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CHAPITRE XI

Oil tout se dcnoue pour la plus grande joie des dfeu;^ amants.

euri IV itait, comme Psychi, sous le coup d*une Amotion violente. |De grosses larmes s'ichappaient de ses yeux et coulaient silencieusement le long de ses joues. Sa physionomie, peu d'instants auparavant obscurcie de sombres nuages, redevenait enfin douce, bonne et souriame, comme elle I'itait habituellement.

Psychi fit qjielques pas vers Bois-Dauphin, ct, le prenant par la main, elle Tamena jusqu'auprfes du roi.

Le jenne officier se jeta aux genoux de son royal maitre. Henri IV le releva vivement :

— Bois-Dauphin! lui dit-il en lui serrunt la main, j'ai tout oublie.

— Sire, repliqua Bois-Dauphin dont le visage rayonnait, Sire... je ne sais comment vous cxprimer mon ivresse...

— Perdiou liHion fils, riposta le roi dont la joyeuse humeur reprenait Ic dessus, si tu ne sais comment Texprimer, ne I'exprime pas, cela sera plus t6t fait et nous permettfa de regagner plus vite le moulin de ce brave pfere Brideloii qui, i Thcure qu'il est, s'est peut-etre aper^u de notre depart et nous accuse sans doute d'avoir cnleve sa fille d'adoption. Allons, mcs gentils tourtereaux, ajouta Henri IV, remettez au lever du soleil voire amoureux caquetage. Qui m'aime me suivc !

Ce disant, le roi. d*un pas rapide, se dirigea vers le rivage.

Un instant plus tard, les deux Henri et la jeune femme prenaient place dans

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ficoute, ecouie, Henriol, elk me park... die me parkl (Page J72.)

le petit batelet qui les avait amends k la Fontaine en rulne... Bientot le batelet s'arrJta pris du pont de branchages qui sAparait de I'habitation du meunier i'enclos oil £tait sltu£ le moulin.

370 LA FONTAINE AUX FEES

Les deux Henri escortferent Psyche jusqu'i la porte du pfere Bddeloii.

Psychi, sans bruit, regagna sa chambrette sans que le pcre Brideloii ni la grosse meuniire Tentendissent rentrer.

Aurore seule, qui couchait dans la^meme chambrc que Psyche, se reveilla en sursaut i Tarrivie de sa soeur adoptive.

— Eh bien ! interrogea curieusement Aurore, et Ic vieux Job, que t'a-t-ii dit ? son grand secret, tu vas me le rep6ter.

— H^las ! ma chfere Aurore, ripliqua Psychi dont le front se rembrunit a ce triste souvenir, le vieux Job n'est plus, et ce secret, il n'a pas eu le temps de me I'apprendre i moi-mSme.

— Ah ! fit Aurore desappointie, pauvre pire Job ! reprit-elle, comment, il est mort ! On m'avait dit pourtant que les sorciers, ga »e mourait pas !

Cinq minutes apris, le sommeil s'emparait de nouveau de la petite paysanne.

Psych6, elle, avant de se jeter sur sa couche virginale, s'agenouilla pieusement devant un petit Christ suspendu k son chevet, et elle pria du fond du cceur pour le repos de Time du vieux Job et pour le bonheur de tons ceux qu'elle aimait.

Quand elle eut termine sa prifere, elle se dirigea machinalement vers la petite fenitre de sa chambre et Tentr'ouvrit.

Elle regarda au loin dans la direction de la montagne.

La cabanedu vieux sorcier 6tait toujours 6clairee.

En voyant ces funfebres lumiferes. Psyche fit le signe de la croix. "

Au moment de refermer sa fenStre, la jeune femme jcta un regard du cote de Tenclos, ou s'itaient dirig^s les deux Henri aprfes Tavoir quitl^e.

Li, depuis d^ji longtemps, tous deux devaient dormir, car tout 6tait calme et silencieux.

— Ici, dans ce moulin, murmura Psyche, est tout ce que j'aime, tout ce qui doit me faire chirir la vie !

A peine achcvait-t-elle ces mots, qu'il lui sembla distinguer de Tautre cote de Teau," h travers les haies d'aub^pine qui bordaient I'enclos, comme uue forme humaine qui glissait dans Tombre.

— C'est Strange ! pensa-t-elle. Qui done pent i cette heure... ?

Elle regarda encore ; mais ce mouvement qu'elle avait cru remarquer ne se renouvela pas.

— Je me trompais, dit-ellc en rcfermant sa fenetre. C'est le sommeil, la fatigue, qui me troublent les sens ! . . .

Et se jetant sur son lit, elle s'endormit peu apris en r^pitant i

— Je me trompais !

Elle ne se trompait pas cependant, et c'6tait bieti en effet une forme humaine qu'elle avait vue ramper dans les aub6pines*..

Cette forme humaine, c'itait Marsiane la sorcifcre, e'^tait la foUe que nous avons vue, dans un pric^dent chapitre, fepouvanter si fort le naif amoureux

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de la belle Aurore. C'6tait lafantastique et lugubre apparition qui, le poignard dans la main, s'itait glissie d^ji dans ce mfeme enclos en proffcrant cette menace terrible : « Henri de Bois-Dauphin, je viens venger mon fils ! » et qui, i la voix du petit pitre Jacquinet, avait rebroussi chemin en disant : « Je reviendrai. »

La folle tenait parole : elle revenait non moins terrible et non moins mena^ante, et dans sa main le m&me coutelas itincelait toujours sous les rayons de la lune.

Marsiane, on s'en souvient, n'fetait pas entree seule dans I'enclos.

Un autre assassin, d'un pas si l^ger que ses pieds effleuraient i peine le sol, s'etait dirigi vers le hangar oil, sur sa paille, sommeillait Henri IV, en murmurant cette menace non moins terrible que celle de la folle :

— Roi huguenot, me voici !

Lui aussi s'^tait enfui k la voix du petit pitre, et lui aussi avait dit :

— Je reviendrai !

Comme Marsiane il tenait sa parole, et, non loin de Tendroit oii la folle demeurait accroupie, cet autre lugubre rodeur de nuit attendait, immobile, que I'heure fut venue de se servir de Tarme qui brillait dans sa main.

Aprfes avoir longuement pret^ I'oreille :

— Pas de bruit ! dirent chacun de son c6t6 les deux assassins.

— Celui que je cherche est maintenant endormi dans la chambre du moulin, pensa Marsiane. Allons !...

Le roi doit i cette heure sommeiller sous le hangar ! murmura Tautre assassin. A nous deux, Btamais maudit ! ajouta-t-il.

Et, sans bruit, ils se dirigferent, sans se voir. Tun vers la petite chambre du moulin, ou Tun de rios deux Henri reposait; le second vers le hangar, oil Tautre Henri dormait du plus profond sommeil.

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