CHAPITRE II
Des bonnes chmes que dit le page du roi de France i roffider du roi de Navarre. ffi'lSSjJendant quelques instants, Bois-Dauphin, sans dire un mot, resta en ^ E^ contemplation devant le petit page. — Celui-cij souriant d'un mali- K^jofcieux sourire, le consid^ralt du coinde Toeil.
— Comrae vous me regardez, mon officicr! finit-il par dire en iaisant quelques pas vers le jeune homme.
— C*est vrai ! rApondit Bois-Dauphin, je ne suis pas maltre de mon emotion.
— Ah ! vous fetes 6mul fit le page d'un petit ton gouailleur.
— Qiie je meure 1^ si, rien qu'en te regardant, je ne suis pas trouble jusqu'au fond de T&me.
— Grand mercii mon officierl riposta le gentil enfant. — Non, pour moi, reprit-il bien vit6, mais pour elle, pour ma soeur... car je suppose que c*est a elle seuie que votre Amotion s'adresse.
— Sa soeur 1 sa soeur 1 murmura le jeune homme. — Oh ! cette voix.. . ces yeux!
— Je n^entends pas! interrompit le page. A quoi songez-vous, mon officier?
— A vous I... ripondit Bois-Dauphin avec entralnement. Benjamin partitd'un dclat de rire.
— Nonl.». non I poursuivit Tex-^tudiant. — Je veux dire i elle.-. a Psyche.
— APsych6 ! ripita le page. Je m'en doutais et je vois que j'aurai toujours i vous remercier pour elle.
— ficoutez, Psych6..* s'icria le jeune homme que la voix du petit page semblait ravir en extase. ficoute, Benjamin, reprit-il ensuite, en entendatit Tenfant partir d'un nouvel iclat de rire. Un roi vient de te parler de ta soeur, de Tamour qu'elle lui avait inspire, que dirais-tu si je t'avouais que moi, pauvre officier de fortune, je suis le rival de Henri de Navarre et que i*aiine Psychi, que je Taime i en perdre la raison ?
Le page se ditourna pour dissimuler la subite rongeur de son front.
— Je savais votre amour I dit-il, sans oser regarder en face le jeune officier, je le savais et depuis longtemps.
— Depuis longtemps ! r6p6ta Bois-Dauphin surpris.
— Ma soeur me Ta dit ! r^pondit le page.
— Elle a devini ! s'icria Henri avec transport.
— Une femmey voit plus clair en ces questions-lique nous autres hommes, reprit Tenfant.
— Enfin, poursuivit Bois-Dauphin, puisque par cUe tu as appris qu'elle avait compris ma tendresse, tu dois savoir, i ce sujet, toute la pens^e de ta soeur; je t'en prie, je t'en supplie, cher enfant, continua le jeune homme avec instance, n'hisite pas k me dire tout, dAt ta r6v61ation m'enlever mon dernier espoir. La v6rit6 ! au nom du ciel ! la v6rit6 !
— Vous me demandez li, mon officier, une explication bien delicate, riposta le petit page, mais, bast ! entre gargons ! Psych6, continua-t-il, m'a dit i mon depart: a Tu vas 6tre toujours auprfes de lui... »
— De lui? rip^ta Bois-Dauphin.
— Oui! c'6tait de vous cette fois... de vous, mon officier, que me parlait ma soeur. « Ne le quitte pas... ajouta*t-elle, ne le quitte jamais, mon firire,
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LE MONDE FANTASTiaUE ILLUSTRlS. 29 1
veille sur lui, sois son bon g6nie, et d6fends-le centre le danger, centre tons les dangers. »
Bois-Dauphin avait 6cout6 avec transport les paroles de Tenfant; raais peu h peu son front se rembrunit et tristement il murmura :
— Ne t'a-t-elle pas dit d'en faire autant pour le service' du roi de Navarre ?
— A peu prfes ! rtpondit Benjamin, mais avec une nuance diffirente : « Contre tous les dangers. » Cela veut dire que pour vous, continua le page en baissant les yeux^ elle en redoutait quelques-uns d'une nature toute particuliire.
Bois-Dauphin jeta un regard ^tonn6 sur I'enfant, qui poursuivit :
— « Ce n'est pas tout de le d^fendre, a-t-elle ajout6; moi aussi, pauvre femme, difends-moi, mon frfcre, d6fends-moi contre lui, m&me contre mes rivales, si je devais jamais en avoir. Prfet i m'oublier, qu'il te trouve sans ccsse entre ces femmes et lui, pour me garder son coeur. »
Bois-Dauphin £tait cette fois dans le ravissement le plus complet :
— Aim6 ! je suis aim6 ! s'6cria-t-il.
— Ma soeur ne vous e6t jamais fait cet aveu ! interrompit Benjamin en souriant, mais entre gar^ons I...
— Oh ! cher petit page ! reprit I'officier avec transport, doux mcssager de bonheur, il faut que je t'embrasse.
Le page fit un brusque mouvement de retraite :
— M'embrasser ! par excmple 1 dit-il d'une voix efFray6e. — Au fait, reprit-U en se rapprochant, entre gar^ons !
— Mon ami ! mon frire I s'^cria Bois-Dauphin en pressant la fr&le creature entre ses robustes bras.
Heureusement pour le petit page, un officier du roi de Navarre vint mander Bois-Dauphin de la part de son maltre, et le jeune Hercule dut mettre un terme k ses 6treintes trop amicales.
— Au revoir I au revoir I cher enfant ! . . . dit-il i voix basse, nous reparlerons d'elle, n'est-ce pas, souvent, bien souvent !
— Tant que vous voudrez, mon officier ! rtpondit le petit page.
Et le cceur plein d'une joie immense, plus heureux mille fois que tous les rois de la terre, Bois-Dauphin s'iloigna de m£me que I'officier qui I'^tait venu quferir au nom du roi de Navarre.
Le petit page suivit longtemps le jeune homme du regard :
— Oh ! oui ! dit-il ensuite d'une voix profondiment Amue, oui, Psychfe t'aime, bon et loyal coeur, ^me noble et vraie, et je te le jure, Psychi n'aimera jamais que toi !