‹ Le Monde fantastiqueChapitre 76 sur 104 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

A la fin duquel reparaisscnt les mcndiauts de la for^t de Blois.

'un des balcons du chateau, Valois vit les cendres du due jet^es 2i la rivifefe.

Le vent, qui soufflait avec force, en emporta la plus gfande partie dans la direction du ch^teau^ et le roi en fut tout couvert. Longtemps il fit d'inutiles efforts pour s'en dilivrer ; mais les cendres s'attachaieht k ses vfttements d'utie si Strange matli^re, qu'on eAt dit un suaire qui I'enveloppaiti

II ressentit un tressaillement inVolontaire^ et, quittant vivement le balcon^ il ordonna k ses pages de lui apporter sur Theure d'autres v^tements.

En un instant, ses Crdres furent ex^cut^s.

— Qu'on ne nous rcprisente jamais ces hardes ! dit-il en repoussant du pied les chausses et le pourpoint qu'il venait de quitter. Jamais I vous entendez, messieurs ! ou de par la mort-Dieil, je vous en ferais repentir I

Ce disanti il se dirigea vefs les appartemcuts de la reine-m^re.

Catherine, depuis Taccis 6pouvantable que nous avons dit, 6tait litteralement cntre la vie et la morti Miron, premier m&decin du roi, qui la veillait tout le jour, et Marsianei qui restait pr&s d'eile chaque nuit, s'attendaient, k toute seconde, h, la voir s'^teindre entrc leurs bras.

Qjiand le toi p6n6tra dans la chambre de la moribonde, celle-ci se tfouvait un peu plus calme. Son ^tat n'en 6tait pas moins d^sesp6r6, mais sa raison fitait presque revenue tout entifere, et dfes qu'elle aper^ut son fils, elle ressentit une grande joie, qui, tout d'un coup, lui fit oublier ses souffranccs. C'^tait la Dremiferc fois que le roi la venait voir depuis la nuit que nous avons raconl6e : un sourire erra sur les l&vres fl&trics de cette reine mourantc, qui, malgri tous ses crimes, n'en ^tait pas moins pour Henri III la plus tendre des mJires.

Elle souleva aveC peine son beau bras, dont I'dge et la maladic n'avaient pu changer les formes sculpturales, et tenditJi son fils une main que celui-cisaisit machinalement.

La vieille reine le regarda itonnie : elle f emafquait la p&leur effroyable qui lui couvf ait la fftce et le tremblement convulsif qui, des pieds k la tite, le faisait frissonner.

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— Henri! mon fils! dit-elle d'une voix faible, bien faible, mais cepeadant distincte, que s'est-il done passi et que viens-tu m'apprendre ?

Le roi lui dit tout; . ,

C'itait peut-(&tre la premiere fois qu'on de ses enfants commetcait ua-^ciime auquel elle n'eut participA en rien. A compter de cet instant, elle- vit qu^'Mit itait fini pour elle, et que, vivante encore, elle itait dijk morte pour tens*

— VoiUi, mon fils, un grand coup ! dit-elle aveo'une amfere tristesse^ m^ en avez-vous privu les suites ? • j

— J*ai pourvu i tout, madame, r^pondit le roi avec un sourife de triomphe.

— C'est bien coupi, reprit la Florentine ave£ lih Strange sourire, un so'urire d'envie peut-6tre, — c'est bien coupfe, mais il faut coudre, k present !... avezvous prisyos mesures? '. - .

— J'ai pourvu k tout, vous dis-je, ma m^re, et la mort. du due de Guise me fait roi d^sormais. . "^ i'

'' — Dieu veuille, poursuivit la Florentine en soupirant, que cette mort ne vous rende roi de rien ! . . .

-:- Roi de rien ! r6p6ta, dans le fond de la chambre, une voix sinistre.

Henri se i'etourna vivement. II reconnut Marsiane, qui se tenait immobile et dfesespirie sur le seuil de la porte. *

— Encore cette foUe ! murmura-t-il en haussant les 6paules. Puis, se retournarir vers' sa fnfere : ^

— Par la inbrt-Dieu, madame, dit-il avec humeur, ce n'itaient pas des reproches que je venais chercher aupris de vous !

Et, brusquement, il sortit de la chambre de la reine-mfefe* et rembnta chezlui. . .'' . •

Catherine 6c6uta le bruit! de ses pas se perdre dans Tescalief^ -r- Pas un mot pour moi, dit-elle, i pas une caresse ! . . . - ,"

Et elle pleura. . / - '

— Pleurez ! pleurez, reine ! dit Mirsiane en s'avan^ant i pas lehts vers la couche de lamourante. Pleurez ! la France aussi pleiirera, et ses larfnes seront des larmes de sang ! . :

Treize jours apris le meurtre des Guises, le 5 . janVier 1 589, la feine Catherine expirait au milieu des souflfrahces les plus horribles, au milieu des terreurs les plus violentes. Dans une eflfroyable fantasmagorie, elle vit, pour la secondc fois, la couronne des Valois violemment arrachie du front de son fils, et toujours, toujours, dans son diUre, Timage de Henri de Navarre lui apparaissait, souriant de son itemel sourire sarcastique et railleur. Et cette couronne, cause de tant d'infamies, de tant de crimes, c'itaitlui, toujours lui, le B6amais, qui la posait insolemment sur sa t&te.

La veuve de Henri 11, qui avait fait tant de bruit pendant sa vie, mourut comme la demifere des femmes de France, dans sa triste chambre de son triste chateau de Blois.

LE MONni! FANTASTICiUE ILLUSTR^.

Le pAk- f.mlAnic de Guise assassinu k poursuivati sans lepos ni treve. (Page 233.)

La guerre civile empficha les d^pouilles mortelles de la reine-mfere d'fitre trinsponees au royal sipulcre de Saint-Denis. On la deposa, — maladroitement embaumfee, nous apprend la chronique bl^soise, — dans Piglise de Saint-

LE SPFXTRE DU CHATEAU DE BLOTS.

Sauveur, it Blois. Mait bimtdt U d6compofition du corps ne permit plat dcla conserver, 11 fallut Tenterrer «n pldne terrc dans T^glise,

Catherine de Midicis laUsait pour hull cent millc 6cus de dettes : Henri IH, roi de France, vit vendre i I'encan lei meubles de sa m&re, dont le prix pe put suffire k payer ce qu'elle devalt, tana quHl ftkt au pouvoir du rol de combier le deficit.

La mort de Catheriney la p6nurie dans laquelle 11 se trouvalt, tout enfin se r^unit pour accabler le roi. Un autre que lul ett puis6 peut-^tre dans ces revers une audace qui Teftt sauvA; lui courba la tftte et s'avoua vamcu.

Indiclsi hesitant, il ne aavait quoi r^soudrc. Enfin, chacun lui conseillant de se rapprocber du roi de Navarre, qui continuait ^ guerroyer en Saintonge, il se d6cida i prendre ce parti.

L'entrevue des deux roia devait avoir lieu au chateau de Plessis-l^s-Tours. Et vers les demiers jours d'avril, Henri de Valols quitta sa lugubre forteresse bl^soise, pour se rendre en la ville de Tours.

Lc roi avait hilte d'abandonnor le chateau de Blois.

Les nuUs qu'il passait entre ses sombres nturailles 6taient devenues insoutenables, Le p&le fantdme de Guise assassin^ le poursuivait sans repos ni trdvc. £veilli, endormii Henri le voyait sans eesse en face de lui« fixant sur H^ yeux hagards ses deux grands yeux morts.

Un soir, en sc mettant au lit, Henri se laissa choir sur le plancher. En se relevant, il vit que sa main 6tait tach6e de sang.

Citait k cette m6me place qu'^tait tombi le due de Guise, perci de coups.

Le roi ordonna i ses serviteurs de laver la place, lis obiirent, mais lc sang reparaissait toujotirs liquide et vermeil, comme s'il venait d'etre vers6. — EtU tradition bl6soise dit que « deux cents ans encore aprte le crime, Ton put voir, en la chambre royalci la tache de sang telle qu'elle italt au premier jour. »

Peu aprfes, le roi s'enfuyait de Blois au grand galop de son cheval. La nuit commen^ait k venlr et la nature 6tait triste et lugubre, Malgri lui, Henri de Valols tourna la t^te du c6t6 du vleux chateau ou s'ttait accompli cet ipouvantable crime.

Jamais Tantique forteresse n'avait eu I'aspect plus sombre et plus fatal.

Soudauii le roi devint bl^me comme un mort. Ses cheveux se dressirent d'6pouvante sur sa tSte, ses dents claqu^rent au point de se briser...

Au-dessus du chateau, planait I'ange de la justice divine, qui faisait briller son 6pie flamboyante aux yeux de Tassassin.

Et millc voix fantastiques s'ilevant des entrailles de la terre, s'61an^ant du sein des nuages, fciisaient retentir Fair de ces mots terribles :

« Cain ! Cain ! qu'as-tu fait de ton frfere ? »

Au moment mSme oil le roi quittait le chateau de Blois, deux personnages de notre connaissance, qui, depuis plusieurs jours, se dirigeaient i pied vers Paris, en arrivaient i leur dernifere 6tape.

LE MONDE FANTASTiaUE ILLUSTR6. 283

L'un ctait le jeune moine jacobin que vous savez.

L'autre itait le petit mendiant maigre et piile que nous avons diji vu chez la sorcifere.

Tous deux, aprfcs la nuit passee chez Marsiane, dont ils avaient quittc la dcmeure b, la suite des quatre Henri, itaient venus k Blois, d'od ils s'^taient eloign&s le lendemain m^me au point du jour.

Le religieux adressait en marchant la parole k son jeune compagnon de route :

— Vous m'avez dit que vous n'itiez pas de cettc ville ! . . . dit-il en montrant du doigt au petit bonhomme les portes de Paris, que malgri la nuit on distinguait parfaitement, grice au clair de lune.

— Non, mon frfere ! rfepondit Tenfant.

— Et de quel pays 6te5-vous done ?... qucstionna le moine.

— D'une cit6 grandement 61oign6e , mon frcre!... ripliqua le petit. La ville ou je suis nh est bfitie tout entierc sur unc haute montagne, au pied de laquelle coule une belle rivifere.

— Et comment appelez-vous cette ville ?

— Angouleme !

— Angouleme ! ripita le moine. — Pauvre ville martyre 1 continua-t-il comme se parlant k lui-m6me... qui fut, il y a vingt anS) ia proie des calvinistes I

— Oui !... oui !... interrompit I'enfant avec une exaltation singuliire... Dix ans avant ma naissance !..» Et mes parents ont ttt ruinis comme tant d'autres I*., et je suis pauvre aujourd'hui l.». bicn pauvre I et je $ui$ force de vivrc de la charit^ publique!... je mendie un morceau de pain qu'on ne m'accofde pas toujoursi Mendier !... mendierl... Ah! je n'aime pasmendier!... ajouta I'enfant avec un sentiment de colt^re.

— Le ciel commande rhumiliti, mon enfant ! dit le moine* Et ne suis-je pas all6, moi-m6me, dans le Blisois, pour recueillir les aumdnes que les 4mes charitables ont bien voulu acCorder i mon prieuri ! . * . Et que compte^-vous faire i Paris, mon enfant? continua le moine.

— Las I mon frire, r^pondit le jeune mendiant, je vais essaycf de jftiettrc i profit la petite instruction que m'a donnAe ma m^re, et t&.cher de trouver quelque mince emploi qui me fasse vivre, quelque piitre place qui me donne un morceau de pain I . . . j'espfere obtenir li ce que je ne puis me procurer ii Blois.

— Si le sort ne vous vient point en aide, reprit le moine, venez frapper au couvent de la porte Saint-Antoine ct faites-moi quirir.

— Quel nom dcmandcrai-jc, mon frcrc? intcrrogca Tcnfimt.

— Jacques Clement! — rcpondit Ic moine. Et votrc nom, i vous, quel est-il ? •

L'enfant rcpondit Ji son tour :

— Francois Ravaillac.

(Suite du Spectre du Chateau de Blois. )

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