‹ Le Monde fantastiqueChapitre 82 sur 104 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Oil Ton apprend ce qui se passe d Paris apr6s Tassassinat du roi Henri III.

i rimpression produite sur la capitate par le meurtre de Guise avait 6t& profond^ent douloureuse et pinibley tout autre fut I'effet que fit i la ville r6volt6e la nouvelle de la mort de son Ifegitime souverain.

Eh apprenant la fin terrible de Henri de Lorraine et de son frhre, les larmes avaient coul6 de tous lesyeux^

Partout c'itaient des g^niissements et des sanglots^ des cris de douleur et de disespoir.

L'avocat Pierre Versoris 6tait mort de chagrin, et jusqu'i ses derniers moments, il n'a^ait cess& d'embrasser le portrait du due de Guise, en appelant son assassin' des noms les plus odieux.

On avait arrachi les armoiries de Henri de Valois, plac6es au portail de r^glise de Saint-Barthilemy, et on les avait trainees dans le ruisseau.

On avait d^truit sur tous les Edifices les figures du roi, et partout ofi se trouvait son portrait^ on Tavait mis en lambeaux.

Non content de cela, le peuple parisien, qu'il n'est gufere facile d'arr&ter lorsqu'il se met en train, s'6tait port6 en foule h T^glise Saint-Paul, et h, coups de hache, avait d6truit les tombeaux et les figures de marbre que le roi y avait fait Clever k la m^moire de ses mignons Saint-Migrin, Qii^lus et Maugiron.

A I'annonce de Tattentat commis par Jacques CUment , les ligueurs se livr&rent h des transports de joie impossibles k dicrire; c'6tait une veritable ivresse, une jubilation k nuUe autre pareille.

La duchesse de Montpensier, soeur du due de Guise, embrassa k plusieurs reprises le messager qui Tinstruisit le premier de T^v^nement qui venait de s'accomplir k Saint-Cloud.

— Mais est-ce bien vrai, au moins! s'6cria-t-elle, est-il bien mort^ ce per-

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D^s que Ic pont fut acbevii, ce fut un chat qui \t premkT le traversa. (Page 307.)

tide tyran ? Je ne suis marrie que d'une chose, c'est qu'eti le frappant le moine ne lui ait pas dit que c'est moi qui I'ai fait faire !

EUe parcourut ensuite les rues avec la duchessc de Nemours, en criant du haul de son carrosse :

— Bonnes nouvcUes, mes amis ! bonnes nouvelles ! La France n'a plus dc tyran ! le dernier des Valois est mort !

La duchesse, par un indecent caprice, voulut que le deuil de Henri HI tut port6 en vert, et de sa propre main, elle distribua dans tons les quartiers, dans tous les faubourgs, des icharpes de cette couleur.

Dans toutes les rues, on alluma des feux de )oie, et la foule, h. moiti£ ivre, dansait autour des flammes en hurlant :

« Le roi est mort ! le roi est mort! Vive Jacques, le saint martyr! Vive le capitaine Clement ! »

Les pr^dicateurs iirent k chaque sermon I'&loge de Tassassin. On publia des Merits apolog6tiquet de son crime, on grava son portrait pour le placer sur les autels.

La duchesse de Montpensier, aprfes d'actives recherches, avait fiai par (aire d6couvrir la mhn de Jacques Clement, et la pauvre paysanne avait 4ife install4e pres^e de force dans Thotel m£me de la duchesse.

L^, du matin au soir, on accourait voir cette malheureuse femme, fort intrigu6e sans doute d*itre ainsi consid6r6e comme une b^tc curieuse par ces £anatiques idiotS«

Sixte-Quint, ce pritre qui de gardeur de pourceaux itdt devenu pape , Sixte-Qjiint, disons-nous, osa, en pUJn Consistoire, comparer le moine regicide au Sauveur du monde, et fit dc sa sanj^«inte prouesse le dignc pendant des actions de Judith et d'^l^azar.

De la part d'un homme de ginie comme Sixte-Quint, cette declaration semble inoule, impossible ; on a cherch6 maintes fois i en nier 1' authenticity, mais sans jamais y parvenir.

Tous ces 4v6nements, on le comprend, ne s'^taient passes que successivemeat ; mais nous les avons rapport^s ici tous ensemble afiu de n'avoir plus i y revenir.

Maintenantt que nous en avons fini avec ces ditmls, retoumons aux deux hiros survivants de ce ricit, c'es^i-di^e k S. M, Henri IV, par la grice de Dicu, roi de France et de Navarre, et i notre )eune ami Henri de Bois-Dauphini par la grftce du roi, premier gentilhonime de Sa Majeste et capitaine de sesjpardes*

— Les larmcs ne le feront pas revivre, s^itait icrii le Biamais aprfes la raon du roi. Les vraies preuves d'affection et de fidiliti sont de le venger; pour moi, j*y sacrifierai ma vie : nous sommes tous Fran^ais, et il n*y a rien qui nous distingue en notre devoir pour la mimoire de notre roi et le service de notre patrie !

On proposa d'ilever un catafalque sur le pont de Saint-Cloud, ce memc pont qui, suivant la ligende, fut b4ti par Satan en personne.

Durant les guerres des quatorzifeme et quinziime sifcdes, Tancien pont, construit moitiA en pierre, moitiA en bois, avait M si fort endommagi par le canon, que, sous Henri II, on songea i le reconstruire. Le diable, lyaut

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apparu ^ rentrepretieur, s'engagea k terminer le pont avec une bri&vet6 toute fantastique, k la condition que I'entrepreneur lui livrerait le premier fetre vivant qui passerait dessus ; mais, ajoutc la 16gende, saint Cloud, du fond de sa ch^sse, avait tout entendu> et d6s que le pont fut achev&, ce fut un chat qui le premier le traversa. Si bien que maltre Satan dut se contenter de Time d'une bSte. Comme, en cette circonstance, Tesprit malin avait 6t6 plus bftte encore que le chat, il ne soufHa pas le mot et retourna en enfer tout penaud » et contrit, et tenant son matou sous son bras.

Devant le catafalque que Ton voulait ilever sur le pont diabolique, on devait faire difiler Tarm^e, faire jurer k chaque soldat, sur le corps du monarque difunt, de venger sa mort, de fondre ensuite sur Paris, d y porter le fer et le feu et de massacrer le conseil de TUnion, les Seize, la Ligue tout enti^re.

Henri IV, qui savait son arm6e divis^e d'int^r&ts et de religion, et qui ne se fiait que m^diocrement k ses principaux chefs, trouva prudent de lever le si6ge de Paris.

Le$ derniers devoirs qu'il disirait rendre k son pr&d6cesseur lui servirent d'un honn^te pr^texte.

n prit le deuil de violet, et conduisit le corps du roi k Compiigne.

II le d6posa dans Tabbaye de Saint-Comille, oil il lui fit faire les cirimonies fun&bres aussi splendides que le lui permit la p&nurie du moment.

N'y pouvant assister en personne, k cause de sa religion, il en confia le soin kM.de Bellegarde etau due d'£pernon, favori de Henri in.

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