautis, Henri de Navarre crut voir to us les souvenirs desa jeunesse surgissant devant lui.
La Rebours, jolie blonde aux regards. languissants ! . . . La.Thorigni, charmante brune k la chevelure luxuriante !... La Fosseuse ! . . .
Madame deNoirmoutiers ! cette belle marquise que nousconnaissons diji... aujourd'hui si fortement Uprise du due de Guise, parce qu'il s'appelait Hefiri peut-fetre, comme ce beau prince de Navarre qu'elle avait tant aim6. Les quatre Henri reconnurent bient6t qu'ils s'6taient trompis de cachette.
— Les deux armies ont changi de position ! dit Bois-Dauphin.
— Par la mort-dieu ! . . . pensa le roi en voyant entrer Psychi i la suite des demoiselles d'honneur, cette petite nous a jou6s ! -
Chacune des nobles demoiselles semblait prendre k tiche de se tenir 41oignie de la jeune fille et de ne lui timoigner que mipris et didains. La pauvre enfant restait seule derriire leur groupe brillant.
— Oh! leurs insultes, dit-elle... lespoursuites du roi !... Je partirai... oui... malgr6 Marsiane qui, j'igiiore pourquoi, a voulu me retenir id!... Je partirai !...
Tout en parlant, la jeune fille avait jet6 un regard inquiet autour d'elle. Elle tremblait de rencontrer Toeil sinistre de Henri de Valois se fixant sur son visage.
LE MONDE FANTASTiaUE ILLUSTR^.
Sortezl... continua Henri 111, de ce ton impLTicux... (Page H'.)
Quelle fut sa stupifacuon en apercevant deiriire le fauteuil notre B6arnais I Se voyant recoimu de celle qu'il itait venu chercher au mque de sa liberti, de ses jours peut-^tre, le Gascon setnblatt le plus heureux homme du monde, et dc loin, U eovoj^ait mille baisers & sa gradeuse compatriote
Quoique le roi de Navarre fAt, nous le savons, singulifcrement sympathique i la Navarroise, sa presence ne laissa pas que de ripouvanter grandemem : b pauvre enfant songeait au danger qu il courait en ce chateau tout plein de ses ennemisi et elle se disolait en elle-m^me de se voir la cause involontaire de rimprud^nte conduitc de celui que ses parents d'adoption lui avaieot appris h ^ aimer et h binir.
Sa terreur fut ftu comble, quand k tt avers les replis ipais de la riche tenture cramoisie rehaussie d'arabesques et de fleurs-de-lb d*or, qui avait servi de retra«te au 4uc de Guise, oUe vit apparaltre le visage souriant de Bois-Dauphin.
— Henri I . . » Henri ! . . , dit-elle d*une voix Ateinte, id. . . dans cette deraeure, oh mille dangers le menacent... oil la hstlne do Lupus peuC tout contrc lui !..
Et> sous le poids de »on Amotion, elle fut obligee de s'appuyer au prie-Dieu. Levant ses grands yeux effrayAs vers la Vierg«, qui aembUit lui sourire :
— Oh! divine madone, murmura-t-^Uc, tu le latuveraa I . . . n*cst«ce pas que tu sauveras mon Henri?
Pendant ce temps, les demoiselles d^honneur (talent groupies autour de b Rebours.
L'escadron f^&minlQ semblait attendre quclquo secrete riv^Utioa de la jolie blonde que la rein^ Margot appelle dans ses Mimoires « une fille malicieuse qui ne Taimalt pas, ^
—Parle I parle I done! dit enfin mademoiselle de Tdrlgni avec son petit accent florentin qui no manquait pas d'un certain charme,
Une autre jeuae femme qui avait nom la Fosseuse, et qui, certes, ne le c^dait en ricn en fait de beaut6 k ses belles compagaeSi s*approchant de la Rebours :
'— Tu Qous as riunies cette nuit en ce sombre oratoire pour nous dire une grande nouvelle. Nous attendons.
Prenant un air profondiment mystirieux , et de sa main mignonnement engaatelAe, comme a dit Rabelais, attlrant aupris d'elle la rieuse Torigni et la milancolique Fosseuse :
-^Demoiselles, dit-elle, on vient de m*apprendre que le roi de Navarre est i Blola depuis quclques jours, et qu'autour du chateau oii la maladie de la reine now tient prisonniferes, il a 6t6 aper^u rAdant et chevaucliant, I — Le roi de Navarre? s*4cri^rent avcc chaleur les demoiselles d'honneur.
— Tiensl mon nom fait un certain effet, pensa le Biarnais en retroussant sa moustache.
— Le roi de Navarre! murmura Henri de Valois derrifcre son prie-Dieu. Diable d'6cervel6! Tout cela lui jouera quelque michant tour.
En entendant les paroles de la Torigni, Psychi itait devenue pile comme la mort. Elle eflt voulu, pour tout au monde, imposer silence it la jeufle femme. Car, sans savoir encore oil le roi de France et le due de Guise se tenaient cachis, elle pressentait qu'ils itaient i deux pas d'elle.
LE MONDE FANTASTiaUE ILLUSTR6. 243
— Le Bfcarnais!... k Blois !... dit i son tour la marquise de Noirmoutiers, d*un petit ton aigre-doux qui prouvait qu'elle ne s'ttait pas quitt6e au mieux avec le roi de Navarre. Cela est-il possible !... Et que doit dire de son absence la sensible Diane d'Audouins, la tendre comtesse de Guiche, en un mot « la belle Corisande ? »
— Aic ! fit le B6arnais dans son coin. EUe a bien besoin de parler de mes amours devant Psych6 ?
— Ce mauvais swjet ! reprit la Torigni. C6tait un bonhomme! A ce mot, le roi de Biarn fit la grimace.
Psyche souffrait d'entcndre ainsi parler de celui qu'elle respectait depuis son enfance. Etson regard se porta vers lui comme pour lui demander pardon de n'oser prendre sa defense.
Ce regard n'^chappa pas k Henri de Bois-Dauphin, qui murmura en jetant un coup d'oeil d'envie au B6arnais :
— Comme elle Taime I
— Ce cher B6arnais I reprit la Florentine. Quel air vainqueur, lorsqu'il lan^ait aux femmes ses oeillades assassines ! le nez au vent, le poing sur la hanche, et frisant avec fatuitt le bout de sa moustache !
Et tout en imitant la d-marche du Biarnais, h la grande liesse de ses compagnes, la Florentine se prit i debitor avec une volubilitt vraiment comique toute la kyrielle de jurons qu'aflfectionnait le prince de Biarn: a Sandisl... cadidis!... mordis!... mordiou!... per-di!... per-diou!... farfandiou !... ventre- saint-gris ! voil2l une jolie fiUette !... »
— Henriot, demanda le B6arnais k son compagnon d'aventures, que dis-tu du portrait?
— Frappant, sire, ripondit le jeune homme.
— Bien obligt ! dit le roi.
— C''est tgal , reprit madame de Noirmoutiers , qu'il prenne garde ^ lui.
— Pourquoi ? demanda I'assemblie.
Psychfe, plus attentive que les autres, tcouta la riponse de la marquise, qui poursuivit :
— Parce que la reine-mfere ayant appris Tescapade du Biarnais, il y a quatre jours, a jur6 que s'il avait de nouveau I'audace de rentrer dans le B16sois, il n'en sortirait pas vivant !
— Bonne mtre Catherine ! murmura le Biarnais, je la reconnais bien li !... toujours la mfeme k mon igard ! La maladie ne I'a pas chang^e !
Psychi, au comble de Teffroi, ne put s'empfecher de s'icrier : , — La reine a dit cela ? »
Madame de Noirmoutiers , sans mfeme toumer la tfete vers la jeune fille:
— Et personne au monde, continua-t-elle, n'oserait lutter contre la volontA de la reine...
— Au p6ril de ma vie, je Toserais, moi!... dit Psychi d'une voix fennc et haute. Oui, continua-t-elle avec une expression singulifere et en appuyant sur chacun de ses mots, si le roi de Navarre s'^tait riellement introduit dans cette viile, dans ce chiteau mfeme... et si je venais i Vy surprendre... fuss4-je entour^e de timoins, je saurais encore le supplier de fuir, et, s*il le fallait, lui en indiquer le moyen.
Tout en parlant, les yeux de la jeune fille s'itaient toumis vers la porte secrfete par laquelle le roi et le due de Guise s'fetaient introduits dans roratoire. Cette porte conduisait k un passage itroit et obscur communiquant d'un c6t6 avec les appartements du roi, de Tautre avec les jardins bas du cMteau. Le B6arnais et Bois-Dauphin avaient suivi le regard de la jeune fille, et, se glissant sans bruit derriire les piliers, tous deux avaient gagn6 la porte secrite et cherchaient dans la muraille le ressort qui la faisait ouvrir.
— Mais les personnes prisentes, demanda la Rebours d'un ton gouailleur, vous supposez done, ma mie, qu'elles consentiraient a fermer les yeux?
— Oh! non... non, sans doute !... r6pondit timidement la jeune fille, mais h, ces t^moins dangereux je dirais... je dirais...
— Vous diriez, quoi ?... achevez done, ma eh^re ! interrompit la Rebours avec impatience.
Et chacun r6p6ta :
— Achevez done !
— Ah ! mon Dieu ! . . . mon Dieu ! . . . s'icria Psyche en prenant subitemem un air terrific. Regardez... li-bas!... Ik-bas, demoiselles!...
Et elle indiquait le c6t6 de Toratoire oppos6 k celui oil se trouvaient en ce moment le jeune B6arnais et son compagnon.
— Voyez ! . . . voyez ! . . . continua Psyche avec un effroi que partageait chacune des filles d'honneur, voyez se glisser le long des murailles ce spectre pile et livide... ce fant6me qui jette sur nous des regards de feu... C'est le Chasseur Noir qui passe !... c'est le damni qui rode k Theure de minuit!
Aprfes quelques instants de silencieuse terreur :
— Je ne vois rien ! se hasarda k dire la Torigni.
— Ni moi ! dit une autre.
— Ni moi I ni moi ! . . . reprit-on en choeur.
— Que disiez-vous done, ma mie?... fit la Rebours, ce fant6me?...
— Ce fantdme, r6p6ta la jeune fille, il itait li, madarae ;mais, ajouta-i-elle avec un sourire, il n'y est plus !
Tout en parlant, Psyche avait suivi de Toeil les mouvements du Biarnais et de Bois-Dauphin. Ce dernier, faisant jouer le ressort cacht dans la muraille, avait faeilement ouvert la porte seerfete, et les deux huguenots, envoyant de loin un baiser de remerciment i leur gentille protectrice, s'fetaient hardiment engages dans la galerie noire. C'est en voyant la porte se refermer sur le B^amais que Psyche, qui n'avait pas plus aper^u de spectre que ses compagnes, avait dit avec une telle joie :
— II y 6tait ! mais il n'y est plus !
Tout entier k la pritendue apparition, le roi marmottait des oraisons sans s*inqui6ter de rien autre; il rfcitait son cHapelet si haut et si fort, que Psych6, qui se trouvait pr^sdu prie-Dieu, I'entendit sans peine. S'avan^ant de quelques pas, elle regarda.
— Le roi !... il 6tait encore li! dit-elle.
Involontairement, elle jeta un coup d'oeil autour d'elle, et sous la draperic qui le cachait k moitii, elle aper^ut Henri Je Lorraine.
— Le due de Guise ! murmura-t-elle, lui aussi...
L'exclamation de Psyche, si faible qu'elle fut, avait iti entendue de madame de Noirmoutiers :
— Le due de Guise, avez-vous dit?... interrogea la jalouse marquise en s'avan^ant vers la jeune fille ; et de quel droit prononcez-vous ce nom ?
Psychi, confuse, interdite, ne savait que dire. Elle balbutia quelques phrases insignifiantes qui avaient tout I'air d'excuses, et dont la marquise fit mine de se contenter.
Naturellement, lenomdu due de Guise, jet6 au milieu de la foUe assembl6e, avait bien vite fait oublier le Chasseur Noir et sa lugubre visite.
— Le due de Guise !... r6p&ta la Rebours, avez-vous remarqu6, mesdames, comme depuis quatre jours il est bien avee Sa Majest6?
— Oui, sans doute, dit la Fosseuse ; depuis leur fameuse reconciliation, ils ne se quittent pas.
La marquise, que ses soup^ons n' avaient pas abandonn6e, ^touflfa h grand'peine un soupir, qui n'ichappa pas k la Torigni. Saehant b, quoi s'en tenir au sujet des relations du prince lorrain avee madame de Noirmoutiers, la Florentine n'eut garde de manquer cette occasion d'etre d^sagr^able h la marquise en lan^ant quelques petites railleries ^ Tadresse de M. de Guise.
— Le due ! dit-elle ; triste et maussade personnage, en viriti ! itemel politique! ennuyeux k mourir quand il parle de ligue et de ligueurs... et par malheur ne parlant jamais que de cela !... Ah ! ce pauvre prince n'est pas gai k entendre, et Taffrcuse balafre qui lui sillonne la face ne le fait pas bien gai i voir!... Je ne sais si je m' abuse, mais le hiros de la Saint-Barthfelemy doit faire un Strange amoureux !... Je parierais que son coeur est de fer comme son armure !... Moi, d'abord, rien qu'Ji le regarder, j'ai le frisson. Et vous, marquise ? ajouta la malicieuse fille en se retouniant vers madame de Noirmoutiers, qui se mordit les Ifevres et ne r6pondit pas.
Le due fetait furieux. Le roi se pimait d'aise :
— A vous, mon beau cousin ! dit-il en se penchant vers Henri de Lorraine.
— Au reste, continua la Torigni, qui se trouvait en verve apparemment, si le due fjut trembler, son bon ami Henri III produit Teffet contraire, et e'est hasard de le regarder sans rire.
— Ouais! pensa le roi, que dit-elle lii?
— A vous, mon cousin ! murmura le due.
— Tu t*6tonnais tout k Theure, poursuivit la Florentine en s'adressant 2i la Rebours, de Tamiti^ aussi subite que merveilleuse de monseigneurde Guise et de Sa Majesti Henri de Valois... quand je t'aurai tout dit, tu t*4tonneras bien plus encore.
— Parle ! parle ! s'^cria la curieuse assemblie.
— Eh bien, voici ma nouvelle... reprit la jeune femme : d'accord avec Mayenne et le cardinal de Lorraine, ses fr^res, d'accord avec sa soeur, la duchesse de Montpensier, qui, depuis peu, est arrivie h Blois, monseigneur le due de Guise veut tout simplement se faire proclamer roi de France aux lieu et place de cet infortun6 Valois !
— Roi de France ! ripita I'escadron volant.
Le roi tressaillit ^ ces paroles, et lan^a un de ses plus sinistres regards & Henri de Lorraine.
— Votre Majest&j Sire, n'ajoute pas foi, je pense, k ces bavardages de femme? dit le due.
— Moi 1 r&pondit le roi, Dieu m'en garde !.*.
— Enfin?... questionnfcrent les jeunes femmes.
— Enfin, poursuivit la Florentine, dans' une stance secrite tenue ce matin mfeme, au point du jour, chez le cardinal de Lorraine, les ligueurs ont ofFcn la couronne de France au due de Guise !
— Et le roi... le roi, qu'en feraient-ils done?...
— Ah ! cela, jeTignore ! ripondit la Florentine.
— Je le sais, moi, r&pondit madame de Noirmoutiers avec un petit air de triomphe.
Le due fit un mouvement pour s'ilancer vers elle.
— Restez, restez, mon beau cousin, dit le monarque ; leur babil m*amuse, et je le veux oui'r jusqu'au bout !
Madame de Noirmoutiers fit signe k ses compagnes de se rapprocher d'elle, et apris un moment de silence, elle reprit k voix basse :
— Ce que les ligueurs feraient du roi?... demandez-vous... — Un moine ! . . .
— Un moine ! rfep6tferent les jeunes femmes.
— Oiii ! rtpondit la marquise ; et mademoiselle de Montpensier a dit ce matin aux ligueurs, en leur montrant des petits ciseaux d'or qui pendaient 1 sa ceinture : « C'est pour faire la couronne monaeale k Henri, quand il sern confin^ dans un monastire. » Et ces ciseaux, le cardinal de Lorraine les a b6nis.
Le roi itait livide de rage. Ses dents claquaient i se briser, ses doigts crisp6s s'enfon^aient furieuxdans le chfene du prie-Dieu.
Le due, devant le danger, avait bien vite repris son audace habituelle. H se tenait immobile et muet k deux pas de son ennemi, essayant de d^mentir par sa contenanee les terribles paroles de son imprudente amie.
LE MONDE FANTASTiaUE ILLUSTRjfe.
Psychi, elle, 6tait glac6e de terreur. Un instant elle avait tit sur le point de courir k la marquise et de lui crier : « Le roi est 1^ I » mais un regard de Henri HI I'avait clou6e k sa place.
— A moi maintenant de faire ma confidence, dit la Rebours.
Ses compagnes se pressferent bien vite autour d'elle, et, d'un ton de mysttre, elle reprit :
— Si le due a ses projets, le roi a les siens aussi ! Vous savez qu*il y a quelque temps nous avons vu arriver au chateau des moines de divers ordres. Le roi les a log6s au-dessus de ses appartements, dans un vaste grenier distribu6 en cellules... Eh bien, ce matin, dans le mSme temps, je suppose que les ligueurs tenaient stance, Larchant, le capitaine des gardes, a fait sortir secritem^nt les moines de leurs cellules, et il a install^ k leur place les quarante-cinq gardes ordinaires de Sa Majesti. . . Le roi lui-mfeme est mont6 auprcs d'eux, et il a exig6 le serment...
— Silence, malheureuse !... s'^cria le roi d'une voix terrible en s'Han^ant au milieu des filles d'honneur.
— Le roi ! . . . dirent-elles avec ipouvante.
^^S#rtez!... continua Henri IE de ce ton impirieux que lui seul savait prendre quand il voulait. Sortez ! ripita-t-il. Eh bien ! monsieur Ic due, continua-t-il en se croisant les bras, lorsqu'il fut seul avec le due de Guise, qu'cn dites-vous ?
— Et vous-mSme, sire ?
— Ah ! vGs partisans vous ont ofFert ma couronne !
— Ah I vos quarante-cinq gentilshommes ont fait le serment de m'assassiner !
— Renverser du trdne le roi de France ! reprit Henri IIL Le jeter dans un cloitre ! Et votre frire le cardinal a b6ni les ciseaux ! v
— Et vos sicaires aiguisent les poignards !
— J'avouc que je ne vous crois pas capable d'une telle Rcheti 1 continua Ic roi.
— Et moi j'avoue, ripondit le due avec insolence, que je ne vous crois pas capable d'un tel courage !
Le due, en parlant ainsi, s'itait croisi les bras et regardait en face le roi de France.
Celui-ci, devant cette provocation, semblait en proie i la plus violentc colfere; mais bientot sa colore tomba, et son regard se baissa devant celui du due de Guise.
— Mon beau cousin, reprit-il d'un ton doucereux et en s'efforgant de sourire, je Tai toujours pens6 et le veux croire encore, vos ennemis et vos amis aussi peut-6tre vous calomnient en vous prfetant des desseins qui ne furent jamais les v6tres.
— J'en dirai autant de vous, Sire, pour Thonneur de Votre Majest^.
— Votre main, mon bien-aime cousin.
— Elle est comme mon coeur, Sire, elle ne tremble pas! ripondit le due en la lui tendant. Dieu garde Voire Majesty ! dit-il ensuite en s'inclinant devam Ic roi.
Et d'un pas majestueux, il sortit de Toratoire.
— Larchant!... dit IJenri III au capitaine des gardes qui venait d'entrer, pr^venez le colonel Crillon que je Tattends sur Theure en mon vieux cabinet! allez ! w i .'
Quant Larchant se fut 61oign6,-le»roi sortit i son tour en munnurant d'une voix sinistre : - - : .
— « Celui qui pressera votre maiii dans la sienne sera celui qui vous frappera. » ' * * " » . ,
Ces mots retentirent lugubrement sous lcsai:ceaux de Toratoire ; et tousles 6chos du vieux chateau les ripitferent. Les girouettes, en grih^ant siir leurs tiges rouill^es, les redirent aussi, et les corbeaux.perchis dans les crineauxJes croassferent i leur tour. - '. . -
Ces mots parvinrent enfin aux oreilles de celle qui les avait proiionces pour la premiere fois. ''/:.--
Marsiane veillait daiisla chambre de Catherine de.M6dicis.Lavieilj|jiSne avait voulu que seule elle demeur^t la nuit auprfes d'elle!
En entendant ces paroles prophfciques qu'elle essaiyait en vain d*oublier et qu'un pouvoir sumaturel lui rappelait sans cesse, elle se leva frissonnante.
Devant elle, I'ombre de Nostradamus se dressa pile et sombre comme la premiere fois. -...,,*
Le spectre fit signe b, la vieille temme de le suivre... Et Marsiane obfeit.
Aprfes avoir traverse d' obscures galcries, de sombres corridors, le spectre s'arr&ta devant une porte que fermait i nioitii une ^paiisse tenture. « Une voix qui tremblait de colore parviht jusqu'i Marsiane. • Sur Tordre du spectre, elle &outa. — Bientot elle poussa un cri fetoufFe, et son visage pirit une expression d'indicible dtsespoir.
Quelle 6tait done cette voix qui parlait ?... et que disait-elle ?