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CHAPITRE VIII

Oil Tanneau royal joue un tout autre rAle que celui sur lequel on comptait. j

oyant que Bois-Dauphin ne venait pas le rejoindre, le B^amais avait pressenti aussit6t que le jeune homme itait en piril, et, sans hisiter un instant, il 6tait revenu pour le sauver ou partager son sort. Artaban et ses hommes avaient voulu le retenir de force ; mais, malgrfe eux, le roi avait rebrouss6 chemin.

— Le roi de Navarre I s'^cria Lupus en Tapercevant. Et chacun r6p6ta surpris :

— Le roi de Navarre !

Psych6 poussa un cri de terreur :

— Lui ! lui I murmura-t-elle en pMissant. Perdu aussi 1 Marsiane, en reconnaissant le Biarnais, avait, comme Psyche, laissfe ichap-

per une exclamation d'efFroi :

— Le roi de Navarre! dit-elle. II est ici!

— Et il aimerait mieux fetre ailleurs, ventre-saint-gris I riposta le Biamais avec cette inalterable gaiet^ contre laquelle le danger m&me de sa situation prisente ne pouvait rien.

—Sire, dit Bois-Dauphin d'un ton p6n6tr6, c'est mal k vous d'fetre revenu!

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— As-tu pens6, mon fils, ripliqua le roi, que je te laisserais en danger sans essayer au moins de te secourir?,.. Mordiou ! messire Henriot, vous avez, h ce que je vols, m^chante opinion des rois en g6n6ral et du roi de Navarre en pardculier I

— Mais c'est votre vie que vous jouez en ce moment I

— Mais, ventre-saint-gris, monsieur, vous jouez bien la vdtrel Ne suis-je pas de force k faire m&me partie que vous ?

— Au fait, nous la gagnerons peut-fetre ! r6pliqua le jeune homme.

Une pensie subite venait de Tilluminer; il se rappelait I'ipisode que, dans la nuit de la prediction, Marsiane avait rappeli elle-m^me au Biamais, et qu'^ son tour, ce dernier lui avait racont6.

Se retoumant vers Marsiane :

— Je savais bien, ma chfere ennemie, s'6cria-t-il joyeusement, que nonseulement vous ne me laisseriez pas 6gorger, mais bien plus, que je vous devrais la liberti ! Eh bien ! je vous dis ici que tout votre courroux va s'ivanouir.., et que vous ne vous risoudrez pas k me perdre, sinon k cause de moi^ du moins k cause de lui !

Ce disant, ild^signait le roi de Navarre.

— A cause de lui ! balbutia la vieille femme.

— Vous avez entendu ses paroles, continua le jeune homme. Vous ne pouvez maintenant attenter k la vie de votre ennemi, puisque sans le vouloir je suis le vdtre, sans attenter aux jours de votre bienfaiteur !

— H dit vrai ! il dit vrai ! murmura la vieille femme.

— Vous ne pouvez venger votre fils, dit k son tour Psychi, en implorant la sorci&re, sans fttre inf^e envers celui qui Ta sauv6 ! — Pas de honteuse faiblesse, ma mfere! dit Lupus.

— Pas de liche ingratitude, madame ! dit Psychfc.

Pendant ces quelques mots, Bois-Dauphin s'6tait approchfc du B6amais et lai avait appris de quelle puissance 6tait investie la devineresse, gr^ce k Fanneau royal.

— AUons, un bon mouvement, dit Bois-Dauphin k la vieille femme. Remettez-nous cette bienheureuse bague, qui seule pent faire baisser le pont-levis en notre honneur !

— Cette bague ! k vous ! r6p6ta Marsiane.

— Ou i moi, si vous le prifferez ! . . . ripliqua vivement le Biamais en tendant la main. Mais, continua-t-il avec fermeti, pour nous sauver Tun et I'autre !... Et si vous refusiez pour lui, Marsiane, je n'accepterais pas de vous un service que cet ami ne pourrait partager!

La vieille femme itait vaincue, et, tout en essayant de se prouver k ellemfeme qu'elle n'ipargnait Bois-Dauphin qu'i cause du roi, peut-fetre 4tait-elle bien heureuse, en sauvant Henri de Navarre, de sauver Henri de Bois-Dauphin .

— Sire, dit-elle au B6amais en lui remettant la bague, toute ma vie vous appartient, et ma vengeance, je vous la sacrifie.

— Malediction ! hurla Lupus.

— Lupus, poursuivit la viclUe femme d*une voix impfirieuse, ob6is ^ Tanneau royal, et que tes archers les prot<^gent jusqu'au deli des murs du chateau.

— Moi! moi !... grommela le gnome.

— Je le veux.

Psyche etait rayonnante de joie ; Bois-Dauphin, lui, acceptait cela comme la chose la plus naturelledu monde. II avait toujours eu la ferme conviction de sortir sain et sauf dc ce gufipier oii il s'dtait jet6 dc gaieti de cocur. II en sortait, et il se disait en lui-meme qu'il ne pouvait en 6tre autrement.

Le Biarnais, un peu moins fataliste que notre jeune hdros, se rdjouissait, et grandement, dc ce d6noument qu'il n'osait pr6voir :

— Vcntre-saint-gris ! ma digne amie, dit-il i la vieiUe femme en lui serrant cordialement la main, vous verrez que je ne suis pas si Gascon que j'cn ai Tair et que je vous revaudrai cela un jour ou Tautre!...

Se retournant ensuite vers Psychi :

— Au revoir, ma jolie payse ! lui dit-il.

— Ma belle demoiselle, Dieu vous garde ! dit i son tour Henri de Bois- Dauphin. Ce voile, qui vous appartient, ajouta-t-il avec Amotion, en lui montrant le l^ger tissu place sur sa blcssure et que tachetaient quelques gouttes de sang, ce voile, je vous le rapporteral.

Mais la jeune fiUe lui r6pondit, en accompagnant ses paroles d'un ind6finissable sourire :

— Ce voile, je vous donne licence de le garder, messire, en souvenir de moi! ajouta-t-elle d'une voix si basse, qu'elle n*entendit pas elle-meme ses paroles et que Bois-Dauphin fut seul i les recueillir.

— « En souvenir de moi ! » r^pita le jeune homme. Sang du Christ ! est-ce done moi qu'elle aimerait?

Le Biarnais lui frappa brusquement sur I'ipaule et le tira de son extase :

— En route, camarade!

— Je suis aux ordres de Votre Majesti ! rdpondit vivemcnt Bois-Dauphin. Ma tr^s-chfere ennemie, poursuivit-il en s'adressant i Marsiane, longs jours je vous souhaite !

Se retournant ensuite vers Lupus :

— AUons, marche devant, ours mal 16ch6 ! et surtout ne Joue pas ainsi avec le coutelas qui te pend au coti!... Du reste, ajouta Bois-Dauphin en tirant de son pourpoint un pistolet dont il n'avait pu se servir dans la bagarrc, — je te surveille.

— Et moi aussi! dit le roi en plagant un second pistolet sous le ncz dc Lupus. — Voili, continua le Biarnais en riant, qui doit encore augmenter la puissance de I'anncau royal.

Peu aprts, le pont-levis du chateau de Blois s'abaissait, et la garde de nuit, doubl6e tout exprfes par Lupus pour arrSter nos deux aventuriers, s'inclinait

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respcctueusement sur leur passage, ;\ la vuc de cc procicux talisman que Icur avait remis la sorci6re.

Une fois hors du chateau, ils respircrcnt un peu plus libremcnt ct marchtrent droit dcvant cux. A unc ccmainc dc pas du vicuK chateau, ils retrouv^rent le paysan auquel ils avaicnt confie Icurs montures, avant d'escalader la tour du Foix.

Le paysan, transi do froid, battait lascmellc le plus phllosophiquemcnt du raonde, en attendant le rctour des deux huguenots.

A leur approche, il repeta Ic mot d'ordre: « France », — et comme nos deux Henri lui r6pondirent immidiatenient par le mot convenu : a Navarre », le paysan s'empressa dc detacher les deux chevaux et de les leur amener.

Une demi-heure apris, le roi de Navarre et son jeune compagnon atteignaient I'entree de la foret de Blois.

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