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CHAPITRE VI

La batdiere de la Baise.

la jeune Navarroise, bien qu'un peu pilie, itait toujours la charraante ifiUe que nous avons vue tour k tour chez la sorcifere de Blois, k la cour du roi Henri III, enfin au camp de Saint-Cloud, revfetue du gracieux uniforme des pages.

Bois-Dauphin, dfes qu'il la vit, s'61an?a d'un bond jusqu'i elk :

— Psyche ! s'6cria-t-il h moitii fou.

La jeune fiUe voulut parler; mais T^motion 6tait trop violente, elle ne put articulerun mot. Scs yeux sefermferent, ses Ifevres bl^mirent, e;t, poussant un cri de joie 6toufF6, elle tomba sans connaissance dans les bras du jeune homme.

Au bout de quelques secondes, elle revint k elle.

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Henri de Bois-Dauphin fut le premier qu'elle aper^ut.

Elle lui tendit la main ; mais un autre que son amant la saisit.

Elle poussa un cri de surprise: elle avait reconnu le foi de France.

LE MONDE FANTASTiaUE ILLUSTRlS.

— Silence ! je vous en prie, lui dit vivement ce dernier; pcrsonne ne me connait ici, ne me d6couvrez pas !

Les paysans avaient suivi cette scfene avec la plus grande surprise.

— Ah ^i ! dit BrideloA aux deux Henri, vous connaissez done la petiote ?

— Je le crois bien, mordiou I r^pondit le roi. Cette ch6re payse! Ventresaint-gri$, je suis aise de la retrouver en cette heureuse maison.

Le roi disait vrai : il itait ravi de Taventure ; et cet amour, que tant d'6v6nements avaient pu lui faire oublier, lui revenait au coeur, plus violent et plus sirieux qu'autrefois.

Bois-Dauphin, d'un ceil anxieux, avait considiri son royal maltre :

— Ah! dit-il, ce que je craignais est arrivi... sa passion n'itait qu'assoupie!... N'importe! reprit-il avec fermeti, je lui dirai tout, et, s'il le faut, je la lui disputerail

Henri IV n'avait d'yeux que pour la nouvelle venue et ne songeait plus k la petite Aurore.

— Comme il reluque Psych6, dit celle-ci avec d6pit; il ne songe plus ^ moi.

— C'est bien fait, dit derritre elle la voix du grand PJllot.

— Tu as raison, Pilot, ripliqua Aurore, et c'est moi qui ai eu tort ! Les moustaches, vois-tu... je ne m'y fierai plus. Pilot, ajouta-t-elle en lui tendant la main, je ne danserai plus la bourr^e qu'avec toi.

— Et je ne danserai plus avec belle-maman ! dit le paysan radieux ; ah ! je suis le plus fortuni des Navarrois !

— AUons! allons! cria la mfere Bridelou, qai d6cid6ment avait un faible pour la danse, puisque la petiote est remise de sa pdmoison, que la sauterie recommence.

— Bien dit, mordiou ! reprit le roi, sautons jusqu'au jour ! Belle Psyche, ajouta-t-il en s'avangant vers la jeune fille, permettez, je vous prie, que jesois votre cavalier.

Psyche n'osait accepter ni refuser.

— Pardon, mon cher Nicolas, dit rfesoliiment Bois-Dauphin en prenant la main de la jeune fille, mais mademoiselle Psych6 m'a promis d6ji.

Et la jeune fille dit en baissant les ycux :

— J'ai promis !

Le roi, m^diocrement satisfait, riitira sa demande ; mais Brideloil, lui donnant une forte bourrade, Tdoigna brusquement des deux amoureux :

— Arnibiou ! Nicolas, dit le meunier d*un ton sivfere, tu oses aller sur les bns6es de ton officier ! Qpi est-ce qui m'a biti un soldatt de ta trempe !

Le roi voulut ripliquer; mais une seconde bourrade de Bridelou lui cloua la bouche.

— Pendard de Bois-Dauphin ! grommela Tinfortuni monarque. Qu'est-ce que cela signifie ? Je le saurai.

En cet instant, Aurore passa pris de lui et le frola de sa jupe.

LA FONTAINE AUX FEES

— Contentons-nous de cette petite ! murmura-t-il ; et il ajouta : en attendant mieux. — Belle Aurore, ' poursuivit-il i voix haute, je reclame votre main.

— Pardon, dit le grand PMot en prenant la main de sa promise, et en cherchant k imiter les fa? ons et la phrase adress6e au roi par Bois-Dauphin un instant auparavant, pardon, mon cher Nicolas; mais mam'zelle Aurore m'a promis dtji!

Et de mfeme que Psyche, Aurore ajouta:

— J'ai promis !

Cette fois le roi iclata de rire :

— Bien jou6, mordiou ! c'est de bonne guerre; mais il ne sera pas dit, continua-t-il mentalement, que je n'aurai pas eu de danseuse!

Ce disant, il s'approcha de la grosse meunifere et lui tendit la main :

— Ma bonne madame Brideloii, lui dit-il d'un ton de bonne humcur et de franchise, j'ai Thonneur de vous prier de danscr avec moi !

— Comment done, monsieur Nicolas, r^pondit aussit6t la bonne femme, mais avec un trfes-grandplaisir.

— Au fait, pensa le roi, la m&re de famille, c'est la reinc de la maison.. — II danse avec ma belle-mere! sc dit le grand Pjllot avec une joie f6rocc;

ahl je suis veng<b!

Les trois couples se trimoussaient, en riant aux eclats, devant le feu de sarments qui petillait dans la haute cheminfee, et dont la flamme itincelantc eclairait d'une lueur fantastique «os infatigables danscurs.

A la fin, le p6re Bridelou ^'arrSta extinui au beau milieu de sa chanson, et les trois couples durent suspendre leurs bruyantes evolutions.

— Sur ce, dit-il, puisque le bal est fini, buvons presentcment, avant d'aller taper de I'oeil, un dernier coup en Thonneur de notre bon roi Henriot-

Et, pour la derniere fois, les gobelets se remplirent, et chacun porta un toast i la sant6 de Henri de Navarre.

Le roi, qui ne songeait gufere qu'i la belle Psychi, oubliant tout k fait son incognitOy crut de son devoir de remercier ses liotcs du fonddc Time.

Le meunier ^clata de rire au nez du roi :

— Eh bien ! dit-il, en I'honneur de quel saint tes remerclments, Nicolas ? Le roi s'aper^ut de sa bivue et balbutia quelques mots pour la justifier.

Le meunier Tinterrompit brusquement :

— AUons, Ini dit-il ensuite, tu es ivre, Nicolas, tais-toi et va ronfler.

— Va ronfler! rip^ta le Pilot, quis'itait install^ dans le grand fauteuil du meunier et qui dormait i moitii, va ronfler, Nicolas! va ronfler, mon gar(;on I

— Monsieur Tofficier, poursuivit Brideloii, si vous voulez avoir celui de me suivre. Je vais avoir celui de passer devaat vous pour vousmontrer votre giie. Marche dertifere nous, Nicolas, continua le bonhomme, et ne dors pas en route, surtout.

Aprfes avoir souhaiti une bonne nuit h la meunifere, i la gentille Aurore et h la belle Psychi, les deux Henri quittferent la sallc basse et suivirent le vieux meunier.

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