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CHAPITRE IX

Oil Ic spectre de Nostradamus apparaJt dc nouvcau.

pr6s le depart du roi de Navarre et de I'itudiant, le vieux chiteau 6tait redevenu silencieux et sombre, et chacun avait repris le chemin de son gite respectif : Psychi, heureuse et souriante, avait regagn^ le

dortoir des filles d'honneur, non sans avoir beni du fond du cocur cellc qui

venait dc sauver son Henri bien-aime et ce roi de Navarre dont la destinfee

semblait unie i la sienne par un lien myst^rieux. Lupus, 6cuniant de rage, avait regagne Tantichambre du roi, ou, chaque

nuit, il dormait comme un chien a la porte de son maitre. Marsiane fut la dernitre i quitter les vastes cours descrtes. File 6tait rest^e

prcsque immobile i sa place. Mille pensecs contradictoires s'entre-choquaient

dans sa ttite briilante.

— II m'^chappe! murmura't-elle... Encore ! toujours ! Et elleajouta :

— Pourquoi done, lorsque la rage et la fureur devraient seules me faire bondir le cceur, pourquoi une incomprihcnsible joie s'est-elle empar^e de mon ^me ?

Et comme elle achevait ccs paroles, elle crut entendre dans les airs un petit rire ironique qui lui r^pondait.

Peui peu, le rire devint plus bruyant ct plus distinct,

Elle leva les yeux : tout riait autour d'cUe: toits, cheminies et girouettes.

Les corbeaux qui voletaient au-dessus des tourelles poussaient, eux aussi, des eclats de rire incroyablcs.

Le vieux chateau de Blois tout entier, quittant sa gravitd siculaire, Jctait aux ichos de la for&t voisine un rire colossal, titanique, gigantesque, qui gagna bient6t les vieux chfenes eux-mfemes.

Les portes massives tremblferent sous I'efFort de cette rafale diabolique, et les gonds rouillis se prirent k rire.

Les lourdes assises de pierre des salles basses et des galeries souterraines firent leur partie lugubre dans ce concert infernal, monstrueux, fantastique.

Et dirigeant cet Strange vacarme, Marsiane aper^ut enfin Tombre de Nostradamus qui, debout sur les galeries supirieures, se d^tachait luniineuse sur I'azur du ciel et considirait la sorcifere d'un air d'indicible ironie.

Et la voix du spectre, aussi ligfcre que le son des harpes iolienncs que le vent faisait vibrer au faite du vieux chkeau, descendit jusqu*i la devineresse et lui r£p6ta ces mots qu'elle avait entendus une fois d6]^ dans la for^t^ an carrefour maudit:

— La science que jet'ai liguie ne pent mentir! Ta prediction s'accomplira, la destin^e des quatre Henri suivra son infaillible route !

Et de nouveau un petit rire sardonique s'ichappa des Ifcvres glacies du spectre; et les corbeaux, les girouettes, les murailles, qui n'attendaient que ce signal apparemment, recommencferent de plus belle leur myst6rieux vacarme.

— Tu te venges, mon pfere, murmura Marsiane, de ce que j*ai os& nier Tinfaillibiliti de ta science. Pardonne-moi... pardonne!... Et dis-moi, chfcre ombre que j'ai osi maudire, dis-moi par quelle itrange puissance ce jeune homnie me domine et se rend maitre de mon ime et de mes sympathies, lorsque tout m'ordonne de le hair, lorsque le sang de mon fils me defend de lui pardonner !... J^ai pass6 bien des nuits i demander aux cartes magiques I'explication de cet inexplicable mystfere, mais toujours elles sont resties muettes. Un Strange soup^on m'est venu plusieurs fois au coeur. Que dis-je! un soupfon? une sublime esp6rance a envahi mon Sime. O mon pfcre! vous qui savez tout aujourd'hui, vous k qui la mort a dessill6 les yeux et qui voyez ce qui est i Timmense clart6 de rtternelle lumifere, dites-moi, onibre que je vinfere, si cette espirance, qui me rijouit Time aprfes tant de larmes et de disespoir, n'est pas un nouveau leurre, une nouvelle raillerie du destinPMon fils n'est pas mort peut-fetre, et peut-fetre un jour me sera-t-il permis de Tembrasser avant de descendre au tombeau?

L'ombre rfepondit:

— Peut-toe !

— ^ Qii'as-tu dit ! s'icria Marsiane frimissante. Peut-Stre ! Peut-fetre! Oh! tu |ie peux mentir, n'est-ce pas ! Tu ne peux te jouer de celle qui fut le sang de ton sang, la chair de ta chair ! .. . Oh ! parle encore,* ombre chfere et sacrie !... Achfeve cette r6v61ation qui me transporte... Mon fils existe !... Oh ! dis... dis un mot, un seul qui puisse me guider vers lui !... fut-il au bout du monde,

Dans une dpouvaniablc tanusmagarie, Catherine voyat se dresser ses innombrables victinies. (Page 267.)

i'irai pieds nus, courbie sous la haire et le cilice ; fQt-il au di:l^ des mers, je I'irai retrouver ! Parle 1 parle ! ombre protectrice. . . un mot I un seul !.* un indice, un signe ! et je vole vers lui !

Le spectre resta muet.

— Oh ! par piti6 ! par grdce ! implora la vieille femme en joignant Ics mains, | r^ponds ! r6ponds ! . . . C'est ma vie que je te demande ! . . • C'est moo bouheur ! . . . C'est mon salut ^ternel !

— Je ne te puis r^pondre aujourd'hui! dit enfin le spectre.

— Et quand me ripondras-tu ? demanda Marsiane.

— La nuit qui^ comme celle-ci, pr6c6dera un metutre!

— Un meurtre ! s'icria Marsiane.

Et le spectre s'^vanouit aux regards de la vieille femmCy en r^pitaot son iternelle phrase :

— La destinte doit s'accomplir.

Marsiane poussa un cri» elle vendt de se rappeler tes desseins do roi et I'assassinat projet^ du due de Guise. A moici6 folle, die s'ilan; a vers les appartements du roi. A la porte. Lupus I'arreta au passage :

— Vous ne pouvez ptn6trer, ma mfere, dit-il brusquement et d*un ton d'animosit6 que le depart de Bois-Dauphin expliquait suifisamment.

Du Halde, qui dormait dans un coin, se riveilla en sursaut et vint prfiter main-forte k Lupus.

— Le sire de Loignac, dit-il ensuite k Marsiane d'ufl ^ de mystire> doit seul se trouver au lever de Sa Majest6.

— Le sire de Loignac! dit-elle. Oh! je comprends pourqucttl... Je veux i entrer, vous dis-je... j*entrerai! '

Lupus et du Halde se placirent devant la porte et emp^ch&ieilt h vieille femme d'aller plus avant. !

Mais le bruit itait parvenu jusqu'au roi, et, de sa part, Louise de Piobos, premiere femme de chambre, vint demander la caute de ce tumulte fioctume.

— Dites h, Sa Ma)est6, r^pondit Marsiane d'une voix ferme et haste, qu'il faut que )e la voie b. Tinstant m6me, qu'il y va de son honneur..* de savie!

Louise de Piolans courut h la chambre royate etr6p£u h Henri QI les paroles de la sorci^e.

— De ma vie! s*icria le Valois, Laissez entrer cette feinme.». Et Marsiane entra.

— Qu'cst-ce done et que me viens-tu dire h. cettc heure de nuit? demanda le roi visiblcment inquiet.

— Sire f dit Marsiane en s'avan^ant bardiment vers le roi, de votreclimence j'ai implor.', il y a peu d'instants, la vie du due de Guise, maintenant je I'exige de vous !

-»- Tu I'cxigcs !

— Oui, Sire ! continua la vieille femme. J'ai p.irdomid i mon ennemi et Tai sauv6 de la mort ! Je veux que vous parJonniez au votre et le sauviez aussi.

LE MONDE FANTASTiaUE ILLUSTRfi.

— Tu as pardonni, toi?... questionna le roi avec surprise.

— J'ai pardonn6 !

— C^est bien! r^pliqua le monarque. Ce ne sera pas encore aujourd'hui! poursuivit-il rfeveur. Allons!... attendons! Du Halde, cria-t-il Jt son premier valet de chambre, quand M. de Loignac se prisentera, vous lui direz que j'ai diang^ d'id^e et n'ai rien k lui dire !...

— Sire, soyez b6ni ! s'6cria Marsianc radieuse. Dfcs demain, poursuivit-elle en s'iloignant h pas pr^cipitfes de la chambre du roi, dte demain, je saurai bien forcer le due i s'iloigner de Blois et fuir la vengeance de Sa Majest6.

La reine, qui s*6tait riveill^e en sursaut i Tentrie de la «orciire, osa demander au roi Fexplication de tout ceci; mais le roi se contenta de lui ripondre :

— Dormez ! dormez, madamc, et ne prenez souci de ce qui se passe en ce chikteau : ce sont affaires qui ne regardent que moi.

La pauvre reine poussa encore un soupir et se tut. Quant au Valois, il ferma les yeux et se rendormic peu apris en murmurant :

— EUe a pardonni, elle!... jc dois pardonner aussi, moil

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