‹ Le Monde fantastiqueChapitre 83 sur 104 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Oil le B^amais remet le si^ge dc^'ant Paris,

le ne fut que le 31 octobre suivant que Henri IV sehasarda k remettre !le siige devant Paris.

Nous passons sous silence les engagements, les escannouches et les batailles que, pendant Tintervalle, le B^amais eut k soutenir contre I'armie de la Ligue.

La plus c^l&bre dl ces journ^es fut la journie d'Arques. Ce fut aprfes ce combat qu^il ^crivit k Crillon ces fameuses ligncs : « Pend&-toi, brave Crillon, nous avons combattu il Arqucs, et tu n'y 6tais pas! Adieu, brave Crillon, je t'aime k tort et k travers. »

Lorsque le roi, fortifi6 de cinq mille Anglais, avec les troupes de Picardie et Champagne et une nombreuse noblesse accourue au secours de son roi, parut devant la capitale, les Parisiens, exalt6s par les discours de la duchessc de Montpensier et les chefs de la Ligue, prirent les armes.

Le lendemain mfeme de son arrivie, Henri IV for^ait le faubourg Saint- Germain.

Dans une rue voisine, Sully, le due d'Aumont et Chatillon cernfcrent une troupe de Parisiens et ils en tuferent plus de quatre cents.

« — Je suis las de frapper, dit alors Sully, je ne saurais plus tuer gens qui ne se difendent pas. »

Les troupes royales se mirent ensuite i piller les maisons, et Sully eutpour sa part de pillage deux ou trois mille 6cus.

Pendant ce temps, le roi pinitrait dans le faubourg Saint- Jacques, et le peuple, au lieu de le repousser, se tenait aux fenfetres et le regardait curicusement passer en criant :

« Vive le roi ! »

Li, tout pillage fut difendu, et le peuple n'eut k subir nuUe violence.

Le roi se trouva bient6t prts de Tfeglisede Saint-Germain.

Par un brusque mouvement, il gravit Tescalier du clocher, et, quand il fut en haut, il se prit k considirer attentivement cette ville immense dont il 6tait le maitre, et dont il ne pouvait cependant acheter la possession veritable que par bien du sang et bien des misferes.

Passant la main sur son front, il essaya d'en chasser ces sinistres pensies, et redescendit auprfes des siens.

Le due de Nemours, 6tant accouru avec sa cavalerie, Mayenne avec son infanterie, les troupes royales durent abandonner les faubourgs.

Aprfes ce coup de main, le B6arnais s'empara successivement des villes d'^tampes, du Mans, de Vend6me et d'Alengon, puis fondant tout d'un coup sur la Picardie, il prit Domfront, Falaise, Lisieux, Bayeux,,Honfleur, puis, au retour, il s'empara de Meulan, k sept lieues de Paris, et mit le siige devant Dreux.

En six mois, la Ligue avalt perdu quarante places.

Le quatorzifeme jour de mars, les deux armies se trouvferent en presence auprfes du bourg d'lvry.

« — Compagnons ! s'icria le roi en pla^ant sur sa tfete un casque surmonti de trois plumes d'une iclatante blancheur. Si vous courez aujourd'hui ma fortune, je cours aussi la v6tre, je veux vaincre ou mourir avec vous ! . . . Gardez bien vos rangs ! continua-t-il d'une voix forte. Si la chaleur du combat vous les fait quitter, pensez aussit6t au ralliement, c'est le gain de la bataille. »

Disignant ensuite trois poiriers qui s'devaient k sa drofce, il poursuivit :

« — Vous ferez le ralliement entre ces trois arbres que vous voyez li-haut, et si vous perdez vos enseignes, comettes et guidons, ne perdez pas de vue mon panache Wane, vous le trouverez tou jours au chemin de Thonneur et de lavictoire. »

On crut un instant Henri IV tu6 ou pris.

Les royalistes 6branl6s se disposaient k la retraite ; Henri surgit au milieu de ses troupes :

LE MONDE FANTASTiaUE ILLUSTR^.

— Toumez visage ! leur crie-t-il, afia que si vous ne voulez combattrc, vous me voyiez du moins mourir !

La bataille fut gagn^e.

De seize mille hommes qu'avait le due de Mayenne, h peine s'en sauva-t-il quatre mille.

Dans la.diroute: « Sauvez les Fran^ais! criait le roi, et main basse sur I'fetranger! »

Aprfes cette iclatante victoire, la Sorbonne n'eut rien de plus press^ que de rendre un d6cret qui d^fendait aux catholiques de recevoir pour roi un h6r£tique, sous peine d'etre punis comme tels.

Au moment oil cet arr^t fut rendu, le canon du B^arnais retentit aux portes de Paris.

Dans Tespace de deux heures^ tous les faubourgs furent pris et tous les moulins brAl&s.

Si le roi eClt ktk mieux seconds, il itait maitre de la ville.

En effet, qu'itait-ce alors que Paris ?

Une ville sans gouvemeur, sans magistrats sirieux, sans la moindre police.

Chacun voulait 6tre le maitre, et Ton salt de reste quels beaux r^sultats cette pretention pouvait amener ; sans compter qu'il n'y avait li qu'une artillcrie grotesquo^et des munitions de guerre dirisoires.

En tout et pour tout, les assiig^s possidaient une seule pi&ce montie et qui pAt promptement servir.

Le fait pent sembler invraisemblable, mais c'est dans les m^moires authentiques du temps que nous puisons ces' details, et c'est un ligueur qui les rapporte.

Les murailles de la ville 6taient dans un tel 6 tat de delabrement, qu'cn plusieurs endroits on y montait aussi facilcment qu'i une ichelle, et Ton en descendait de mfeme.

Qpant aux provisions, il y en avait pour quinze jours tout au plus.

Henri TV, bon gr6 mal gr6, dut se borner au blocus dc Paris, et pour ne pas perdre son temps, il alia s'emparer de la ville de Mantel.

Les Parisiens profitirent du s6jour du roi en cette demifere ville pour faire k la hAte les provisions les plus urgentes et s'occuper des fortifications.

Les bourgeois et le menu peuple travaillaient du matin au soir, les seigneurs allaient les voir travailler, et les pr6dicateurs les exhortaient au travail. *

On fit ensuite un recensement g^n^ral : il fut reconnu qu'il existait dans Paris deux cent trente mille personnes.

Bien que, relativement k notre population d'aujourd'hui, la population d'alors fflt bien minime, toujours est-il qu'en fort peu de temps les provisions furent £puis6es.

La disette survint, et bientdt la famine, comme les hideux vampires des 16gendes du Nord, vint appuyer ses l^vres impures sur le coeur mSme de la

pauvre ville assi^g^e, et se prit k lui sucer goutte k goutte le peu de sang qui lui restait dans les veines.

On occupait le peuple de sermons, de processions, de voeux, de saluts ; mais le bon peuple comnien^ait k se plaindre tout haut, et les chefs de la Ligue, voulant raffermir son courage abattu, publiirent un arrfet qui mena^ait de Jeter dans la riviere les premiers qui parleraient de se rendre k Henri de Bourbon : une mani^re comme une autre d'empecher les gens de se plaindre.

Le jour, disent les auteurs contemporains, on 6tait attendri par la vue des moribonds qui se trainaient dans les rues.

La nuit, on ^tait p^n^tr^ de leurs plaintes lugubres qu'ils r^servaient aux t^n^bres, dans la crainte d'etre punis comme ri&actaires aux arrets qui difendaient de demander lapaix.

Des cadavres pourrissaient dans les maisous d^senesety devenaientlaproie desanimaux.

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