‹ Le monde microscopique des eauxChapitre 18 sur 36 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L enchaînement clans le Monde microscopique.

— Dans la plupart des formes que revêt la wie élémentaire, le végétal et l’animal se con- Ifondent, ils paraissent avoir une commune origine ; leur développement s’opère de même lit d’après les mêmes éléments constituants. ILinné délinit ainsi les caractères des différentes blassitbations naturelles : « Les minéraux croissent; les végétaux croissent et vivent; ees animaux croissent, vivent et sentent. » Cet argument, dans sa concision, démontre que partout il y a croissance, partout il y a une i/ie propre. Les minéraux ont une vie latente; es végétaux, plus parfaits, sont animés d’une existence énergique et sensible; mais seuls <es animaux sont doués d’un mouvement Ipontané, libre et intelligent. Chacun a son

élément propre, le minéral a la molécule, le végétal la cellule, l’animal un tissu cellulaire composé et plus perfectionné, et cependant dans plusieurs circonstances, notamment dans la vie élémentaire, les signes sensibles distinctifs ne sont pas suffisants pour discerner leurs caractères. En suivant les pérégrinations de la molécule, on la voit du sol passer à la plante, et de la plante h l’animal, dont la dépouille retourne au sol après l’achèvement de sa vie. Les minéraux fournissent aux végétaux et aux animaux des matières ou principes immédiats, qui se transforment en parties constituantes; leur organisme s’assimile ces substances par l’intermédiaire de la digestion et de la respiration pour les animaux, et par la circulation pour les végétaux. Ceux-ci font de la matière organique en fixant et en combinant de différentes manières certains éléments minéraux; de même, les animaux produisent de la matière organique par la combinaison d’éléments végétaux et animaux qu’ils absorbent.

Les études microscopiques démontrent que ee végétal peut avoir une telle affinité avec , 'animal qu’on ne peut savoir auquel il apparient; la mobilité est le principe caractéristique de l’animal; on connaît des exemples de mobilité dans des objets classés comme végétaux , et d’autre part, certains, regardés nomme animés, ne font aucun mouvement.

Cependant, dans l’un comme dans l’autre, la de est manifeste. Existe-t-il un point de séparation tranché entre la ,i ie animale et la vie végétale? L’ordre naturel ces choses donne une réponse négative. En éluda nt le monde microscopique de l’eau, on est de lus en plus convaincu « l’impossibilité d’établir me ligne de démarcation lélinie. On voit, de part H d’autre, formation d’une simple cellule par me simple cellule, qui, depuis l’état embryon-

Fig. 28. — Couferves unicellulaires. Isolées , réunies en chapelet, enchaînées sur un axe crinuliforme.

naire jusqu’à l’âge adulte, subit ses métamorphoses suivant des lois invariables pour chaque espèce, auxquelles elles obéissent par une merveilleuse force occulte.

En parcourant précédemment, dans la vie animale microscopique, les différents types

Fig. 2Ü. — Mycélium ou filaments de Chain* pignons.

gradués qui s’étendent depuis l’organisation élémentaire jusqu’il celle qui est complète, quoique microscopique, on voit 1’enchainement qui les réunit. Dans les plantes microscopiques, la graduation est la même que dans les végétaux supérieurs, depuis le simple globule des Algues unicellulaires jusqu’aux Cou-

irves délicates et merveilleuses de contexture; uns la nature, les transitions brusques n’exisint pas.

La Motilité végétale. — Les eaux douces iintiennent une humble petite Conferve li la— icen leu se se propageant par multitudes telles ne, bien qu’elle ait à peine quelques fracions de millimètre de long, elle colore des '«ngs entiers. Ces Conferves sont les Oscilrriées, ainsi dénommées à cause de la faculté i elles possèdent de se mouvoir dans l’eau "Ontanément. Si l’on fait avec soin cette ex- :*rience au microscope, en ayant soin de les •pposer dans une goutte d’eau suffisante pour u elles puissent exécuter librement leurs monuments, on verra qu’ils sont de trois sortes. “ premier est une oscillation pendulaire de oite à gauche et réciproquement, il est exéiité par une seule extrémité, tandis que l’aute est immobile et sert de point d’appui. Le cond est une flexion du filament sur lui— pme ; il est secoué allernativement, comme

le serait un ver dans sa progression. Le troisième est une répétition longitudinale, ou une translation du filament dans sa longueur. Harvey, qui le premier étudia ce phénomène avec une attention toute spéciale, pense que ce mouvement rliythméqui pousse le filament avec un certain instinct apparent est évidemment d’une nature tout autre que la spontanéité des mouvements exécutés par les animaux; il doit être considéré comme l’expression de certains changements vitaux, prenant place dans l’intérieur des cellules. La chaleur, la lumière sont des causes déterminantes trèsénergiques, car, avec le froid et dans 1 obscurité, la motilité n’existe pas.

Lin autre groupe de Conferves qui constitue une famille a part, les Diatomées, a beaucoup été étudiée par les micrographes à cause des faits curieux qu’elle présente. Kützing 1 a jugée d’une importance suffisante pour lui donner une large place dans son Species Alrjarum. Au nombre des caractères spéciaux qu’on y rencontre, on peut citer la motilité

'une certaine classe, les Navicules; comme pîs Infusoires, elles se meuvent, et môme avec k-eaucoup de rapidité, sans qu’on puisse disimguer aucun organe locomoteur analogue à peux des Infusoires. On est tenté, de prime I bord , de croire qu’un courant créé dans le quide qui le contient peut jouer un rôle d’admetion et être une fréquente cause d’erreur I ans lesobserva lions. Quandon laisse longtemps Ajourner le liquide dans une position bien horizontale, il finit par se fixer définitivement ;

I un autre côté, en faisant attention que les i îouvements s’exécutent en différents sens oposés, on a une preuve de leur spontanéité, .tes Navicules, dont le nom Navicula (petite «celle) indique la nature, ne paraissent oosséder la motilité qu’à une certaine période eéterminée de leur existence, concordant avec ■ ■ moment où leur carapace, siliceuse et géittineuse à la fois, est munie de la matière en- 'ochromique reproductrice. Suivant M. de Irrébisson, célèbre diatomiste, elle serait due un effet d’osmose et d’endosmose.

Les animalcules clans les végétaux aquatiques.

— Les Algues, les Mousses et plusieurs autres plantes aquatiques ont, à clés périodes déterminées, de petits corps particuliers, ressemblât! t beaucoup à des Infusoires, qui éclosent dans leurs organes reproducteurs. Sur les frondes des Algues, clans des cavités spéciales, la multiplication se produit par deux organes, que l’on a assimilés à des organes sexuels : les spores et les anthères. Ils émettent, à l’époque de fructification, de petits corps déliés tournoyant rapidement : les zoospores et les anthérozoïdes. Au moment voulu, les anthérozoïdes se groupent autour des zoospores et, se mouvant rapidement a 1 entour, leur impriment un mouvement rotatoire; clans cette action, le zoospore est posé h l’état de graine capable de germer. Dans leur courte existence, ces Infusoires, nés de la plante elle-même, n’auraient d’autre but que celui de la fécondation ; celle-ci une fois accomplie, ils meurent.

Dans les Conferves, la matière verte qui remplit les cellules se change aussi en gra-

nules qui s’y agitent, jusqu’à un moment déterminé où, devenus vivants, ils se répandent au dehors, noyant dans le liquide pen-

maturité.

dant un certain temps, et vont se lixer aux corps solides, où ils se développent en Conferves semblables à celles d’où ils étaient partis.

La fermentation des boissons engendre des champignons microscopiques très-variés.

Dans la germination, les Infusoires paraissent jouer un certain rôle par leur petitesse opposée à leur étonnante croissance ; non-seu-

lement ils vivent pour

Fig. 31. — Spores de la levûrc do la bière à différents états d’avance" ment.

leur propre compte, maiscollaborent à la vie d’autres sujets. Ainsi, suivant les découvertes de plusieurs savants, la germination ne pourrait avoir lieu sans le secours des Infusoires, et ils seraient les principaux auteurs de la marche ascendante de

la sève etde la force de succion des racines. G est ce qui fait dire abslracti veinent que la plante qui germe est un animal qui respire. Ln mettant sur une éponge humide des graines diverses, on voit, au moment où la germination commence et que la graine et 1 embryon sont encore durs et cornés, un développement

prononcé de Bactéries, suivi d’un autre de Vibrions, de Monades et de divers Infusoires.

Les trois règnes de la nature dans une seule plante. — Certains fossés d’eau douce stagnante sont souvent recouverts de paquets d’herbes rameuses, d’une couleur verdâtre tirant sur le blanc; dans les endroits oii l’eau est tranquille et bien exposée au soleil, ils se propagent tellement qu’au bout de quelques années ces tossés finissent par être entièrement comblés. C est le C luira. Il a tantôt été classé parmi les Mousses, avec lesquelles il a plusieurs points i de. ressemblance, tantôt parmi les Algues, dont 'il participe encore plus réellement par son habitat, puisqu’il est constamment submergé. En (définitive, on a formé pour lui une classe à [part, celle des Characées, divisée en deux .genres : les Chara et les Nitella. La tige est articulée, et de chacun de ses nœuds partent deux branches verticillées qui, à leur tour, [portent des rameaux également verlicil lés ; de

cette tige, de petites ramules simples en proviennent comme des leuilles.

Le Chara a joué un rôle important dans la micrographie botanique, par la possibilité d’y observer la circulation de la sève d’une manière très-sensible. Ce fut l’abbé Corli (1776)

qui vit, le premier, le courant du fluide granulaire aux dépens duquel se fait la nutrition.

En effet, à l’époque qui précède la fructification, la circulation est dans toute sa vigueur; c’est le meilleur moment pour en faire l’observation.. On choisit une ramule fraîche de Nitella, sortant de l’eaif, qui n’est pas comme le Chara proprement dit, incrustée de dépôts calcaires ; on enlève très-délicatement au scalpel l’ épiderme, en ayant grand soin de ne pas léser la pellicule sous-jacente recouvrant direc-

OU COMMENCE LA VIE VÉGÉTALE. 133 tement les vaisseaux, dans lesquels se fait la circulation, sans quoi elle s’arrêterait aussitôt. On remarque un courant demi-fluide contenant des globules gélatineux flottant de côté et d’autre ; le courant exécute un mouvement rotatoire qui s’élève d’une part dans un sens sensiblement spiral et qui redescend d’un autre, selon la direction tracée par deux larges bandes obliques de grains de chlorophylle, séparées par deux autres lignes incolores. Cette expérience, excellente démonstration de la circulation de la sève, ne réussit qu’autant que la décortication épidermique a été soigneusement faite.

Les organes reproducteurs, qui apparaissent au printemps, consistent premièrement en une anthéridie ayant la forme d’un œuf strié, fixée sous les ramifies par des griffes, comme les doigts de la main supporteraient une boule; secondement en un globule ou sporange d’un beau rouge, contenant de nombreux granules à 1 époque de la fructification. Du centre partent des filets transparents, composés de cel-

Iules courtes, dont chacune donne naissance à un anthérozoïde, jouant probablement ici, comme dans la plupart des Algues, un rôle important dans la reproduction.

Les Characées ont l’unique propriété de s’incruster de carbonate de chaux ; leurs ramilles et leurs tiges sont complètement recouvertes de ces concrétions calcaires, assez abondantes pour qu’au loucher on éprouve la sensation d’une rugosité très-prononcée. Ce dépôt est un résultat direct de l’élaboration végétale ; il se fait sous les téguments, et partout en général d’une manière assez abondante, pour faire changer la coloration verle naturelle de la plante en une teinte blanchâtre. Elle ne se produit pas avec une pareille intensité chez tous les sujets de cette même famille ; il faut qu’ils aient des éléments nécessaires, et que l’eau soit favorable ; celle des tourbières permet à ce phénomène de se produire abondamment.

Nous voyons donc, dans cette plante curieuse : la vie végétale comme plante d abord.

et rendue ensuite très-sensible par la circulation de la sève ; la vie animale dans les anthérozoïdes émanés d’elle-même par les organes de fructification ; et enfin la vi e minérale résultant de son élaboration. Les trois grandes divisions naturelles y sont donc réunies simultanément.

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